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Les Contes d’Hoffmann, entre rêve et réalité

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Rennes. Opéra de Rennes. 16-II-2006. Jacques Offenbach (1819-1880) : Les Contes d’Hoffmann, opéra fantastique en un prologue, 3 actes et un épilogue, sur un livret de Jules Barbier et Michel Carré. Mise en scène et décors : Eric Chevalier. Costumes : Dominique Burté. Lumières : Patrice Willaume. Avec : Martial Defontaine, Hoffmann ; Andrew Greenan, Lindorf / Coppélius / Miracle / Dapertutto ; Sally Silver, Olympia / Antonia / Giulietta ; Christine Tocci, Nicklausse / la Muse ; Christophe Mortagne, Frantz / Andres / Cochenille / Pitichinaccio ; Bernard Deletré, Crespel / Luther ; Michel Fockenoy, Spalanzani / Nathanaël ; Jean-Loup Pagésy, Schlemil / Hermann ; Danièle Alexandre, la voix de la Mère. Chœur de l’Opéra de Rennes (chef de chœur : Gildas Pungier), Orchestre de Bretagne, direction : Claude Schnitzler.

Créée à Metz l’an passé, cette production des Contes d’Hoffmann, qui adopte la traditionnelle version Choudens, refuse le pittoresque des trois actes, et tente au contraire d’unifier le récit en soignant les enchaînements et en laissant toujours deviner sous les costumes des invités de Spalanzani ou des carnavaliers vénitiens, l’uniforme des étudiants qui s’invitent dans le délire du poète (c’est ainsi par exemple que Nathanaël se transforme à vue en Spalanzani au moyen d’une perruque et d’un ventre postiche). Le spectacle se déroule dans un décor unique, le foyer d’un théâtre à l’italienne ; on y donne bien sûr Don Giovanni, dont les personnages viennent se mêler à ceux des Contes à certains moments clés du récit. Rarement la cohérence de l’ultime chef-d’œuvre offenbachien nous sera apparue avec une telle clarté, et c’est la force de ce spectacle aux couleurs chaudes, qui repose par ailleurs sur une direction d’acteurs très conventionnelle et n’évite pas quelques fautes de goût assez regrettables, comme la lamentable exhibition de Cochenille alors même qu’Olympia chante « les oiseaux dans la charmille ».

La direction musicale de relève du même souci d’unité, et nous ne pouvons que louer son refus du clinquant, son équilibre, la vivacité de ses tempi ainsi que son souci du détail orchestral qui permet aux solistes de l’Orchestre de Bretagne de se montrer à leur meilleur niveau. Les chœurs, remarquablement préparés par , n’appellent eux aussi que des éloges.

Originaire d’Afrique du Sud et révélée au public français par , relève avec un bel aplomb le défi des trois incarnations féminines. Après avoir assuré fièrement les vocalises d’Olympia, elle campe une Antonia poétique et une Giulietta aux accents racoleurs. Malgré quelques duretés et une générosité parfois brouillonne dans l’acte de Munich, elle livre une prestation d’un remarquable niveau technique et musical, transcendant un timbre plus commun. prêt son sourire désarmant à un Nicklausse charmeur et railleur, scéniquement piquant et vocalement intéressant.

Nous avons eu, dans d’autres rôles, l’occasion de saluer l’engagement juvénile, le timbre agréable dans le médium et la belle sensibilité musicale de , élégant styliste mais le rôle d’Hoffmann nous semble dépasser ses possibilités actuelles. Abusant de la voix mixte, il démontre, dans un registre aigu parfois récalcitrant, des limites qui le handicapent dans ces moments forts de la partition que sont la légende de Kleinzach ou les couplets bacchiques, et dans les ensembles où il peine à se faire entendre. Sa prestation est respectable, elle n’est pas pour autant convaincante. Connu en France pour ses remarquables prestations wagnériennes et straussiennes à l’opéra de Nancy, impose dans les quatre incarnations du Malin, un instrument sonore, un timbre sombre et concentré, une appréciable intelligence de notre langue et une maîtrise vocale affirmée. Maléfique et inquiétant à souhait, il gagnerait toutefois encore à nuancer parfois cette noirceur un peu uniforme. Parmi des seconds rôles globalement satisfaisants, tente de faire oublier par une agitation scénique parfois triviale la modestie de son trial.

Mais, au-delà des prestations individuelles, ce spectacle est une réussite collective, et ce n’est sans doute pas un hasard si les applaudissements les plus chaleureux ont salué des ensembles, et en particulier le remarquable trio final de l’acte II.

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Rennes. Opéra de Rennes. 16-II-2006. Jacques Offenbach (1819-1880) : Les Contes d’Hoffmann, opéra fantastique en un prologue, 3 actes et un épilogue, sur un livret de Jules Barbier et Michel Carré. Mise en scène et décors : Eric Chevalier. Costumes : Dominique Burté. Lumières : Patrice Willaume. Avec : Martial Defontaine, Hoffmann ; Andrew Greenan, Lindorf / Coppélius / Miracle / Dapertutto ; Sally Silver, Olympia / Antonia / Giulietta ; Christine Tocci, Nicklausse / la Muse ; Christophe Mortagne, Frantz / Andres / Cochenille / Pitichinaccio ; Bernard Deletré, Crespel / Luther ; Michel Fockenoy, Spalanzani / Nathanaël ; Jean-Loup Pagésy, Schlemil / Hermann ; Danièle Alexandre, la voix de la Mère. Chœur de l’Opéra de Rennes (chef de chœur : Gildas Pungier), Orchestre de Bretagne, direction : Claude Schnitzler.

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