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Heurs et malheurs de Tosca

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Montpellier. Opéra Comédie. 8-III-2005. Puccini (1858-1924) : Tosca, opéra en 3 actes sur un livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica. Mise en scène : Sylvie Auget. Décors : Alexandre Heyraud. Costumes : Jérôme Bourdin. Lumières : Michel Theuil. Avec : Iano Tamar/Oksanna Dyka, Floria Tosca ; Frank Porretta/Antonio Nagore, Mario Cavaradossi ; Carlos Almaguer, il barone Scarpia ; Nicolas Courjal, Cesare Angelotti ; Darren Jeffery, il sagrestano ; Nikola Todorovitch, Spoletta ; Gilles Hubert, Sciarrone ; Olivier Thiery, le geôlier. Chœurs et chœurs supplémentaires de l’opéra national de Montpellier (direction des chœurs : Noëlle Geny), Orchestre national de Montpellier, direction : Massimo Zanetti.

C’est une Tosca pour le moins peu commune que celle qui vient de quitter les planches de l’opéra de Montpellier. Et pourtant … Il ne s’agit pas d’une mise en scène avant-gardiste ni d’une relecture de la partition, mais d’une représentation très classique du cinquième opéra de Puccini. En effet, c’est dans des costumes qui respectent l’époque, un décor simple et majestueux qu’évoluent deux distributions alternées, la mise en scène semblant jouer la carte de la simplicité. Le décor est assez minimaliste : Autant il convainc au premier acte et montre quelque chose d’une église baroque, autant on se prend ensuite à sourire à le revoir aux second et troisième actes, où seuls une toile et quelques éléments de mobilier sont modifiés. L’idée peut sembler judicieuse dans un opéra où l’action passerait d’une pièce à l’autre, mais, de l’église au Palais Farnèse, puis du Palais à la terrasse du château Saint-Ange… Ce détail mis à part, on remarque un plan légèrement incliné, qui permet une meilleure visibilité et des jeux de lumières finement orchestrés, qui projettent au sol les ombres portées des fenêtres, ou mettent en valeur tour à tour Scarpia, Tosca… Ainsi lorsque Scarpia élabore ses sombres dessins à l’acte I, ou que le drame s’intensifie, la lumière baisse et vient souligner les traits du personnage. Les costumes de Jérôme Bourdin, blancs et rouges pour Tosca, blancs pour Cavaradossi, noirs pour Scarpia, sont recherchés et identifient clairement les personnages. Comme pour les lumières, cela n’est pas révolutionnaire, mais on apprécie les techniques qui fonctionnent !

Le plateau musical nous propose en alternance la géorgienne et l’ukrainienne Oksanna Dyka dans le rôle de Tosca. Chacune sera applaudie en cours de spectacle pour l’air Vissi d’arte, vissi d’amore, mais on remarque surtout , campant un Scarpia retors et sombre, et finissant par dominer la scène musicale. La fin du Ier acte est impressionnante, avec une interprétation magistrale du monologue « Va Tosca ! Nel tuo cuor s’anida Scarpia » sur des cuivres forts et auréolé d’une lumière hiératique. En effet, (Mario Cavaradossi) semble, face à lui, un enfant de chœur et ne donne que rarement à sa voix une pleine puissance, sauf peut-être aux moments où Tosca le rejoint. Malgré son beau phrasé, si net, il incarne (et peut-être un peu trop) le « gentil », voire lisse, Cavaradossi, soumis aux jalousies de sa maîtresse, à la torture de Scarpia… Les enfants de chœur, les vrais, confirment quant à eux l’excellent travail de l’opéra junior et amènent une note d’humour à l’histoire (ils sont si nombreux que l’on se demande un temps comment ils vont pouvoir tenir sur la scène !). Les seconds rôles sont bien tenus, on remarque en particulier Nikola Todorovitch (Spoletta) et on retrouve avec plaisir la belle voix de basse de (Angelotti), artiste fidélisé à l’opéra de Montpellier, où l’on a pu l’entendre lors de ces deux dernières saisons.

Cette mise en scène, si sobre, veut peut-être mettre en valeur les voix. Il en résulte malgré tout que les chanteurs (hormis Almaguer) peinent à exprimer des sentiments que leurs gestes ne partagent pas. Les personnages semblent un peu statiques, il faudra attendre le troisième acte pour que Cavaradossi esquisse un mouvement de bras lorsqu’il veut écrire à Tosca. Pourtant, cette mise en scène n’est pas dépourvue de recherche. Ainsi, le personnage de Tosca qui fait des « effets de robe » dans ses somptueux costumes et décrit des mouvements délicats, mais on en attendrait un peu plus d’ardeur et de vivacité. Son suicide surprend tout autant : elle se poignarde au lieu de sauter de la terrasse !

Il n’y a pas que Tosca (le personnage) qui semble poursuivie par le sort ! Tosca (l’opéra), la production tout entière, semble à tout instant dans un fragile équilibre : menacée par l’indisposition de Frank Porretta, sauvée par Nagore qui revient de Barcelone afin de chanter Cavaradossi, menacée de nouveau par une Tosca brûlante de fièvre et qui tiendra à chanter jusqu’au bout. Deux levers de rideau sur trois voient annoncer les rebondissements de cette histoire. Et peut-être plus que leurs voix, c’est leur seule présence sur scène que le public a applaudie. On garde une impression mitigée de cette Tosca, celle de chants travaillés, mais rarement audacieux, d’une mise en scène pleine de bonnes intentions mais qui n’atteint pas pleinement son but. Le travail de jeunes chanteurs, de bons élèves, un peu scolaires.

Credit photographique : © Marc Ginot /Opéra National de Montpellier

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Montpellier. Opéra Comédie. 8-III-2005. Puccini (1858-1924) : Tosca, opéra en 3 actes sur un livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica. Mise en scène : Sylvie Auget. Décors : Alexandre Heyraud. Costumes : Jérôme Bourdin. Lumières : Michel Theuil. Avec : Iano Tamar/Oksanna Dyka, Floria Tosca ; Frank Porretta/Antonio Nagore, Mario Cavaradossi ; Carlos Almaguer, il barone Scarpia ; Nicolas Courjal, Cesare Angelotti ; Darren Jeffery, il sagrestano ; Nikola Todorovitch, Spoletta ; Gilles Hubert, Sciarrone ; Olivier Thiery, le geôlier. Chœurs et chœurs supplémentaires de l’opéra national de Montpellier (direction des chœurs : Noëlle Geny), Orchestre national de Montpellier, direction : Massimo Zanetti.

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