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Bruxelles. Théâtre Royal de la Monnaie. 30-X-2005. Gioachino Rossini (1792-1868) : Il Viaggio a Reims, dramma giocoso en un acte sur un livret de Luigi Balocchi. Mise en scène : Luca Ronconi ; collaboration à la mise en scène : Ugo Tessitore ; costumes : Giovanna Buzzi ; lumières : Guido Levi ; décors : Gae Aulenti ; vidéo : Manuela Crivelli. Avec : Carmella Remigio, Corinna ; Daniela Pini, La Marchesa Melibea ; Desirée Rancatore, La Contessa di Folleville ; Alexandrina Pendatchanska, Madama Cortese ; Riccardo Botta, Il Cavaliere Belfiore ; Lawrence Brownlee, Il Conte di Libenskof ; Michele Pertusi, Lord Sidney ; Giovanni Furlanetto, Don Profondo ; Bruno Pratico, Il Barone di Trombonok ; Riccardo Novaro, Don Alvaro ; Shadi Torbey, Don Prudenzio ; Marc Coulon, Don Luigino ; Rosa Brandao, Delia ; Isabelle Everaerts de Velp, Maddalena ; Beata Morawska, Modestina ; John Manning, Zefirino ; Tie Min Wang, Gelsomino ; Pierre Doyen, Antonio. Chœur du Théâtre Royal de la Monnaie (chef des chœurs : Piers Maxim), Orchestre symphonique du Théâtre Royal de la Monnaie, direction : Rani Calderon.

Il Viaggio à Reims

Alors que le Festival de Pesaro a créé cet été une nouvelle production du Viaggio a Reims, l’ancienne, qui a déjà beaucoup voyagé depuis ses débuts sous la baguette de Claudio Abbado en 1984, fait escale à la Monnaie. La mise en scène, classique et brillante, n’a pas pris une ride et continue de faire rire le public, et elle a été intelligemment mise à la sauce bruxelloise, puisqu’on y voit diffusé sur écran géant, un petit film très drôle où l’on voit un faux Charles X et sa suite déambuler en procession dans les rues de Bruxelles, puis courir dans les couloirs de la Monnaie pour ne pas arriver en retard à la fête.

Œuvre brillante, aux nombreux premiers plans, le Voyage à Reims nécessite de réunir une distribution de haut vol, ce qui n’est pas tout à fait le cas lors de cette représentation, qui ne voit personne ne se montrer indigne, mais durant laquelle les prestations éclatantes sont rares. Globalement, les dames sont décevantes : est une Mme Cortese fatiguée, aux changements de registres incertains et à la ligne chaotique, que ne sauvent pas un beau médium et une projection appréciable. En Comtesse de Folleville, est une poupée frivole et pulpeuse, à la vocalisation véloce et précise, mais le timbre est maigre et l’aigu d’une désagréable aigreur. est plus satisfaisante, voix bien conduite, legato naturel, intonation très sûre, mais le timbre est banal et plébéien, peu crédible pour une poétesse, et elle se trompe dans son dernier air. Heureux public du Nederlandse Opera d’Amsterdam, qui a eu la chance d’entendre Maïté Beaumont remplacer au pied levé dans Alcina. Ceux qui avaient prévu de l’entendre ce jour-là en Melibea à Bruxelles en furent pour leur frais. Sa suppléante , qui fait partie de la distribution B, ne démérite pas, elle se révèle même être la plus intéressante parmi les dames. La voix est saine et franche, le timbre n’est ni très riche ni très personnel, mais le grave est de toute beauté et les aigus sont percutants.

Chez les messieurs, on oubliera vite dont le cabotinage ne masque pas une voix défaite, qui l’oblige à une sorte de sprechgesang bien peu rossinien. est un Lord Sydney au timbre somptueux et au chant noble et stylé, mais quel engorgement, quelle grisaille! A subir ce traitement, la voix risque de s’abîmer très vite, ce qui serait un formidable gâchis pour ce chanteur qui est dans la force de l’âge. Riccardo Botta est un beau Belfiore, au timbre émouvant et au style très propre, mais fâché avec les aigus, et un hidalgo générique mais convaincant. Un cran au-dessus, , est un superbe Don Profondo, à la voix solide et élégante, qui fait passer le chant avant les effets comiques, et surtout , qui est le clou de cette distribution, proposant un Libenskof au timbre frais et séduisant, et à la ligne de chant frémissante et sensuelle. Son duo avec fut le plus beau moment de cette matinée.

Mention très bien pour les petits rôles qui réalisent un sans faute, notamment Isabelle Everarts de Velp en Maddalena, et , qui fut Lord Sidney à Pesaro, et qui est un Don Profondo très bien chantant à Bruxelles.

est un chef enthousiaste et précis, il dirige un excellent orchestre de la Monnaie avec fougue et énergie, conduisant les ensembles avec une belle maîtrise, mais il laisse peu respirer son plateau, imposant un rythme militaire qui laisse peu de place aux effusions et à l’humour.

Cette création in loco du Voyage à Reims est un beau spectacle, qui ne démérite pas, mais qui aurait dû bénéficier d’une distribution plus impliquée pour véritablement enflammer le public.

A voir encore jusqu’au 13 novembre à la Monnaie, infos sur www. lamonnaie. be

Crédit photographique : © Johan Jacobs

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