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Pour la plus grande gloire de Mozart

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Florence, Teatro Comunale. 28-I-2006. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791). Concerto pour piano et orchestre n°20 en ré mineur K. 466  ; Messe en ut mineur K. 427. Leif Ove Andsnes, piano ; Annick Massis, soprano ; Monica Bacelli, mezzo ; Daniil Shtoda, ténor ; Maurizio Lo Piccolo, basse. Chœur et orchestre du Mai Musical Florentin (chef de chœur : Piero Monti), direction : Zubin Mehta.

/Mai Musical Florentin

Tandis que Paris proposait un Don Giovanni controversé et Vienne un Idomeneo parfois douteux, Florence et son chef titulaire ont préféré honorer le 250e anniversaire de la naissance de Mozart par deux valeurs sûres : lepréromantique concerto en ré mineur et la messe en ut mineur. Le programme déjà donné le 27 a été redonné le lendemain devant une salle comble et en présence des caméras de la RAI 3 pour une éventuelle diffusion ultérieure.

Leif Ove Andsnes propose une lecture du Concerto n°20 raffinée et lumineuse. D’aucuns préfèreront une approche plus puissante ou vigoureuse, notamment quand l’orchestre joue forte, mais le concertiste ne tombe jamais dans l’effet facile et l’emphase. La technique est infaillible (traits d’octaves véloces ou doubles trilles à la même main, par exemple dans la dernière cadence) mais jamais vaine. Difficile de choisir parmi les trois mouvements un moment particulier tant l’ensemble paraît juste, coulant de source. Zubin Mehta à la tête d’un des meilleurs orchestres de la péninsule italienne accompagne le soliste en parfaite harmonie. Voilà un hommage à Mozart qui commence sous les meilleurs auspices.

Venons-en à la deuxième partie du concert. L’auditeur qui aime les œuvres sacrées du XVIIIe siècle par des ensembles réduits (chœur à petit effectif, orchestre allégé, attaques et articulations des cordes plus «baroques», diapason d’époque…) sera déçu. Mais si l’on accepte le postulat que Mozart peut aussi être joué par une masse vocale et orchestrale considérable, alors l’interprétation florentine se hisse à un niveau d’excellence. Les effectifs du chœur sont plus que respectables et ne permettent pas une finesse de trait comparable à ce que donnerait un Collegium Vocale ou des Arts florissants pour ne citer que deux noms au hasard. Le fait que ces mêmes choristes chantent la veille ou le lendemain Turandot ne les empêche cependant pas de chanter piano quand la partition l’exige

Il faut reconnaître à leur décharge que Zubin Mehta choisit parfois un tempo un peu trop maestoso (le début du Credo) mais ceci n’est que péché véniel car fort heureusement ponctuel. L’orchestre et tous ses pupitres, à commencer par les bois, est à la hauteur de sa réputation. Ce n’est pas faire injure que de passer très rapidement sur les deux solistes masculins dont la partie est très courte. Leur prestation ne dépare pas le niveau d’ensemble.

L’enchantement arrive par les voix d’ et de . La première entonne un Christe d’une grande douceur, ce qui n’exclut pas un si bémol et la bémol graves bien projetés. La deuxième offre un Laudamus te d’une parfaite homogénéité de registres. Plus captivant encore, les deux voix se marient avec élégance dans le Domine Deus sans qu’aucune n’empiète sur l’autre : l’équilibre est parfait. Le miracle se reproduit avec le Quoniam tu solus où les voix se répondent, se relancent, se superposent. On en oublie l’écriture vocale si complexe, les sauts d’octave, les mélismes, la difficulté respiratoire des longues phrases : l’art est devenu naturel. De même l’Et incarnatus est paraît facile alors qu’il requiert un travail de ciseleur. On deviendrait presque agressif à l’égard des spectateurs qui continuent de tousser pendant de tels moments, une plaie malheureusement trop répandue dans nos salles de concert… Jusqu’au Benedictus inclus l’état de grâce se prolonge.

A la fin du concert Zubin Mehta prendra le micro pour honorer la mémoire du compositeur salzburgeois et proposer un Ave verum très recueilli. Les solistes chantent pianissimo pour ne pas se détacher du chœur et le chef prolonge le silence après la dernière mesure : nul doute que le «divin Mozart» s’est arrêté ce 28 janvier 2006 en Toscane.

Crédit photographique : © Yves François

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