La Scène, Spectacles divers

Voyage au centre de l’acousmatique

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Hommage à Jules Verne

Paris. Radio France. 03-XII-2005. (né en 1932) : Extra-Ordinaire(création) ; (né en 1927) : Comme une symphonieenvoi à Jules Verne (commande de l’Etat). , projection sonore.

Paris. Radio France. 04-XII-2005. (né en 1947) : l’Isle sonante, (commande du GRM).  : projection sonore.

C’est à , un des pères de la musique concrète qui, aux côtés de , révèle dès 1949 les dimensions d’un nouvel univers sonore, que l’on doit l’hommage à Jules Verne que l’INA-GRM proposait ce premier week-end de décembre dans le cadre de sa saison Multiphonies pour fêter le centenaire de la mort du romancier : un concert « acousmatique » donc, où la musique, fixée sur support audio, est spatialisée grâce à un « orchestre de haut-parleurs » qui tient lieu ici d’instruments de diffusion.

Rien d’étonnant qu’un explorateur comme Pierre Henry, projeté dans le futur et ouvrant des espaces inconnus rejoigne l’auteur de Cinq semaines en ballon pour concevoir à son tour une nouvelle aventure « comme une vaste symphonie à travers le monde ». Après les neuf symphonies de Beethoven qui ont hanté Pierre Henry jusqu’à la cathartique « dixième remix », ce sont les neuf symphonies de Bruckner qui commentent et dramatisent son envoi à Jules Verne, un matériau qu’il va modeler à sa guise « repérant à la loupe ses hymnes à l’unisson, ses gigues gracieuses, ses fanfares éoliennes… ». Il y a, dit-il, concordance de modernité entre Jules Verne qui écrivait ses livres et Anton Bruckner qui composait ses symphonies. Avec le souffle puissant qui anime la trajectoire de ses sons et les couleurs « fauves » de son matériau sonore, Pierre Henry embarque l’auditeur dans son vaisseau d’airain et le fait voyager dans l’espace en tirant « le plein-jeu » de son instrument au grand dam des oreilles qui, sur une durée de 59 minutes, finissent par être fortement éprouvées. Ce n’était pourtant pas Pierre Henry, malheureusement souffrant, qui était à la console et dirigeait le son vers la soixantaine de haut-parleurs distribués dans la salle Olivier Messiaen, mais , ayant accepté de remplacer le Maître au pied levé.

D’envergure plus modeste, Extra-ordinaire – voilà bien un mot « vernien! » – de , d’une durée de trente sept minutes, nous invite àune conversation dans un obus, un moyen de transport qu’affectionnait tout particulièrement ce passionné des voyages qu’était Jules Verne. Aventurier de l’espace des sons, qui, dès les origines de la musique concrète, travaille aux côtés de avant de diriger le Groupe de Recherche Musicale de 1975 à 1997, est certainement l’un des meilleurs acteurs de « l’Odyssée de l’espace » entreprise depuis plus d’un demi-siècle par les chercheurs « acousmates » pour explorer ces « espaces inhabitables ». Avec Extra-Ordinaire, création mondiale conçue en octophonie – huit pistes simultanées – et dédiée à Pierre Henry, François Bayle revient sur ses « voyages » antérieurs, Espaces inhabitables, Voyage au centre de la tête – pour en recycler le matériau et tenter « l’exercice dangereux des références croisées qui vont s’échanger ». Sur cette trame sonore, des voix reconnaissables – celles de François Bayle lui-même, de Pierre Henry, , lisant Henry Michaux – alimentent la conversation » vernienne » pervertie par les traitements sonores dont elle est l’objet. En bref, une fantaisie sonore comme aime à le dire son auteur, qui n’a certainement pas sa place dans le Panthéon des chef-d’œuvres du maître mais n’en est pas moins une nouvelle « invitation au voyage » à laquelle nous convie le compositeur.

D’une durée de deux heures trente réduite à une heure et quarante cinq minutes pour le concert, L’isle sonante de , crée dans sa version définitive ce dimanche 3 décembre sur l’acousmonium du GRM, est un hommage à la musique concrète et à Pierre Schaeffer. C’est le voyage imaginaire d’Axelle, une lectrice passionnée – la voix est celle de Florence Chion-Mourier – et celui des personnages de romans dans lesquels elle se plonge tels que Voyage au centre de la terre et le Château des Carpathes de Jules Verne, Mardi et Moby Dick de Herman Melville, Aventures d’Arthur Gordon Pym d’Edgar Pœ…A travers un récit proche du Hörspiel – on retrouve cette qualité vocale très spécifique des héroïnes du compositeur, un rien absentes de leur contexte – Michel Chion suggère, avec une grande économie de moyens et dans le temps très long de la navigation, différents climats poétiques – une grotte, une galerie sous la mer – où peut errer l’imagination de l’auditeur jusqu’à l’arrivée aux îles où les sollicitations sonores sont plus référentielles : les propos didactiques de Pierre Schaeffer dans « l’île des Objets sonores » ou les ébats sensuels de deux êtres à « l’Approche de l’île des Noces ». Autant d’événements qui viennent sensiblement moduler la temporalité de ce travelling sonore très habilement mis en espace par à la console de l’acousmonium. « L’Isle sonante, nous dit le compositeur, c’est peut-être le souvenir marqué de remords, c’est le passé, avec les ondes de ses voix », celle, énigmatique, qui ponctue, par ses appels réitérés, les différentes étapes de la quête aventureuse.

 

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