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Sangre y violencia para Don Juan

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Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Don Giovanni, Opéra en deux actes sur un livret de Lorenzo Da Ponte. Mise en scène : Calixto Bieito ; décors : Alfons Flores. Costumes : Mercè Paloma. Lumières : Alan Burrett. Avec : Wojtek Drabowicz, Don Giovanni ; Anatoly Kocherga, Commendatore ; Regina Schörg, Donna Anna ; Marcel Reijans, Don Ottavio ; Véronique Gens, Donna Elvira ; Kwanchul Youn, Leporello ; Felipe Brou, Masetto ; Marisa Martins, Zerlina. Chœur de Chambre du Palais de la Musique Catalane, Orchestra Academy of the Gran Teatre del Liceu, direction : Bertrand de Billy. Réalisation : Toni Bargalló. Enregistré au Gran Teatre del Liceu de Barcelone en 2002. Sous-titrage en anglais, français, allemand, espagnol, italien, catalan. 2 DVD OPUS ARTE OA 0921 zone 9, durée 140’.

 

Il y a quatre ans, le trublion de la mise en scène d’opéra (lire l’article sur l’Enlèvement au sérail du même metteur en scène à Berlin) montait un Don Giovanni au Liceu de Barcelone qui souleva vents et marées. Caractérisée par une violence soutenue, le portrait qu’il a brossé du Don Giovanni de Mozart surprend par son audace.

Une fois l’ouverture terminée, une mercedes surgit sur la scène, de laquelle s’extrait Leporello, en training et marcel, alors que son maître besogne Donna Anna sur la banquette arrière. Dépité, il ne veut plus servir ce parvenu sans éducation pour lequel il doit se soumettre aux plus veules sournoiseries afin que celui-ci puisse assouvir ses pulsions. Don Giovanni, tout aussi mal fagoté que son compère, n’a rien du dandy et son penchant pour les femmes procède uniquement d’un souci de pouvoir et de jouissance lié à son désœuvrement. Avec des manières de rustres, sa propension à posséder les femmes ne peut être reliée à aucune forme de séduction. Les deux êtres sont dépeints sous les traits de petits caïds de bas étage. Peu après, le père de Donna Anna est assassiné au couteau et dissimulé dans le coffre de la berline de luxe de Don Giovanni. Quant à sa fille, à Don Ottavio ou Donna Elvira, ils sont toutes et tous croqués avec la même crudité. Toute cette galerie constitue un groupuscule de gens vulgaires issus d’une sorte de fange, qui pétrit son identité dans les bas-fonds d’une société désespérée, désespérante. Plus tard le couple formé par Zerlina et Masetto est à l’avenant, célébrant leurs noces avec une cour de gens du même acabit. La conception d’ensemble possède pourtant sa cohérence propre, à cela près qu’elle néglige les hiérarchies sociales du livret de Da Ponte puisque les personnages dotés des particules « Don » ou « Donna » ne se distinguent pas par leur extraction de Masetto et de son épouse. Du coup, les jeux de pouvoir ne semblent obéir qu’à des règles brutales d’un milieu qui n’a que les siennes.

Au deuxième acte, les accès de jalousie, l’échange d’identité entre Leporello et Don Giovanni et le lynchage du valet qui découlent de la découverte de leur mensonge continue à avoir pour cadre cet univers glauque de petits trafiquants. Petit à petit, cela tourne à vide. On finit par trouver lassante cette insistance à décrire les personnages sous des traits aussi peu nuancés. Les idées s’essoufflent, aussi, notamment lorsque la statue du Commandeur se trouve réduite à une bouteille d’alcool émergeant des poubelles dans lesquelles toutes et tous ont pataugé préalablement, ensanglantés ou maculés de saletés en tout genre.

Cette bouteille est d’autant plus misérable que l’indigence du chant de la basse campant le Commandeur afflige. Terreux, sans portance, il n’est qu’une suite de cris sans assise. C’est la plus grosse déception du plateau, mais pas la seule. Zerlina possède un timbre étriqué et acide qu’elle compense toutefois par un chant investi. Don Ottavio peine à convaincre, notamment dans « Il mio tesoro », dont les vocalises sont parfois laborieuses. Seuls Donna Anna, magnifique de relief et d’aisance, l’Elvira très expressive de , et les trois barytons sont vraiment à la hauteur des plus hautes exigences.

Une fois Don Giovanni lardé de coups de couteau et le rideau retombé, on reprend son souffle pour applaudir un très attentif et direct dans son approche de l’œuvre. Sa lecture musicale est certes sanguine, mais, contrairement à ce qui se passe sur scène, elle évite l’écueil de la surenchère dans l’hémoglobine.

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Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Don Giovanni, Opéra en deux actes sur un livret de Lorenzo Da Ponte. Mise en scène : Calixto Bieito ; décors : Alfons Flores. Costumes : Mercè Paloma. Lumières : Alan Burrett. Avec : Wojtek Drabowicz, Don Giovanni ; Anatoly Kocherga, Commendatore ; Regina Schörg, Donna Anna ; Marcel Reijans, Don Ottavio ; Véronique Gens, Donna Elvira ; Kwanchul Youn, Leporello ; Felipe Brou, Masetto ; Marisa Martins, Zerlina. Chœur de Chambre du Palais de la Musique Catalane, Orchestra Academy of the Gran Teatre del Liceu, direction : Bertrand de Billy. Réalisation : Toni Bargalló. Enregistré au Gran Teatre del Liceu de Barcelone en 2002. Sous-titrage en anglais, français, allemand, espagnol, italien, catalan. 2 DVD OPUS ARTE OA 0921 zone 9, durée 140’.

 
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