Lang Lang et l’Orchestre de Paris, une rentrée fracassante

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris, Théâtre Mogador 15-IX-2005. Serge Rachmaninov (1873-1943), concerto pour piano et orchestre n°2 en ut mineur ; Gustav Mahler (1860-1911), Symphonie n°5 en ut dièse mineur ; Orchestre de Paris ; Lang Lang, piano ; Christoph Eschenbach, direction.

Renouvelant une année encore son contrat avec le Théâtre Mogador, l’ sous la direction de son chef donnait en ouverture de sa saison 2005-2006 et pour deux soirées consécutives, un programme des plus ambitieux réunissant deux œuvres magistrales du répertoire, le deuxième Concerto pour piano de Rachmaninov et la cinquième Symphonie de Mahler. Jamais le compositeur viennois n’aura été aussi présent à l’affiche parisienne que ces dernières années – rappelons l’intégrale des neuf symphonies par Chung et l’Orchestre Philharmonique l’an passé – et la mémorable septième symphonie par Boulez et le London Symphony Orchestra au théâtre du Châtelet.

Est-ce la présence du très jeune et fougueux pianiste chinois – il n’a que vingt trois ans! – pour le deuxième concerto de Rachmaninov qui avait attiré ce soir une foule si nombreuse dont la concentration dans le théâtre faisait craindre le pire au niveau de l’acoustique. Certes, les attentes ne furent pas déçues lorsque attaqua seul le premier mouvement du concerto imposant d’emblée à l’orchestre son rythme intérieur et sa vision personnelle de l’œuvre. Avec une digitalité éblouissante et l’ampleur du geste requise pour maîtriser la situation, communique ce pouvoir magnétique qu’exerce immanquablement la musique de Rachmaninov sur l’auditeur. Victime d’une acoustique peu flatteuse, le piano manquait un peu de rayonnement sonore mais la synergie entre les deux partenaires était telle que nous nous trouvions immergés dans le flot symphonique avec un rare bonheur. Le mouvement lent était tout à la faveur du pianiste soumettant l’orchestre aux moindres fluctuations de son chant intérieur avant l’éblouissant final où, là encore, la technique phénoménale et l’énergie prodigieuse de l’interprète nous transporta littéralement. Si le toucher manque indéniablement de séduction sonore, la maîtrise du geste de , recherchant une précision rythmique presque mécanique, offrait une interprétation à la fois personnelle et convaincante de ce magistral concerto.

Après une première « chinoiserie » jouée en bis et du bout des doigts par le pianiste asiatique, Christophe Eschenbach, fort sympathiquement, le rejoignait au piano pour interpréter à quatre mains Laideronnette, Impératrice des Pagodes de Ravel qui terminait de manière touchante la première partie du concert.

Dans une salle déjà fort échauffée par l’exaltation romantique du concerto, la Ve de Mahler et ses quelques soixante dix minutes parurent quelque peu redoutables aux oreilles de l’auditoire constamment gêné par la saturation sonore provoquée par la masse orchestrale. Le premier mouvement était pourtant magnifiquement conduit par Christophe Eschenbach dirigeant par cœur un répertoire qui semble lui coller à la peau. Une acoustique trop frontale limitant l’espace de résonance réduisit les deuxième et troisième mouvements à un déroulement très linéaire sans laisser se dessiner les grands axes formels du discours. Fort heureusement, l’Adagietto réinstaurait une écoute idéale avant les derniers assauts du Rondo final dont la densité de l’écriture souvent fuguée mit à contribution l’ensemble de l’orchestre en parfaite synergie avec leur chef.

Crédit photographique : DR

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