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La Générosité catalane

Festivals, La Scène, Musique de chambre et récital

Prades. Premier Concert en l’Eglise de Villefranche de Conflent. 02-VIII-2005 à 18h. Le David Trio « Hommage au Trio Cortot-Thibaud-Casals ». Joseph Haydn (1732-1809) : Trio n°44 en mi majeur Hob. XV : 28. Maurice Ravel (1875-1937) : Trio en la mineur. Johannes Brahms (1833-1897) : Trio n°1 en si majeur op. 8. Claudio Trovajoli : Piano ; Daniele Pascoletti : Violon ; Giovanni Gnocchi : violoncelle. Second Concert en l’Abbaye Saint Michel de Cuxa. 02-VIII-2005 à 21h. Fine Arts Quartet interprète de Ludovic Van Beethoven (1770-1827) : Quatuor n°1 en Fa Majeur op. 18 et de Félix Mendelssohn-Bartholdy (1809-1847) le Quatuor n°4 en ré majeur op. 44 n°1. Le Quatuor Dimitri interprète de Cristobal Halffter (né en 1930) : Quatuor n°6 en création française. Troisième Concert en l’Eglise de Codalet. 03-VIII-2005 à 18h. « Les Révélations Classiques de l’ADAMI 2005 » Eugène Manuel de Falla(1876-1946) : Les Furies, extrait de la sonate n°2 en la mineur pour violon seul et la Danse Espagnole pour violon et piano, interprété par Cécile Agator : violon. Alexandre Scriabine (1872-1915) : Sonate Fantaisie n°2 op. 19 interprété par Frédéric d’Oria-Nicolas : piano. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Cosi fan Tutte « In qual fiero contrasto tradito, schernito » et Franz Liszt (1811-1886) : « Oh quand je dors » interprété par Sébastien Droy : ténor. Krzysztof Penderecki (né en 1933) : Trois Miniatures et Francis Poulenc (1899-1963) : Sonate pour Clarinette et Piano, interprétés par Julien Hervé, clarinette. Claude Debussy (1862-1918) : Sonate pour Violoncelle et piano en Ré majeur interprétée par Christian-Pierre La Marca, violoncelle. Jean Baptiste Arban(1825-1889) : Thème et Variations et Alexandre Gœdicke (1914-1957) : Concert Etude, interprétés par Romain Leleu, trompette. Hector Berlioz(1803-1869) ! Le spectre de la Rose extrait des Nuits d’été et Gioacchino Rossini (1792-1868) : Cenerentola interprétés par Juliette Mars, mezzo soprano. Jules Massenet (1842-1912) Manon-air de Lescaut « A quoi bon l’économie » et Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Noces de Figaro, « Hai gia vinta la causa » interprétés par Marc Scoffoni, baryton. Gaetano Donizetti (1797-1848) : Linda di Chamounix et Jean Philippe Rameau (1683-1764), Hippolyte et Aricie, air de la bergère interprétés par Daphné Touchais, soprano léger. Anton Dvorak (1841-1904), Russalka « Air de l’ode à la lune » et Jean Sibélius (1865-1957), Mélodie, interprétés par Karen Vourc’h, soprano lyrique. Quatrième Concert en l’Abbaye Saint Michel de Cuxa. 03-VIII-2005 à 21h. Joseph Haydn (1732-1809), Quatuor en si bémol majeur n°4 op. 76, « le lever du soleil » et Toru Takemitsu (1930-1996) « Entre-Temps » interprété par le Quatuor Aquila, formé par Vassili Voronin et Dmitri Feinschmidt, violons, Pawel Mroczkowski, alto et Timothy Archbold, violoncelle. Igor Stravinsky (1882-1971), Deux poèmes et trois poésies de la lyrique japonaise avec Daphné Touchais, soprano léger. Maurice Delage (1879-1961) : Quatre poèmes hindous avec Karen Vourc’h, soprano lyrique. Claude Debussy (1862-1918), Préludes à l’après midi d’un faune arrangement pour 11 instruments par A. Schœnberg, avec la participation exceptionnelle de David Grimal, violon, Bruno Pasquier, alto, Niek de Groot, contrebasse et Denis Weber, harmonium. Président du Festival : Jean François Denis, Directeur Artistique : Michel Letheic.

Festival Pablo Casals 2005

Prades. Sur cette terre catalane, le Canigou veille. Témoins exceptionnels des riches heures de l’Art Roman, l’Abbaye St Michel de Cuxa, l’Eglise St Pierre de Prades et les églises romanes du Conflent, accueillent la 54ème édition du Festival Pablo Casals, du 26 juillet au 13 août 2005. Ardent défenseur tout au long de sa vie, de la liberté, de la paix et des droits de l’homme, Pablo Casals est aujourd’hui encore le maître incontesté du violoncelle. Nombreux sont les solistes de renommé internationales auxquels il a transmis sa passion de la musique. Né le 29 décembre 1876 à Vendrell, d’un père organiste, il est très vite remarqué par I. Albéniz. Ce jeune homme de caractère, fréquente les salons à la mode de l’époque et rencontre de grands noms de la musique classique comme G. Fauré, C. St Saens, M. Ravel, R. Korsakov, A. Scriabine et S. Rachmaninov. Nourrissant sa passion pour J. S Bach, il fonde un trio prestigieux avec A. Cortot et J. Thibaud. Si son talent est éblouissant, son humilité l’est tout autant : « J’ai travaillé pendant 12 ans les 6 suites de J. S Bach avant d’oser les jouer en public ». Mais, P. Casals est un homme du sud, un persévérant, et l’association ouvrière de concerts qu’il crée à Barcelone remporte un vif succès. En 1939, après la victoire du franquisme, il s’exile à Prades, et refuse de jouer. C’est A. Schneider, violoniste américain, qui lui propose de fêter les 200 ans de la mort de J. S Bach et de reverser les bénéfices du concert à l’hôpital de Perpignan pour soigner les réfugiés espagnols. P. Casals accepte et la 1er édition du Festival de Prades voit le jour en juin 1950, accompagnée d’interprètes prestigieux comme C. Haskil, M. Horszowski, R. Serkin, I. Stern, J. Szigety, Y. Menuhin, S. Vegh, D. et I. Oistrakh… D’ailleurs de nos jours, les interprètes qui s’y retrouvent lors de certains concerts sont tout aussi extraordinaires, P. Gallois, M. Nordmann, A. Cazalet, J. L. Capezzali, J. P. Collard, J. Menuhin, J. C. Pennetier, G. Poulet, D. Grimal, M. Coppey…Ce n’est que plus tard que l’Académie de musique de Prades est créée, en 1976, avec 70 musiciens qui sont venus à Prades pour suivre les conseils du maître. P. Casals est encore à New York en 1971 pour diriger au siège de l’ONU, la création de son hymne aux Nations Unies pour lequel il reçoit des mains du secrétaire général U Thant, la médaille de la Paix. Jusqu’à sa mort en 1973, il ne cesse d’écrire, enseigner et diriger.

Unanimement reconnu à travers le monde, le festival offre chaque année un rendez-vous incontournable pour les mélomanes, les musiciens, les étudiants de l’Académie Européenne et les conférenciers de tous les bords. Un évènement culturel, convivial et à l’organisation irréprochable tant par l’accueil que par l’extrême disponibilité de toute l’équipe organisatrice. Son directeur artistique M. Lethiec, clarinettiste, propose une programmation riche, à la fois éclectique et de tradition qui ouvre le répertoire de la musique de chambre de F. Couperin à M. A. Dalbavie, sans oublier les musiques traditionnelles d’Inde, les musiques improvisées ainsi que les danses indiennes ou catalanes. Duos, trios, quatuors à cordes, quintettes à vents, sonates, ballades et nocturnes bercent ces soirées d’une sensualité estivale.

Parmi tous les concerts de ce festival, quatre ont retenu l’attention. « L’hommage au Trio Cortot-Thibaud-Casals » du Mardi 2 Août à 18h en l’Eglise de Villefranche de Conflent. Le David Trio a reçu le 1er Prix du concours international de musique de chambre F. J Haydn de Vienne en 2004. Ce soir là, trois trios remarquablement joués dévoilent toute la sensibilité et la force du David Trio. Tout d’abord, le Trio en Mi M, Hob. XV, 28 de J. Haydn sur lequel le public a pu apprécier le jeu limpide du pianiste, ainsi que son interprétation aux élans romantiques. La sobriété de certains passages, nous suggère l’univers de J. S. Bach. La pièce classique est soutenue avec délice par la très belle homogénéité du couple violon-violoncelle. Toute la palette de timbre du David Trio éclate dans le Trio en la m de M. Ravel. Le suraigu du violon de Daniele Pascoletti est des plus coloré. Il suggère une atmosphère éthérée sur lequel Claudio Travajoli étire le temps pianistique, frisant parfois des couleurs d’interprétation debussyste. Le Trio en Si M op8 n°1 de J. Brahms est exquis. A ce moment du concert, l’osmose entre instrumentistes est totale, et le violoncelliste Giovanni Gnocchi transpire sa fougue jusqu’au bout de l’archet. Le David Trio est d’une qualité remarquable, même si parfois, quelques justesses du violon appèlent à plus de précision. Le second concert se déroule à 21h en l’Abbaye St Michel de Cuxa, magnifique jardin au centre duquel l’eau d’une fontaine clapote doucement en pleine nuit étoilée…

C’est le génialissime qui présente le Quatuor n°1 en Fa M op. 18 de L. V. Beethoven et le Quatuor n°4 en Ré M op. 44 n°1 de F. Mendelssohn. Peut-on espérer entendre meilleure interprétation? Authenticité du discours musical, homogénéité des timbres et des caractères, il n’y a que l’essentiel, ils flottent, au dessus, comme réunis en une égrégore musicienne. Cet orfèvre des quatuors offre en bis leFinal du Quatuor n°1 de Chostakovitch et la Valse ridicule de A. Casela. Un moment extraordinaire. A côté, le jeune Quatuor Dimitri (septembre 1994) fait lui aussi partager au public son amour pour la musique de chambre. Associés à de nombreux concerts de soutien comme « Secours Catholiques » ou « Douleurs sans Frontières », tous les quatre sont membres de grands orchestres français et ont ce soir éclairé avec finesse la création française du Quatuor n°6 de C. Halffter. Tous les effets des cordes y sont rendus avec la plus grande précision. Le public savoure la palette infinie du quatuor à cordes.

Le troisième concert s’est déroulé le Mercredi 3 août 2005 en l’Eglise de Codalet « Les Révélations Classiques de l’ 2005 ». Cet organisme perçoit et répartit individuellement les sommes dues à plus de 60000 artistes pour l’utilisation de leur travail enregistré. Les sommes perçues (25%) sont réinvesties dans la création, la diffusion et la formation professionnelle, d’où le partenariat depuis 4 ans avec le festival Pablo Casals. Rappelons que la meilleure idée de l’ est de proposer une redevance incluse dans le prix payé par le public pour l’abonnement à Internet et ainsi lutter intelligemment contre le piratage et le téléchargement musical sauvage. Disons tout de suite que les musiciens révélés cette année par l’ sont plus brillants les uns que les autres. Tous issus d’une formation supérieure nationale et/ou internationale, ils ont pour certains d’entre eux, une carrière professionnelle déjà bien avancée. Cinq talents lyriques (, soprano léger ; Karen Vourc’h, soprano lyrique ; Juliette Mars, mezzo soprano ; , ténor ; , baryton) et cinq talents instrumentistes (Cécile Agator, violon ; , piano ; Julien Hervé, clarinette ; Christian Pierre La Marca, violoncelle ; , trompette).

Les Révélations de l’ se déroulent en deux parties, l’une à 18h, pendant laquelle chaque talent,

accompagné par Y. Ollivo (pianiste-accompagnateur talentueux) présente deux pièces et témoigne d’une musicalité et d’une technicité remarquable. Les diableries capricieuses de Cécile Agator séduiront certainement les amoureux du violon indomptable de (on pourra l’entendre avec Christian Pierre La Marca et Frédéric d’Oria Nicolas au Trianon, le 08. 12. 2005 à 19h à Paris). Le piano de Frédéric d’Oria Nicolas est extraordinairement lumineux, sa technique pianiste semble détachée de toute école, il ose et la roue des couleurs d’A. Scriabine s’éclaire au tournant des mesures, c’est un régal (notons qu’il écrit un livre sur la correspondance de S. Prokoviev aux éditions Fayard, sortie prévue courant 2006). est un baryton dans la vie comme sur la scène, il est à l’aise, il interprète son rôle avec brio et énergie, un tempérament corse qui va brûler les planches. Le trompettiste enregistre un CD d’œuvres du répertoire romantique éditions Discover, sortie prévue début 2006. Il vivifie ainsi le répertoire d’un instrument bien souvent relégué au rang de fanfare, à tort. Karen Vourc’h qui sera en concert le 22. 09. 2005 au théâtre de Mogador en avant partie, à 19h (récital de mélodies scandinaves russes et françaises, avec la pianiste Suzanne Manoff). Puis, pour terminer ces fabuleux concerts du festival de Prades, la seconde partie des Révélations de l’ADAMI se déroule à 21h et présente six pièces du répertoire, choisies par le directeur artistique M. Lethiec, et dans lesquelles les « révélés » témoignent de leur dextérité technique et de l’écoute réciproque.

Après un Quatuor Aquila tonique à la sonorité brute, d’excellente qualité, se sont illustrées trois soprani au talent bien différent. Juliette Mars a donné une version pleine et généreuse de la « flûte enchantée » extrait de Shéhérazade de M. Ravel. Fort potentiel, elle rayonne le don de soi, et c’est avec désir qu’on attend la suite. La soprano léger a joué Deux poèmes et Trois poésies de la lyrique japonaise, I. Stravinsky. Son timbre de voix se prête parfaitement à cette période quasi-aphoristique du compositeur. Une version fort agréable dirigé avec finesse pour cette œuvre contrapunctique visionnaire. Dans un tout autre registre, Karen Vourc’h, soprano lyrique, est une surprise de taille. Le public retient son souffle, sa voix semble rejoindre le ciel et l’Abbaye nous élève à nouveau vers une nouvelle étoile. Enfin, un arrangement d’A. Schœnberg pour 11 instruments du Prélude à l’après midi d’un faunede C. Debussy vient conclure cette merveilleuse soirée. Le public est conquis.

Le Festival Pablo Casals est un réel moment de bonheur. Mariage heureux de l’intelligence du cœur et de la raison, il ne faut le rater sous aucun prétexte. Le cadre est somptueux, les musiciens sont les talents de demain, la programmation est subtilement choisie et son rayonnement est international. Tous les jeunes mélomanes y sont attendus et les musiciens professionnels doivent y faire pèlerinage. Heureusement, le festival Pablo Casals ne s’arrête pas là. Si vous n’avez pas pu y assister, sachez que le Théâtre des Champs Elysées lui confie une série de concerts à donner, chaque année, en janvier, dans la prestigieuse salle parisienne. Pour 2005-2006, c’est un hommage à la musique de chambre de W. A. Mozart qui sera l’occasion de fêter le 250ème anniversaire de sa naissance (le 18, 20, 21 janvier 2006 et le 18, 19 mars 2006).

les programmes 2005 de Prades

Crédit photographique : © DR

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