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Spectacle et douceur avec Zoltán Kocsis

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 26-XI-2004. Richard Wagner (1813-1883), Prélude et Mort d’Isolde ; Ferenc Liszt (1811-1886), Concerto pour piano et orchestre n° 1 en mi bémol majeur ; Richard Wagner/Zoltan Kocsis, Prélude et Mort d’Isole ; Ferenc Liszt, Dante-Symphonie. Zoltan Kocsis, piano. Maîtrise de Radio France (chef de chœur : Toni Ramon), Orchestre Philharmonique de Radio France, direction : Kazushi Ono.

Le 2 décembre 1956 un pianiste surgissait du néant en mettant débout le public du Châtelet grâce à une interprétation du 1er concerto de Liszt digne du compositeur lui-même. Malheureusement  ce vendredi soir n’était pas Georges Cziffra…

Certes son jeu fut brillant mais sans doute trop « m’as-tu vu » offrant à l’auditoire une virtuosité quasi gratuite sans âme ou si peu par instants. Des notes déferlant à un tempo on ne peut plus rapide mais… des notes seulement qui n’exprimaient que mal le geste musical lisztien empreint de la vie spirituelle, mentale et musicale du peuple hongrois et s’efforçant à contribuer à l’émancipation de cette nation. Une mise en valeur de la richesse du discours musical n’aurait-elle pas été plus savoureuse qu’un éclat sans éclat, tout particulièrement dans les aigus du piano, qui, il faut l’admettre ne servait pas le pianiste. Un Steinway difficile à dompter qui aurait sans doute été plus conciliant si le geste pianistique avait été moins sec, moins à la recherche du spectaculaire et davantage dicté par la recherche d’une somptueuse richesse sonore. Pourtant, et ceci ne peut que susciter les regrets, Kocsis est parvenu à toucher son public, lors du Quasi Adagio du deuxième mouvement, par une articulation délicate et élégante, par un son ample, tout en rondeur et par un phrasé conduisant à merveille chaque note et conférant ainsi à ces quelques pages un caractère plus que romantique voire mystique à l’image de l’enfant du siècle que fut Liszt, exalté par le spleen byronien ou encore l’humanisme d’un Schiller. Pour accompagner, car tel est bien le mot, notre pianiste, – qui a dirigé intégralement ce concert sans partitions – a semble-t-il préféré donner à son orchestre un rôle de second plan qui, tout en demeurant dans un esprit de confrontation, a du fait davantage mis en valeur la virtuosité de la partie soliste. Ce parti pris fut d’ailleurs accentué lors de l’interprétation par Kocsis de sa propre transcription du Prélude et Mort d’Isolde puisque les musiciens de l’orchestre ont préféré rester à ses côtés, attentifs et plein d’admiration. Cette transcription de l’interprète traduit d’emblée l’appropriation, positive, de l’œuvre et le désir du pianiste de rendre hommage au maître de Bayreuth. Difficile pourtant d’exprimer la magnificence de l’orchestration sous les quelques doigts d’un pianiste, à moins qu’il ne soit Ferenc Liszt, me direz-vous. Et pourtant, quelle réussite ! C’est une sonorité riche et colorée qui a jailli du piano, ce même Steinway qui nous avait tant déçu auparavant. Attentif au moindre détail, soucieux de rendre les couleurs orchestrales et la richesse du discours wagnérien, Kocsis s’est donné corps et âme au plus grand plaisir du public parisien sans quête de spectaculaire ou de tourmente musicale mais en définissant avec précision et profondeur le sens dramatique exact de ces somptueuses pages, tout comme l’avait fait entendre précédemment Ono dont la baguette n’avait comme autre préoccupation que la délectation sonore.

Pour clore cette soirée a su divulguer les beautés de la Dante-Symphonie (qui pourtant n’a pas la renommée de la Faust-Symphonie) afin de l’élever au plus haut niveau en lui conférant la place qu’elle mérite dans l’évolution du genre symphonique au XIXe siècle. Avec vivacité, aplomb et dynamisme il a rendu lisible la coupe non habituelle de cette œuvre, en deux mouvements. « Par moi l’on va dans la cité des larmes, par moi, l’on va dans l’abîme des douleurs, vous qui entrez, laissez toute espérance », ces mots de Liszt, Ono les a fait siens. L’Enfer, aussi lugubre et menaçant puisse-t-il avoir été, nous a ravi en nous plongeant dans les abîmes les plus profonds jusqu’à la dernière note de ce premier volet par une mise en exergue maximale de la tension du discours thématique s’apaisant peu à peu afin de laisser à l’auditoire une petite lueur d’espoir. Espoir conforté dans le Purgatoire par les délicates ondulations des cordes et la mélodie aux couleurs orientales si sereinement rendu par le hautbois. Dans cette atmosphère si particulière, la , telle une voix spirituelle, a magnifié le temps, le rendant statique et si magique dans un climat des plus doux et de plus purs.

Une merveilleuse fin de soirée emplie de joie discrète, de charme et de tendresse … Ainsi, sourire aux lèvres, le public s’en est allé plein d’espoir et de quiétude grâce à un chef simple et généreux…

Crédit photographique : © DR

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 26-XI-2004. Richard Wagner (1813-1883), Prélude et Mort d’Isolde ; Ferenc Liszt (1811-1886), Concerto pour piano et orchestre n° 1 en mi bémol majeur ; Richard Wagner/Zoltan Kocsis, Prélude et Mort d’Isole ; Ferenc Liszt, Dante-Symphonie. Zoltan Kocsis, piano. Maîtrise de Radio France (chef de chœur : Toni Ramon), Orchestre Philharmonique de Radio France, direction : Kazushi Ono.

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