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Martyn Brabbins, l’Ange de l’Histoire

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Strasbourg. Festival Musica. 18-IX-2004. Vinko Globokar : Der Engel der Geschichte (l’Ange de l’histoire) : 1. Zerfall (Désintégration) ; 2. Mars ; 3. Hoffnung (Espoir). Orchestre symphonique du SWR Baden-Baden et Freiburg, Experimentalstudio der Heinrich-Strobel-Stiftung des Südwestrundfunks e.V., Freiburg; direction Fabrice Bollon et Martyn Brabbins.

Musica 2004

Martyn Brabbins - Photo (c) DR

Il fallait trouver un lieu à la mesure/démesure du projet artistique de (1932) pour envisager, à Strasbourg, dans le cadre de Musica, la création intégrale de L’Ange de l’histoire (der Engel der Geschichte), triptyque aux vastes dimensions (1heure30 de musique !) écrit par le compositeur slovène entre 2000 et 2004. C’est donc sous le chapiteau du tennis club de Strasbourg qu’eut lieu le spectacle, chapiteau abritant pour l’occasion deux orchestres disposés face à face pour mieux se renvoyer le son comme une balle.

Un thème extérieur à la musique – la résistance, les émigrés, les catastrophes de l’histoire – inspire à Globokar cette joute sonore mixant les sources instrumentales et électroacoustiques, mêlant l’électronique et la transformation du son en direct. Dans le deuxième mouvement, des techniciens tendent leurs perches pour piquer au hasard des sons que l’ordinateur transforme en temps réel. Bruitage, happening et autres manifestations scéniques participent à ce spectacle d’art total où l’auditeur va se trouver, bon gré mal gré, totalement immergé.

Zerfall traite du nationalisme et fait entendre des chants populaires de l’ancienne Yougoslavie déformés, déchirés par les violents à-coups de l’orchestre. Des percussions de pied et la participation vocale des instrumentistes traversent le deuxième mouvement, Mars, qui dénonce la guerre. Aux interventions très réglées des deux orchestres favorisant les effets de spatialisation s’opposent les « accidents sonores » provoqués par l’action des « micros baladeurs ». Le troisième mouvement, Hoffnung, moins compact, laisse mieux apprécier l’envergure du projet sonore nourri par l’imaginaire du compositeur avec cette force impulsive, cette nécessité intérieure qui portent le sceau de l’authenticité.

Chez Globokar comme chez Nono, les catastrophes de l’histoire s’inscrivent dans le matériau musical, dans sa rugosité et ses déflagrations avec le refus avoué du discours, de toute ordonnance logique et réglée. « A partir du moment où vous avez un certain métier, déclare-t-il, vous écrivez ce que vous êtes … Si l’engagement est aussi la façon de faire de la musique, de travailler, de refuser les frontières entre les activités musicales – jouer, composer, improviser (rappelons que est aussi tromboniste et l’homme de toutes les aventures sonores- alors oui, cet engagement est le mien ».

Crédit photographique : (c) DR

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Strasbourg. Festival Musica. 18-IX-2004. Vinko Globokar : Der Engel der Geschichte (l’Ange de l’histoire) : 1. Zerfall (Désintégration) ; 2. Mars ; 3. Hoffnung (Espoir). Orchestre symphonique du SWR Baden-Baden et Freiburg, Experimentalstudio der Heinrich-Strobel-Stiftung des Südwestrundfunks e.V., Freiburg; direction Fabrice Bollon et Martyn Brabbins.

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