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Sir Colin Davis et son orchestre

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Gstaad. Festival-Zelt. 28-VIII-2005. Anton Dvorak (1841-1904) : Symphonie n° 8 en sol majeur, op. 88. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Symphonie n° 3 en mi bémol majeur « Eroica ». London Symphony Orchestra, direction : Sir Colin Davis.

Menuhin Festival

Comme dans les annonces radiophoniques des programmes musicaux des années cinquante : « Chers z’auditeurs, vous z’allez z’entendre Count Basie et son orchestre » donnant l’impression que l’orchestre ne serait rien sans son chef et que l’annonce de son seul nom suffit à certifier la qualité de la musique qu’on allait entendre, la même annonce aurait pu être faite pour ce concert symphonique. « Chers z’auditeurs, vous z’allez z’entendre Sir et son orchestre ». En effet, le semble appartenir tout entier à Sir . Certes, depuis dix ans, il en est le chef titulaire. Il en a affiné le son, arrondi les angles musicaux, équilibré les pupitres, huilé les rouages, en somme, fait de cet ensemble l’un des meilleurs orchestres symphoniques européens.

Reprenant la Symphonie n° 8 en sol majeur, op. 88 de Dvorak, l’un de ses chevaux de bataille, Sir Colin Davis conduit son LSO vers une poésie musicale admirable. D’un premier mouvement aux amples développements jusqu’à l’Allegro ma non troppo final, il offre les images d’une Tchécoslovaquie bucolique dans un pathos orchestral superbe. Jamais les cuivres n’écrasent les violons, ni ces derniers n’étouffent les bois, chacun se sent concerné par la musique de l’autre, par l’harmonie de l’ensemble. Dans le dernier mouvement, comme préparés par le climat des premiers mouvements, les musiciens du LSO s’envolent vers un monde où plus rien n’existe que la musique. On sent au sein de cet orchestre une énergie contenue extraordinaire qui s’exprime largement dans le majestueux des ensembles. Sans jamais chercher à briller pour briller, cet orchestre est comme une Rolls Royce. Ce n’est pas la meilleure voiture du monde mais, c’est une Rolls!

Avec la Symphonie Eroica en deuxième partie de programme, on peut se demander qu’est-ce qu’un Sir Colin Davis et un peut encore apporter de neuf à un tube pareil. Il n’est d’ensemble qui n’ait enregistré ou joué cette symphonie. Pas aussi populaire que les « pommes-pommes-pommes-pommes » de la Cinquième, l’Eroica fait partie de ces symphonies dont on sifflote des passages en rentrant chez soi après le concert. Alors qu’on s’attend à une « autre » IIIe de Beethoven, une autre symphonie dont chacun connaît les recoins, on découvre que la superbe machine orchestrale du LSO permet de peindre des couleurs jusqu’ici inconnues. En suspendant le temps dans de courts mais admirables silences, Sir Colin Davis prolonge les accords beethovéniens. En favorisant les contrastes sonores, passant avec brio des fortissimo aux pianissimo comme par enchantement, de l’héroïsme impérial de cette musique, le chef anglais en sublime la grandeur de la noblesse. Dans un deuxième mouvement empreint de gravité, Sir Colin Davis dessine le drame. C’est de l’opéra. La mort rôde à chaque mesure. Mais comme tout cela chante bien! Le dernier mouvement révèle une profondeur orchestrale étonnante, toujours avec cette parfaite maîtrise des plans sonores, ce qui n’apparaissait que comme la répétition d’un incontournable tube de tous concerts festivaliers s’avère une émouvante peinture musicale.

Crédit photographique : DR

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