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Le Freischütz, ou « mon chasseur chez les nazis »

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Der Freischütz de Carl Maria Von Weber. Avec : Cheyne Davidson (Ottokar), Werner Gröschel (Kuno), Inga Nielsen (Agathe), Malin Hartélius (Ännchen), Matti Salminen (Kaspar), Peter Seiffert (Max), Laszlo Polgar (der Eremit), Volker Vogel (Killian), Raphael Clamer (Samiel). Mise en scène : Ruth Berghaus. Décors : Hartmut Meyer. Costumes : Marie-Louise Strandt. Chœur et Orchestre de l’Opernhauses de Zürich. Direction : Nikolaus Harnoncourt. Réalisation : Gudrun Hartmann. Enregistré en février 1999 à l’Opernhaus de Zurich. 2 DVD édition : TDK Zone 2 PAL. Sous-titrages en français, anglais, allemand, espagnol et italien. Format 16/9 compatible 4/3. Stéréo, couleur. TT : 2h39’

 

Le rideau s’ouvre sur un décor tout de traviole couleur jaune-pipi avec des figurants de noir vêtus. Le ton est donné, on sait qu’on se trouve devant une bonne vieille mise en scène à l’allemande comme savait les concocter Ruth Bergaus. On fait son deuil d’avance de la Gorge-aux-loups, du sanglier ensorcelé, du chariot fantôme et des démons. Comme de juste, les chasseurs sont de vilains fascistes et Max un gentil intellectuel à lunettes qui répugne à toucher à une arme à feu. Les metteurs en scène germaniques paient encore un lourd tribut à leur héritage nazi, on se demande quand ils tourneront enfin la page et reviendront à leur histoire plus ancienne : celle des forêts, des chasseurs et des légendes qui font peur, celle de Ännchen triturant son tablier telle que la concevait Wagner dans ses écrits sur le Freischütz.

Sauf qu’au bout de la première demi-heure, la mise en scène ne navigue plus dans la dénonciation fasciste, mais dans le n’importe quoi : le démon Samiel, mi-travesti mi-poupée de cire, est une espèce d’androgyne aux lèvres outrageusement maquillées qui se contente de se balader ça et là sans prononcer un mot, il ressemble à un figurant de Cabaret de et on se demande ce qu’il vient faire là, les intentions de la metteure en scène sont incompréhensibles, on renonce très vite à comprendre la gestuelle des protagonistes, à se désintéresser de l’intrigue et à laisser son esprit vagabonder sur fond musical. Tout ce galimatias moche doit « faire sens », le tout est de découvrir lequel : impossible dans ces conditions de s’attacher aux héros et à leur destin. Qu’on se rassure, le décor restera jusqu’au bout de traviole et jaune-pipi et les costumes noirs, sauf la robe d’Agathe, jaune et particulièrement laide.

Il est vrai que le Freischütz est un opéra difficile à mettre en scène car pouvant tomber facilement dans le kitsch. Mais le livret fantastique, particulièrement cohérent et bien écrit, à une époque de résurrection des mythes infernaux, des Buffy et autres vampires, et des progrès technologiques permettant des effets terrifiants, ne peut-il pas donner lieu à un traitement qui se situerait à un juste milieu entre chasseurs bavarois plume au chapeau et larves humaines rampant sur scène ? Car c’est ce dernier traitement qui est infligé à la Gorge-aux-loups, en lieu et place de la chasse fantôme.

Sur le plan vocal, ce n’est pas beaucoup plus emballant : Inga Nielsen a l’air d’une grand-mère aussi bien physiquement que vocalement, Malin Hartélius, ex-voix pure, ce qui aurait pu bien tomber car c’est la caractéristique vocale de Ännchen, n’est qu’insignifiante. C’est un peu mieux du côté masculin : en Max n’a pas un timbre extrêmement séduisant, mais la technique, l’engagement, le charisme et la justesse de ton séduisent. en Kaspar doit être sacrément impressionnant sur scène, l’effet est malheureusement un peu écrasé par l’image DVD. Les seconds rôles sont tous très bons, excepté le Killian mal chantant de Volker Vogel. À noter que la pochette annonce Robert Holl en ermite, alors qu’il s’agit de Lazslo Polgar. Les dialogues sont fort bien dits par tous, avec conviction et sens dramatique.

Rien à sauver dans cette captation ? Il reste, fort heureusement, la direction de , presque trop impalpable à certains moments, qui, refusant les effets faciles, rend à l’œuvre tout son mystère et son angoisse en demi-teinte.

Ce DVD, est à réserver aux fous de et de , et à regarder les yeux fermés. Pour les autres, un conseil : procurez-vous le coffret CD dirigé par sir Colin Davis, avec Karita Mattila et Francisco Araiza.

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Der Freischütz de Carl Maria Von Weber. Avec : Cheyne Davidson (Ottokar), Werner Gröschel (Kuno), Inga Nielsen (Agathe), Malin Hartélius (Ännchen), Matti Salminen (Kaspar), Peter Seiffert (Max), Laszlo Polgar (der Eremit), Volker Vogel (Killian), Raphael Clamer (Samiel). Mise en scène : Ruth Berghaus. Décors : Hartmut Meyer. Costumes : Marie-Louise Strandt. Chœur et Orchestre de l’Opernhauses de Zürich. Direction : Nikolaus Harnoncourt. Réalisation : Gudrun Hartmann. Enregistré en février 1999 à l’Opernhaus de Zurich. 2 DVD édition : TDK Zone 2 PAL. Sous-titrages en français, anglais, allemand, espagnol et italien. Format 16/9 compatible 4/3. Stéréo, couleur. TT : 2h39’

 
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