La Scène, Opéra, Opéras

Tout cela reste bien gentillet !

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Lausanne. Théâtre Municipal. 22-II-2006. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Le Directeur de Théâtre, singspiel en un acte sur un livret de Gottlieb Stéphanie le Jeune (traduit et adapté par Paul de Choudens). Joseph Haydn (1732-1809). La Canterina*. Intermezzo musical en 2 actes sur un livret de Carl Friberth. Mise en scène : Marco Carniti ; décors : Emmanuelle Favre ; costumes : Maria Filippi ; lumières : Henri Merzeau. Avec : Sophie Graf, Madame Saint Amour/Gasparina* ; Anne-Laure Kénol, Argentine ; Isabelle Henriquez, Sylvanire/Apollonia* ; Carine Sechehaye, Clorinde/Don Ettore* ; Jean-Pierre Gos, Franz ; Jose Luis Sola, Chantoiseau/Don Pelagio* ; Vincent Deliau, Bouffe ; Humberto Ayerbe-Pino, Filvite ; David Baumgartner, Saint Amour. Camerata de Lausanne et Orchestre Le Sinfonietta de Lausanne, direction : Pierre Amoyal.

Le Directeur de Théâtre (W. A. Mozart), La Canterina (J. Haydn)

« Chacun son métier et les vaches seront bien gardées », affirme un populaire dicton. Affirme? Affirmait plutôt! Aujourd’hui, il n’est certainement plus à la mode de demander à un flûtiste de jouer de la flûte, à un chef d’orchestre de diriger un orchestre ou à un metteur en scène de mettre en scène. Cédant à cette nouvelle voie, l’Opéra de Lausanne choisit de porter le violoniste à la direction musicale des deux productions à l’affiche. Depuis son estrade, le violon à l’épaule, il trône tel un André Rieu devant son orchestre (à la différence que ce dernier joue en faisant face au public!). Sa direction musicale laisse une impression d’inaccompli. Sans mettre en cause son jeu instrumental, il faut bien constater une certaine inefficacité du concertiste à diriger musiciens et chanteurs tout en jouant. Si les notes sont au rendez-vous, l’esprit des compositeurs est absent. Ainsi la verve de Mozart et la délicatesse de Haydn restent confondues dans un lavis musical grisâtre. Certes, l’Orchestre Le , même renforcé par la , n’a pas la verve d’un et ni les chanteurs la compréhension subtile des univers différents de ces deux compositeurs.

Au moment où l’opéra prône le respect des œuvres au plus près des versions originales, on comprend mal la décision de présenter Der Schauspieldirektor dans une traduction française de Paul Bérel (alias Paul de Choudens) et une adaptation (parfois sans grande finesse) d’, le directeur de l’Opéra de Lausanne ! L’inexpérience théâtrale des chanteurs les porte à surjouer leurs dialogues. S’en suit alors un déséquilibre vocal notoire entre le parler et le chanter. Avec cette intrigue simple et sa mise en scène limpide, l’œuvre aurait certainement gagné à être chantée dans la langue originelle plutôt que de faire souffrir le public avec une prononciation française souvent approximative, au point d’en être contraint à lire les surtitres ! Le metteur en scène type bien ses personnages, les brossant dans une exagération comique finement contenue. Fallait-il pour autant installer les décors pendant l’ouverture? Cette page incontestablement la plus inspirée de toute l’œuvre mozartienne méritait d’être jouée à rideau baissé.

Revirement total d’imaginaire dans La Canterina de . Les récitatifs chantés et les arias gomment les déséquilibres vocaux notés dans le singspiel de Mozart. L’ambiance de ce charmant imbroglio amoureux s’inscrit dans le beau décor d’Emmanuelle Favre rococo bleu-ciel et blanc d’une bonbonnière du XVIIIe siècle. Dans cette histoire sans grand relief, le metteur en scène construit l’intrigue dans l’espace d’un théâtre. Exagérant la gestuelle des protagonistes à l’image d’un film muet, le tableau reste cependant touchant et d’une certaine beauté esthétique même si musicalement l’œuvre de Haydn est loin de toucher aux sommets. En fait, on s’y ennuie poliment et tout cela reste bien gentillet!

Quant aux interprètes, ils sont issus de la jeune troupe Envol de l’Opéra de Lausanne. Si la soprano (Madame Saint Amour/Gasparina) apparaît plus à son aise que dans ses précédentes apparitions (voir notre critique de Rita), la nervosité vocale d’Anne-Laure Kénol (Argentine) dessert sa diction. Alors que l’assurance vocale de la mezzo Isabelle Henriquez (Sylvanire/Apollonia) conforte, l’agréable surprise vient du ténor Jose Luis Sola (Chantoiseau/Don Pelagio). Particulièrement remarquable dans l’opéra de Haydn, il convainc par son phrasé bien orné. Colorant sa voix de sensibles variations de volume, il construit de son rôle un personnage attachant et délicat.

Si cette production ne laissera pas un souvenir impérissable, elle s’inscrit dans une heureuse progression de la qualité générale de ce que l’Opéra de Lausanne a présenté depuis le début de cette saison. Hormis l’exceptionnel Rigoletto d’ouverture (voir notre critique), le choix actuel des œuvres, des solistes, de l’orchestre reste encore bien éloigné du niveau des précédentes saisons de l’institution lausannoise. Sans prôner l’élitisme intellectuel (et coûteux) des mises en scène de son concurrent genevois, l’Opéra de Lausanne se doit d’élever le niveau artistique de ses productions pour ne pas courir le risque de voir se vider les rangs de ses abonnés.

Crédits photographiques : © Marc Vannapelghem

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Lausanne. Théâtre Municipal. 22-II-2006. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Le Directeur de Théâtre, singspiel en un acte sur un livret de Gottlieb Stéphanie le Jeune (traduit et adapté par Paul de Choudens). Joseph Haydn (1732-1809). La Canterina*. Intermezzo musical en 2 actes sur un livret de Carl Friberth. Mise en scène : Marco Carniti ; décors : Emmanuelle Favre ; costumes : Maria Filippi ; lumières : Henri Merzeau. Avec : Sophie Graf, Madame Saint Amour/Gasparina* ; Anne-Laure Kénol, Argentine ; Isabelle Henriquez, Sylvanire/Apollonia* ; Carine Sechehaye, Clorinde/Don Ettore* ; Jean-Pierre Gos, Franz ; Jose Luis Sola, Chantoiseau/Don Pelagio* ; Vincent Deliau, Bouffe ; Humberto Ayerbe-Pino, Filvite ; David Baumgartner, Saint Amour. Camerata de Lausanne et Orchestre Le Sinfonietta de Lausanne, direction : Pierre Amoyal.

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