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Accentus et Laurence Equilbey, un chœur à l’ouvrage …

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Dijon. Auditorium. 4-XII-2004. Johannes Brahms (1833-1897) : Fünf Gesänge op. 104 : Nachtwache 1 ; Nachtwache 2 ; Letztes Glück ; Verlorene Jugend ; Im Herbst. Richard Wagner (1813-1883) : Zwei Wesendonk-Lieder (création ; sur des arrangements de Clytus Gottwald) : Im Treibhaus ; Träume (soliste : Li-Chin Huang, soprano). Richard Strauss (1864-1949) : Der Abend op. 34 N° 1 ; Gustav Mahler (1860-1911) / Clytus Gottwald (né en 1925) : Drei Chorlieder : Die zwei blauen Augen ; Scheiden und Meinen ; Ich bin der Welt abhanden gekommen. (soliste : Li-Chin Huang, soprano). Chœur Accentus ; direction : Laurence Equilbey.

dijon_equilbey_2004-300x254*, formée à Paris (Sorbonne), Vienne (Arnold Schönberg Chor) et — surtout — Stockholm (auprès du maître Eric Ericson), élue personnalité musicale de l’année 2000 par le syndicat de la critique dramatique et musicale, et lauréate 2003 du Grand prix de la presse musicale internationale, est en passe de prendre une place de toute première grandeur parmi les figures emblématiques de la direction chorale.

On connaît, certes, l’engouement du public français pour le chant choral. En atteste le nombre impressionnant et toujours croissant de chorales amateurs en activité aujourd’hui. Mais si nombre d’entre elles atteignent un niveau des plus honorable, l’approche de la qualité « professionnelle » est une autre histoire ; elle est justement l’affaire des…professionnels. Et parmi les chœurs professionnels français, l’ensemble , créé en 1991 par n’aura cessé de s’affirmer comme l’un des meilleurs ; succès accumulés au disque, en concerts, festivals ou tournée : c’est dire que sa venue à Dijon était attendue avec confiance et sympathie.

L’ensemble, composé ce soir de trente-quatre membres, a pour vocation d’interpréter un vaste répertoire d’œuvres a cappella (essentiellement puisées dans la période XIXe siècle à nos jours). Le programme de cette soirée, cent pour cent germanique, concerne des pièces originales pour chœur (Brahms, Strauss) ou des transcriptions (Wagner, Mahler).

Les cinq pièces à six voix de Brahms op. 104 (1888/89) appartiennent donc à la dernière période du compositeur, en matière de création chorale. Evoquant l’idée de la fin (la journée, l’année, la vie), d’inspiration crépusculaire, elles sont de tonalité mineure. Le constant souci d’articulation, le soin apporté à la prononciation, la « pâte » vocale homogène et d’une belle rondeur des ces qualités réunies servent d’une façon très convaincante cette musique, même pour des oreilles éventuellement imprégnées des sonorités « RIAS-Kammerchor ».

Des Wesendonk-Lieder (Im Treibhaus ; Träume) transcrits pour Chœur, on craint l’incongru, l’inadéquation, et l’on a tort. Ces pièces qui, selon Wagner, préfigurent plusieurs pages de Tristan, initialement conçues pour voix de soprano et piano, puis ultérieurement orchestrées, trouvent dans ces arrangements de Clytus Gottwald de nouveaux arguments pour se faire apprécier de qui les aurait jusqu’alors écartées ou ignorées. Quant aux familiers, leur écoute en est totalement renouvelée. On aura noté, au passage, les belles et périlleuses « envolées » de soprano, confiées à Mademoiselle Li-Chin Huang (qui se distinguera encore dans Mahler), la superbe partie de basses, et l’aisance confondante du chœur à se jouer des difficultés chromatiques de la partition.

Autre pièce « crépusculaire » de ce programme : cet Abend (le soir) de R. Strauss, sur le poème d’un Schiller annonçant Leconte de Lisle dans l’inspiration hellénique, et d’une complexité d’écriture (seize voix !) qui ferait reculer plus d’un chœur…. On est, ici, particulièrement touché par la belle évocation d’un soleil couchant (le long et superbe accord final, typique du compositeur) qui n’est pas sans rappeler l’Im Abendrot des Vier letzte Lieder.

Des trois titres de Mahler qui clôturent le programme (autres arrangements de C. Gottwald), l’amateur aura reconnu, avec plaisir, l’une des pièces du grand succès discographique (Transcriptions) des Accentus : Ich bin der Welt abhanden gekommen, extraite des Rückert Lieder. Avant cela, nous aurons entendu Die zwei blauen Augen, extrait des Lieder eines fahrenden Gesellen (Chants d’un Compagnon errant) et Scheiden und Meinen, appartenant au recueil des Wunderhorn Lieder. Ces musiques, bien familières aux oreilles du mélomane mahlérien et d’un post-romantisme mêlant exaltation, recueillement et sereine méditation, par le traitement vocal — et choral — ainsi subi, gagnent encore en affects et donc en pouvoir émotionnel.

La prestation d’ensemble du chœur Accentus a vivement séduit son public qui le fait savoir chaleureusement, de même qu’aura impressionné la direction énergique, extrêmement précise et de grande maîtrise d’une Laurence Equilbey visiblement au mieux de sa forme. Celle-ci nous offre, en bis, la pièce d’Arnold Schönberg : Friede auf der Erde (Paix sur la Terre), pour chœur a cappella (à huit voix), pièce ô combien difficile, tant pour l’exécutant que pour l’auditeur… et qui, si l’on nous permet cette comparaison, est peut-être à la musique chorale ce que Le Cri d’Edvard Munch est à l’univers pictural. Elle met, en tout cas, remarquablement en avant et d’évidence les exceptionnelles qualités du chœur Accentus.

* On pourra lire (ou relire) tous les articles consacrés à Laurence Equilbey sur ResMusica :
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Crédit photographique : (c) DR

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Dijon. Auditorium. 4-XII-2004. Johannes Brahms (1833-1897) : Fünf Gesänge op. 104 : Nachtwache 1 ; Nachtwache 2 ; Letztes Glück ; Verlorene Jugend ; Im Herbst. Richard Wagner (1813-1883) : Zwei Wesendonk-Lieder (création ; sur des arrangements de Clytus Gottwald) : Im Treibhaus ; Träume (soliste : Li-Chin Huang, soprano). Richard Strauss (1864-1949) : Der Abend op. 34 N° 1 ; Gustav Mahler (1860-1911) / Clytus Gottwald (né en 1925) : Drei Chorlieder : Die zwei blauen Augen ; Scheiden und Meinen ; Ich bin der Welt abhanden gekommen. (soliste : Li-Chin Huang, soprano). Chœur Accentus ; direction : Laurence Equilbey.

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