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Ô bienheureuse Iphigénie !

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Nancy. Opéra de Nancy et de Lorraine. 4-XII-2005. Christoph Willibald Gluck (1714-1787) : Iphigénie en Tauride, opéra en quatre actes sur un livret de Nicolas-François Guillard. Mise en scène, décors et costumes : Yannis Kokkos. Avec : Alketa Cela, Iphigénie ; Kevin Greenlaw, Oreste ; Xavier Mas, Pylade ; Franck Ferrari, Thoas ; Hiromi Omura, Diane ; Valérie Debize, une femme grecque ; Laure Baert, première prêtresse ; Julie Stancer, deuxième prêtresse ; Christophe Gay, un scythe ; Pascal Desaux, le ministre de Thoas. Chœur de l’Opéra de Nancy et de Lorraine (chef de chœur : Merion Powell), Orchestre symphonique et lyrique de Nancy, direction : Jane Glover.

Opéra de Nancy

Difficile métier que celui de chroniqueuse de spectacles lyriques! Il devrait être possible, afin de ne pas gâcher la magie, de dire simplement qu’on a vu et entendu un chef-d’œuvre du répertoire interprété par des chanteurs jeunes, possédant le physique de l’emploi et des voix enthousiasmantes! Mais non, le lecteur, implacable, réclamera des détails, et, partant des légères réserves qu’on sera obligée d’émettre, en déduira que le spectacle n’était, finalement, pas si parfait! Etait donc donné, à l’opéra de Nancy, Iphigénie en Tauride, la plus magnifique des œuvres de Gluck, dont nous nous ferons un devoir de rendre compte dans les ultimes détails.

Le rôle titre était tenu par la soprano , qui a déjà triomphé sur cette même scène en Mimi et en Donna Anna. L’interprète, peau laiteuse, yeux bleus, cheveux de jais, est belle, d’une beauté toute classique. Le personnage est jeune et vulnérable, beaucoup plus que dans d’autres productions, elle entre d’ailleurs en scène sur un « vrai » cauchemar, se tortillant sur sa couche en chemise de nuit. La voix est d’airain, puissante, remplissant la salle sans effort. Qu’on n’aille pas en déduire qu’ est une hurleuse. Non, pas du tout, la voix sort simplement, sans effort, le timbre est sombre et cuivré, la ligne est là, et les nuances aussi. La diction, assez moyenne, ne sonne pas exotique, mais pas franchement claire non plus, défaut qui pourrait paraître rédhibitoire au vu des beaux vers classiques de Nicolas-François Guillard et de la déclamation, tout droit sortie de la tragédie lyrique, qui leur est due, mais péché véniel au regard de tant de qualités. Plus préoccupante en revanche est la fâcheuse tendance à perdre de vue la justesse, déjà remarquée dans sa Valentine à Metz, qui fort heureusement n’entache qu’une petite partie de son air « ô malheureuse Iphigénie ».

Que dire d’Oreste et de Pylade, si ce n’est justement qu’il n’y a rien à en dire? Le baryton semble tout d’abord extérieur au drame, mimant le désespoir plus qu’il ne le ressent. Ce n’était qu’économie de moyens, car dès la scène du cauchemar, l’acteur et la voix se libèrent et délivrent une prestation exemplaire, et lui non plus n’a pas de problème de volume sonore!

Le craquant interprète un Pylade tout en charme, joli timbre, belles nuances, excellente diction, admirable vaillance et une façon de négocier les aigus qui rappelle vaguement celle de , en moins mixée. Un nouveau nom à rajouter dans la liste des ténors français qu’on aimerait entendre plus souvent ! Les inséparables amis Oreste et Pylade le sont en effet, dans la quasi-perfection, avec de plus des physiques à damner n’importe quel Dieu grec. Pour compléter la distribution, le Thoas de , composition intéressante et efficace d’un personnage à la fois barbare et vulnérable. fait du , on voit des parois coulissantes noires, des escaliers noirs, des costumes noirs, une direction d’acteurs à la fois classique et précise, avec une scène très réussie des Euménides. En ces temps de « malscène » une Iphigénie non transposée dans un autre siècle, sans accessoires ridicules, rendant simplement hommage à l’action inventée par le librettiste, devient une bénédiction.

Le point faible de la soirée est un sous la direction de , qui, sans démériter, devrait faire un effort de subtilité et de transparence, et tout d’abord au niveau des cuivres, particulièrement tonitruants. Les chœurs masculins sonnent plus homogène que les chœurs féminins. Un nouvel exemple que les évènements lyriques les plus excitants se passent souvent en province…

Crédit photographique : © Ville de Nancy

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Nancy. Opéra de Nancy et de Lorraine. 4-XII-2005. Christoph Willibald Gluck (1714-1787) : Iphigénie en Tauride, opéra en quatre actes sur un livret de Nicolas-François Guillard. Mise en scène, décors et costumes : Yannis Kokkos. Avec : Alketa Cela, Iphigénie ; Kevin Greenlaw, Oreste ; Xavier Mas, Pylade ; Franck Ferrari, Thoas ; Hiromi Omura, Diane ; Valérie Debize, une femme grecque ; Laure Baert, première prêtresse ; Julie Stancer, deuxième prêtresse ; Christophe Gay, un scythe ; Pascal Desaux, le ministre de Thoas. Chœur de l’Opéra de Nancy et de Lorraine (chef de chœur : Merion Powell), Orchestre symphonique et lyrique de Nancy, direction : Jane Glover.

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