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Fin de demi-saison à San Francisco

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Crédit photographique : © McCarthy

Norma et La Forza del destino

San Francisco. War Memorial Opera House, 29-X-05 (Norma) et 2-XI-05 (La Forza del destino). (1801-1835) : Norma, opéra en 2 actes sur un livret de Felice Romani. Mise en scène :  ; décors :  ; costumes : Anna Oliver ; lumières : Heather Carson. Avec : , Norma ; Irina Mishura, Adalgisa ; , Pollione ; , Oroveso. Chœur de l’opéra de San Francisco (chef de chœur : Ian Robertson). Orchestre du San Francisco Opera, direction : .

(1813-1901) : La Forza del destino, opéra en 3 actes sur un livret de Francesco Maria Piave. Mise en scène : Ron Daniels ; décors : Roland Aeschlimann ; costumes : Andrea Schmidt-Futterer ; lumières : Manfred Voss. Avec : , Leonora ; Vladimir Kuzmenko, Alvaro ; Zeljko Lucic, Don Carlo di Vargas ; Jill Grove, Preziosilla ; , Fra Melitone ; , Padre Guardiano ; , Calatrava. Chœur de l’opéra de San Francisco (chef de chœur : Ian Robertson). Orchestre du San Francisco Opera, direction : .

La saison d’opéra de San Francisco se déroule selon un calendrier un peu particulier pour le spectateur habitué aux théâtres européens. Commencée début septembre avec l’Italiana, Rodelinda puis Doctor Atomic elle s’arrête fin novembre pour reprendre fin mai avec trois autres titres. Alternent donc en novembre Norma, La Forza del destino et Fidelio. Nous passerons rapidement sur la mise en scène de Norma, sans grand intérêt. Les décors uniques sont constitués de planches verticales ou horizontales assez laides. Costumes esthétiquement peu marquants, décors et mise en scène laissent le spectateur indifférent à l’exception du brasier final très enfumé! C’est dans la musique que nous trouvons satisfaction, à commencer par la direction équilibrée de guidant son équipe à bon port. L’Oroveso d’ n’appelle aucun reproche ; le Pollione de commence assez mal la soirée avec des aigus poussifs et trop bas ; heureusement la voix s’échauffe par la suite et gagne en sûreté.

C’est surtout grâce aux voix féminines que le niveau s’élève. Irina Mishura est une Adalgisa au timbre charnu, le volume de la voix est intéressant et l’actrice crédible. Le meilleur est sans nul doute l’interprétation de dans le rôle écrasant de la prêtresse gauloise. Voilà une chanteuse qui ne se contente pas de marcher dans les pas de ses devancières mais qui sait renouveler l’approche du rôle par ses inflexions sur tel mot, telle phrase, tel accent. Tout ceci est possible grâce à un timbre séduisant (qui fait penser à Te Kanawa sur certains sons), de belles nuances, une ligne de chant bien conduite. Son seul point faible est la virtuosité ; elle escamote par exemple les vocalises dans la cabalette «A bello a me ritorna» mais ceci est peu de chose face à la musicalité de la soprano américaine.

La nouvelle production (c’était la première ce 2 novembre) de La Forza del destino est plus originale mais guère plus convaincante. Plus originale par ses choix : les guerriers de l’acte 2 sont vêtus de treillis modernes alors que le début de l’acte 1 aurait pu se situer à l’époque précisée par le livret. Mais le monastère de l’acte 3 est un simple panneau vertical, tandis que la montagne où se réfugie Leonora est devenue trois poutres suspendues en l’air sur lesquelles la pauvre soprano est obligée de grimper pour chanter son grand air de manière inconfortable. Leonora est justement que nous avions entendue à la Bastille dans Turandot. La voix nous a paru moins puissante qu’à Paris et le vibrato plus prononcé. Mais l’engagement musical et scénique est irréprochable : sa Leonora vit, souffre, convainc.

Son amant, Vladimir Kuzmenko, possède pour le coup une projection puissante, la voix est insolente, mais on perd en musicalité et l’on aimerait entendre plus de nuances. Le frère vindicatif chanté par Zeljko Lucic ne peut rivaliser en décibels mais sa prestation est correcte. Au crédit de ces deux chanteurs il faut noter que la partition est donnée dans l’intégralité de la version de 1869, ce qui n’est pas une mince affaire en terme d’endurance vocale. Jill Grove assure la partie de Preziosilla avec des graves sonores mais la voix n’est pas des plus homogènes. Du côté des religieux, Melitone et Guardiano sont bien servis par et , le premier parfait en moine grognon, le second empreint de noblesse.

C’est dans les rôles moins importants que le trio de tête Leonora-Alvaro-Carlo que l’on reconnaît aussi la qualité d’une maison d’opéra. C’est également dans les forces stables que sont les chœurs, très bons, et l’orchestre, satisfaisant. Le meilleur de la représentation reste sans conteste les débuts in loco du jeune , applaudi même par son orchestre unanime. Sa direction pleine de fougue et de vigueur (à l’exception étonnante du «Pace, Pace» languissant) rend pleinement justice au drame en marche. Il est d’autant plus dommage que le public ne se soit pas déplacé en masse, laissant certaines rangées vides alors que Norma «faisait le plein». Le public de San Francisco serait-il frileux et préfère-t-il les valeurs sûres aux œuvres plus rarement jouées? Mais au fait, question impertinente : depuis combien de temps l’opéra de Paris n’a-t-il pas proposé cette Forza del destino? A bon entendeur…

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