La Scène, Opéra, Opéras

Un no man’s land pour Mozart

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Zurich. Opernhaus. 28-I-06. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Così fan tutte, opéra en deux actes sur un livret de Lorenzo da Ponte. Mise en scène : Jürgen Flimm ; direction d’acteurs : Gudrun Hartmann ; décors  : Erich Wonder ; costumes : Florence von Gerkan ; lumières : Jürgen Hoffmann. Avec : Camilla Nylund, Fiordiligi  ; Liliana Nikiteanu, Dorabella ; Yvonne Naef, Despina ; Ruben Drole, Guilelmo ; Blagoj Nacoski, Ferrando ; Lorenzo Regazzo, Don Alfonso. Chœur de l’Opéra de Zurich (direction : Ernst Raffelsberger), Orchestre de l’Opéra de Zurich, direction : Robin Ticciati.

Così fan tutte

L’Opéra de Zurich redonne sa production de Così fan tutte dirigée en son temps par Nikolaus Harnoncourt. Le jeune chef italien était au pupitre pour cette soirée du 28 janvier, alors que le programme imprimé de la saison annonçait le légendaire Harnoncourt. Dès lors très attendu, s’est révélé prodigieusement inspiré au pupitre de l’orchestre de l’Opernhaus. Maniant sa baguette avec souplesse et précision, il emporte ses musiciens dans de virevoltants et jubilatoires crescendi. Sans exagération ni effets baroquisants, il pratique un Mozart vif et lumineux, parvenant au surplus à une souplesse de bon aloi. De la sorte, l’Opéra de Zürich assoit sa réputation de grande qualité musicale et fait état d’une clairvoyance enthousiasmante pour les choix opérés en matière de chefs invités, à l’instar de ceux relatifs aux distributions.

Par contre, l’institution lyrique suisse, toute réputée qu’elle est, semble être aux prises avec la même inconstance que bien d’autres en matière de mise en scène. Avec ce Così, et le scénographe Erich Wonder commettent un spectacle à oublier au plus vite. Si l’idée de faire évoluer Don Alfonso comme un grand professeur d’académie devisant devant ses ouailles au sujet de la psychologie des femmes paraît pertinent, il y a de quoi s’étonner de voir ensuite un décor fait d’un rideau, d’un ponton et de chaises se partager un fond de scène sans qu’un propos intelligible ne viennent les rendre crédibles. Un grand no man’s land (no theater’land?) s’étend entre le devant de la scène et le reste du plateau avec çà et là quelques accessoires. Le deuxième acte n’est guère plus convaincant, avec sa cérémonie de mariage sous une neige factice au milieu d’animaux de noël empaillés, le tout dans un carré aussi exigu que perdu au milieu de nulle part. Così fan tutte est une histoire dont la modernité du propos et le cadre peut s’accommoder d’innombrables transpositions. Les enjeux liés à la fidélité et au désir que développe la pièce de Da Ponte peuvent, potentiellement en tout cas, prendre corps n’importe où et à n’importe quelle époque. Dans cette production zurichoise, ce Così ne se passe hélas nulle part et à aucun moment. Ce qui en fait toute l’inutilité.

Au vu de la taille du plateau, les acteurs-chanteurs parviennent à évoluer en faisant fi, la plupart du temps, des inepties répétées de la scénographie.

Occupant volontiers le tout devant de l’espace, ils semblent remiser ce qui tient lieu de cadre à la pièce et s’occupent prioritairement de leurs relations alambiquées et, surtout, de chant. Cette dernière discipline est du reste pratiquée avec excellence. est une Fiordiligi souple et claire, tout comme sa comparse Liliana Nikitaneu en Dorabella. , habituée à des rôles dramatiques lourds (Azucena, Brangäne, Fricka…) campe une Despina solidement charpentée, gaillarde même, tout en se gardant d’en faire une héroïne wagnérienne ou verdienne (juste cette puissance qui semble à la fois en latence et au service de l’expression, à l’envi). Dans la même veine, la basse donne à Don Alfonso sa dimension autoritaire et avisée de l’homme mûr qui se mue en initiateur. Convoquant l’entier de son masque, il timbre sa voix avec plénitude et rondeur et fait état d’aigus irréprochables. Par sa caractérisation, il contraste agréablement avec les deux rôles masculins de Ferrando et Gulielmo, eux aussi fort bien distribués et chantés. Les deux jeunes gens donnent à entendre un chant clair et radieux et séduisent par leur manière théâtrale de vivre leurs rôles d’amants en herbe. Le ténor Blagoj Nacoski, remplaçant à cette occasion , malade, séduit par l’homogénéité de sa voix et sa ligne de chant. Il est permis de croire qu’un léger surcroît d’ardeur en fera, d’ici peu, un des plus magnifiques Ferrando qui soit.

Crédit photographique : © Sussie Ahlburg

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Zurich. Opernhaus. 28-I-06. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Così fan tutte, opéra en deux actes sur un livret de Lorenzo da Ponte. Mise en scène : Jürgen Flimm ; direction d’acteurs : Gudrun Hartmann ; décors  : Erich Wonder ; costumes : Florence von Gerkan ; lumières : Jürgen Hoffmann. Avec : Camilla Nylund, Fiordiligi  ; Liliana Nikiteanu, Dorabella ; Yvonne Naef, Despina ; Ruben Drole, Guilelmo ; Blagoj Nacoski, Ferrando ; Lorenzo Regazzo, Don Alfonso. Chœur de l’Opéra de Zurich (direction : Ernst Raffelsberger), Orchestre de l’Opéra de Zurich, direction : Robin Ticciati.

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