Etoile de Noël

La Scène, Opéra, Opéras

Nantes. Théâtre Graslin. 11-XII-2005. Emmanuel Chabrier (1841-1894) : L’Etoile, opéra en trois actes sur un livret d’Eugène Leterrier et Albert Vanloo. Mise en scène : Emmanuelle Bastet. Décors et costumes : Duncan Hayler. Chorégraphie : Laura Scozzi. Lumière : Pierre Gaillardot. Avec : Eric Huchet, le roi Ouf 1er ; Vincent Pavesi, Siroco  ; Simon Jaunin, Hérisson de Porc-Epic  ; Jean Delescluse, Tapioca ; Sophie Marilley, Lazuli ; Magali Léger, la princesse Laoula  ; Marie Lenormand, Aloès ; Jean-Marc Bihour, madame Bihour (rôle parlé). Chœur d’Angers Nantes Opéra (chef de chœur : Xavier Ribes), Orchestre National des Pays de Loire, direction : Laurent Campellone.

L’Etoile, de Chabrier

En proposant à la place des sempiternelles Chauve-souris et Veuve joyeuse pour les fêtes de fin d’année, la rare Etoile de Chabrier, l’opéra d’Angers/Nantes a frappé un grand coup. La musique de Chabrier est belle et raffinée, bien loin de ce qu’on entend d’habitude par le mot « opérette », tant et si bien qu’on est parfois tellement saisi d’admiration qu’on ne pense plus à rire, ni même à applaudir, par exemple pendant le « trio des chatouillis ». Si on ajoute à ceci une excellente distribution et une mise en scène festive, le bonheur est au rendez-vous.

La metteure en scène, , a choisi de transposer l’action du royaume imaginaire du roi Ouf 1er, dans le grand magasin de luxe « Ouf » en période de Noël, dans les années 1950. Prétexte parfait pour raccrocher les représentations à cette période de l’année, prétexte également à de somptueux costumes, comme seule cette époque en a connu. Le roi Ouf, devenu propriétaire du magasin, se promène toujours incognito, mais…déguisé en Père-Noël, la princesse Laoula porte des toilettes à faire rêver les lecteurs de Point de vue, les changements de décor sont réalisés à l’aide d’un ascenseur avec groom et musique sirupeuse (pas de Chabrier!) obligés, un véritable régal! Bien sûr, tout ceci ne se fait pas sans modifications des dialogues parlés, et il nous faut signaler que le livret de Leterrier et Vanloo se tenant fort bien, ce n’était pas aussi nécessaire que la réécriture du texte du Roi malgré lui à Lyon ou de la Grande duchesse de Gérolstein au Châtelet, mais après tout, la musique n’est pas touchée, et il ne s’agit que de s’amuser…

Direction d’acteurs d’une précision parfaite, mise en scène intelligente et talentueuse, et pleine de réminiscences : , par la façon de raconter la même histoire tout en la sortant de son contexte original, la réécriture des dialogues à la , les chorégraphies de  ; et dont fut l’assistante, par l’intrusion d’un deschien, l’hilarant , dans le rôle rajouté de Mme Bihour, « directrice des ressources humaines » et artisan de l’avancement de l’action ; la comédie musicale des années 50, par les figurants, le choix des costumes et l’accent mis au bon moment sur la sentimentalité, la « romance de l’étoile » étant à ce titre interprétée et chorégraphiée avec une délicate poésie.

Fort poétique également, et drôle à souhait, ce qui n’est pas contradictoire, le personnage travesti de Lazuli, en la personne de la fribourgeoise  : une dégaine d’adolescent trop vite monté en graine, une aisance dans les chorégraphies qui fait penser qu’elle est passée, comme sa partenaire , par une école de danse, jolie voix, un peu petite, mais avec de beaux graves bien timbrés, et une diction parfaite. Une révélation. Que dire de sa fiancée, la princesse Laoula de , qui n’ait déjà été dit? Ravissante de timbre et de prestance, chantant à merveille, dansant comme une reine, portant la toilette avec chic, c’est un véritable bonheur de les voir évoluer toutes deux!

Le reste de la distribution est doté de beaucoup moins de musique. Elle nécessite surtout de bons acteurs, d’excellents diseurs et une vis comica sans défaut, contrat rempli par Eric Huchet (Ouf 1er), Simon Jaunin (Hérisson de Porc-Epic), (Tapioca) et (Aloès), avec une mention spéciale au désopilant Siroco de , pantalon trop court sur chaussettes rouges. L’Orchestre National des Pays de Loire, décidément excellent, se joue des innombrables difficultés et de la fausse simplicité de l’orchestration diabolique d’. Notons le grand courage du chef qui, lors des saluts, a exécuté avec le reste de la troupe le cancan de la fin du deuxième acte.

Alors, où que vous soyez, si vous n’avez rien de prévu pour le réveillon du nouvel an, précipitez-vous à Angers pour y passer une soirée vraiment amusante et de grande qualité. Il serait d’ailleurs fort dommage que cette production ne soit jamais reprise ici ou là dans le cadre des fêtes de fin d’année.

Crédit photographique : © Vincent Jacques

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