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[Dijon] Auditorium. Le 20-X-2004. Frédéric Chopin (1810-1849) : Nocturnes op. 15 N° 1 et N°2 ; Nocturne op. 27 N° 2 en Ré b M ; Ballade N° 4 op. 52 ; Robert Schumann (1810-1856) : Carnaval op. 9 ; Franz Liszt (1811-1886) : La Lugubre Gondole, Sérénade (transcription du Lied de F. Schubert) ; Rêve d’amour (3e version). Brigitte Engerer, piano.

Curieusement, le récital de piano attire, aujourd’hui encore, un public sensiblement plus nombreux que le concert de musique de chambre … L’auditorium de Dijon, pour ce récital , connaissant une affluence proche de celle des grandes soirées symphoniques, on peut se demander si le piano, en ce début de XXIe siècle, n’aurait pas gardé tout le prestige qui fit de lui l’instrument-roi du XIXe ou si, plus vraisemblablement, certains de ses interprètes, de par l’aura dont ils bénéficient, ne concourent pas à en entretenir le prestige. Dans le cas de , cela semble évident. Depuis les glorieux lauriers de ses jeunes années (Marguerite Long, Tchaïkovski, Reine Elisabeth de Belgique…), la carrière internationale de cette pianiste discrète, attachante, à la présence rayonnante et chaleureuse, se déroule en toute sérénité. A l’heure parvenue des master-classes, elle n’a plus grand-chose à prouver en concert ; aussi semble-t-elle se cantonner, tant au disque qu’en récital, dans le grand répertoire « romantique », parmi ses compositeurs de prédilection : Beethoven, Schumann, Chopin, Liszt…(les trois derniers cités figurant au programme de cette soirée).

Longue toilette anthracite pailletée d’argent, indéniable prestance : la présentation de la pianiste évoque plutôt celle d’une diva du lyrique…. Aussi bien va-t-elle « chanter » via son Steinway de concert.

En première partie : les Nocturnes 1 et 2 de l’op. 15 de Chopin, empreints de cette mélancolie rêveuse garante de leur succès populaire (surtout le N° 2), contrastant parfois avec la véhémence d’un con fuoco (N° 1) ou de tel Doppio movimento (N° 2) passionnés et que B. Engerer joue avec peut-être, ici ou là, plus de pédale qu’il ne serait nécessaire.

Avec Schumann (Carnaval op. 9), la pianiste enfourche l’un de ses chevaux de bataille (et celui de nombreux pianistes…). Cette poétique et espiègle mascarade musicale en farandole, en même temps que galerie de portraits, n’a pas fini de fasciner. Outre les personnages familiers des Pierrot, Colombine, Arlequin ou Pantaléon, nous y rencontrons des gens qui jouèrent un rôle dans la vie du compositeur : Clara Wieck (en Chiarina), Ernestine von Fricken (Estrella), Schumann lui-même (Eusebio et Florestan) ou même, figurés par un habile et facétieux « à la manière de », les Chopin, Liszt ou Paganini… !). Le jeu de la pianiste, sobre (presque trop), sans esbroufe, n’en est pas moins expressif et « coloré ». Pour autant, il n’éblouit pas ; Il manque ici, à B. Engerer, un engagement, un investissement (le public est exigeant… !) dont elle sait faire preuve en d’autres occasions. Mais le « meilleur » de ce récital est à venir…

Passée La lugubre Gondole, en tête de seconde partie, ténébreuse à souhait, qui détonne quelque peu sur la tonalité générale du programme à dominante « rêveries et passions », et qui déconcerte le public (le public dérouté est…déroutant !) au point qu’il en oublie ( ?) d’applaudir…(mais il est vrai qu’on n’applaudit pas un convoi funèbre), passés aussi les très populaires Sérénade et Rêve d’amour, joués avec la sensibilité et l’extrême délicatesse qui caractérisent la pianiste, nous sommes conviés à entendre du grand Chopin : le deuxième Nocturne en Ré b M de l’op. 27, cher à Mendelssohn, et surtout une admirable quatrième Ballade op. 52, sans effets ostentatoires, mais profondément « habitée » et inspirée, qui n’est pas sans rappeler l’art d’un Samson François au mieux de sa forme. L’émotion est bien là, cette fois, qui gagne un auditoire transporté et une pianiste (enfin) libérée et radieuse. nous gratifie alors d’un bis en forme de bouquet final : un éblouissant « Feux d’artifice » de Debussy, et pour faire bonne mesure (le public est insatiable !), elle régale l’amateur d’une « tartine de beurre » mozartienne des plus subtilement malicieuses…

Crédit photographique : © DR

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[Dijon] Auditorium. Le 20-X-2004. Frédéric Chopin (1810-1849) : Nocturnes op. 15 N° 1 et N°2 ; Nocturne op. 27 N° 2 en Ré b M ; Ballade N° 4 op. 52 ; Robert Schumann (1810-1856) : Carnaval op. 9 ; Franz Liszt (1811-1886) : La Lugubre Gondole, Sérénade (transcription du Lied de F. Schubert) ; Rêve d’amour (3e version). Brigitte Engerer, piano.

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