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Une Rita ratée

La Scène, Opéra, Opéras

Lausanne. Théâtre Municipal. 11-XI-05. Gaetano Donizetti (1797-1848) : Rita ou le Mari battu, opéra-comique en un acte sur un livret de Gustave Vaëz. Mise en scène, décors et costumes : Eric Vigié. Avec : Sophie Graf, Rita ; Jose Luis Sola, Peppe ; Vincent Deliau, Gasparo ; Christophe Picard, Bartolo. Tristan Moreau, un enfant ; David Rosset, le garde du corps ; Walter Daniel San Joaquin, L’ours (mime). Orchestre de Chambre de Lausanne. Direction : Nicolas Chalvin.

Rita de Donizetti

Le répertoire lyrique comporte autant d’œuvres que d’émissions de télévision. Mais comme le petit écran a son TF1, l’opéra a aussi ses navets. Si Rita ou Le Mari Battu est un opéra oublié de , la faute à une œuvre qui n’a pas survécu à son temps. Non pas que la musique n’en soit pas charmante, ni que le livret d’aucun attrait, mais l’humour véhiculé n’a plus le poids qu’il pouvait avoir à l’époque de sa création. Si aujourd’hui Feydeau ou Labiche sont passés de mode, leurs pièces retrouvent néanmoins leur lustre d’antan lorsque de grands acteurs ou metteurs en scène s’ingénient à les faire revivre. Il en est de même à l’opéra. À l’opéra-comique en particulier.

À Lausanne, indépendamment des louables intentions de son nouveau directeur de monter une troupe d’opéra en résidence, la production de cette « œuvrette » de Donizetti déçoit. D’abord par la surexcitation qui règne sur le plateau. Sous prétexte d’un opéra-comique, fait une caricature de burlesque avec un humour scénique se rapprochant plus du cirque que de la comédie. Un homme battu échappe à sa femme grâce au retour inattendu de son premier mari pour finalement revenir sur sa décision première. C’est l’argument schématique du vaudeville imaginé par Gustave Vaëz. Il serait d’une verve comique magistrale si le théâtre et le chant s’y exprimaient avec une cocasserie d’actualité. Malheureusement, la farce ne se retrouve ni dans le chant, ni dans le théâtre.

En programmant des artistes inexpérimentés, a fait une erreur de distribution. Théâtralement, le plateau manque d’unité. Si le mari Beppe (Jose Luis Sola) est un bon comédien, son répertoire gestuel est répétitif à l’excès. Au contraire Gasparo, le mari « revenant » () est scéniquement emprunté alors que Rita () est dans l’agitation perpétuelle. Autour d’eux gravitent des personnages aussi ridicules qu’inefficaces à l’image de cet ours blanc digne d’une mauvaise revue de fin d’année, de ces deux incongrus loubards et de ce serviteur dont les présences sur scène ne font qu’ajouter à la confusion. Pour « dire » cette comédie, les trois protagonistes principaux manquent de métier. Non pas qu’ils ne chantent pas correctement, bien au contraire. Chacun dans son registre est à l’aise (encore que la diction française mérite encore bien du travail!), mais trop occupés à leur chant, ils oublient le sens du texte et ne semblent pas en ressentir la signification.

Après le brillant Rigoletto (voir la chronique de notre collaborateur Bernard Halter) d’ouverture, cette Rita ratée ne pèsera pas lourd dans le bilan de la première saison d’Eric Vigié. Comme si le public avait pressenti cet insuccès scénique, un peu plus d’une demi-salle assistait à un de ses trop rares opéras donizettiens programmés dans nos théâtres lyriques. Dommage parce que la musique est séduisante, les airs superbes et l’ admirablement dirigé par un toujours attentif aux chanteurs.

Crédit photographique : © Marc Vanappelghem

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