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Galanteries européennes

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Reims, Grand Théâtre. 15-X-2005. André Campra (1660-1744) : L’Europe Galante, opéra ballet en cinq entrées, sur un livret d’Antoine Houdar de la Motte. Mise en espace : Javier Lopez Pinon ; chorégraphie : Marie-Geneviève Massé. Académie baroque européenne d’Ambronay, direction musicale et artistique : William Christie.

Ambronay en tournée

Octobre fut baroque au Grand théâtre de Reims. Après deux récitals du grand claveciniste hollandais Gustav Leonhardt, c’est l’Académie d’Ambronay qui est venue clôturer la traditionnelle tournée de ses stagiaires, présentant une grande œuvre lyrique baroque sous la direction d’un spécialiste reconnu de la musique de cette époque. Le choix s’est porté cette année sur l’Europe Galante d’, et sur pour diriger, choix évident, car le chef franco-américain en plus d’une connaissance approfondie du style, n’a pas son pareil pour exalter la grâce, la finesse et l’élégance chorégraphique de ces comédies-ballets divertissantes et un peu frivoles dont cette Europe Galante fut l’un des modèles.

L’œuvre a été créée en 1697, première partition lyrique de Campra, qui s’était jusqu’alors consacré à la musique liturgique. La pièce est divisée en quatre tableaux décrivant sur un mode humoristique les mœurs amoureuses de différents peuples d’Europe, précédés par un prologue, sorte de reliquat de la tragédie lyrique, puisque c’est dans cette partie que sont relégués dieux et allégories. L’argument est mince, les Français batifolent dans les bosquets au milieu des agneaux, les Espagnols lancent des déclarations enflammées au crépuscule, les Italiens sont jaloux et colériques, et les Turcs ont le choix puisqu’ils ont un harem. On a donc des silhouettes plus que de véritables personnages, mais l’important est dans une musique d’apparence simple, mais d’une grande subtilité, efficace et charmante, prétexte à de nombreuses chorégraphies.

Conçue pour tourner, cette production bénéficie de la mise en espace intelligente et fonctionnelle de Javier Lopez Pinon, qui fait la plupart du temps se déplacer les chanteurs autour de l’orchestre. Tout cela est efficace et intelligible, les atmosphères des différentes entrées sont bien différenciées par les lumières et par quelques éléments de costume. La danse est évidemment une part essentielle du spectacle, les nombreux épisodes chorégraphiques sont bien réglés, s’intègrent bien à l’ensemble, et sont très bien exécutés par les cinq danseurs et danseuses. Musicalement aussi, le spectacle est très réussi, grâce en premier lieu à un orchestre superbe de cohésion et de justesse, superbement mené par la japonaise Satomi Watanabe, une konzertmeisterin dont le jeu conjugue élégance et tempérament. Le niveau de ces jeunes instrumentistes est très impressionnant, et une belle assurance pour la qualité technique des ensembles dans lesquels ils s’intégreront dans le futur.

Côté chant, on est d’abord surpris par la diction, ayant imposé une prononciation d’époque. On entend donc des « s » qui sont devenus muets dans notre parler actuel, l’accent est grasseyant, et « victoire » se prononce « victouère ». C’est assez déroutant, mais l’oreille s’y fait vite, le résultat est mélodieux, et chanteurs francophones et étrangers sont placés sur un pied d’égalité puisqu’ils doivent tous faire un effort pour restituer la langue. Le niveau des chanteurs est assez fluctuant, certains semblent presque prêts à se lancer dans la carrière, tandis que d’autres ont encore beaucoup à apprendre, et à attendre, car leur voix n’est pas encore arrivée à maturité. Parmi les voix les plus intéressantes, on retiendra les noms de Frédéric Burdet, interprète d’un monologue tout intérieur en Espagne, de , Discorde au mezzo corsé et au fort tempérament dramatique, d’Anna Sanchez, au français perfectible, mais au timbre de soprano sombre très prenant. Intelligemment, les chanteurs les plus accomplis ont été en général distribués dans les derniers tableaux, ce qui fait monter la soirée en puissance. L’entrée italienne vaut essentiellement pour la fière et délurée Clara Coutouly, et pour le beau timbre de ténor de Lisadro Nesis, quoique ses aigus soient assez serrés. Rien à redire sur la Turquie, très bien chantée par l’émouvante en Zaïde, par la séduisante et sensuelle Sarah Breton en Roxane, et par un Sydney Fierro noble et fier en sultan Soliman. La palme de la soirée ira à Jérémie Lesage, interprète d’un hilarant numéro d’eunuque, chantant avec une parfaite maîtrise dans une langue turque imaginaire.

Une superbe soirée, qui témoigne de l’excellent niveau de cette Académie d’Ambronay cru 2005.

Crédit photographique : © DR

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Reims, Grand Théâtre. 15-X-2005. André Campra (1660-1744) : L’Europe Galante, opéra ballet en cinq entrées, sur un livret d’Antoine Houdar de la Motte. Mise en espace : Javier Lopez Pinon ; chorégraphie : Marie-Geneviève Massé. Académie baroque européenne d’Ambronay, direction musicale et artistique : William Christie.

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