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Le retour d’une exceptionnelle Haydée à Compiègne

La Scène, Opéra, Opéras

Compiègne. Théâtre Impérial. 12-III-2006. Daniel-François-Esprit Auber (1782-1871) Haydée, opéra-comique en trois actes sur un livret d’Eugène Scribe. Mise en scène : Pierre Jourdan. Décors : André Brasilier. Costumes : Jean-Pierre Capeyron. Lumières : Thierry Alexandre. Avec : Isabelle Philippe, Haydée ; Bruno Comparetti, Lorédan ; Anne-Sophie Schmidt, Rafaela ; Paul Medioni, Malipieri ; Mathias Vidal, Andrea Donato  ; Lionel Muzin, Domenico ; Chœur du Théâtre Français de la Musique, Orchestre Français Albéric Magnard, direction Michel Swierczewski.

Le Théâtre Impérial de Compiègne aime Auber, et celui-ci le lui rend bien. Après Manon Lescaut, Gustave III, Le Domino Noir et Les Diamants de la Couronne, reprend, pour une seule représentation hélas, son Haydée, grande réussite de la saison 2004.

L’intrigue est plus dramatique que dans nombre d’œuvres du compositeur : le vénitien Lorédan a triché au jeu plusieurs années auparavant, entraînant le suicide de son adversaire. Poursuivi par la culpabilité, il cherche à se faire tuer dans la guerre contre les maures, mais ne réussit qu’à gagner des honneurs aux combats. Bien qu’amoureux de son esclave Haydée, il veut réparer sa faute en épousant Rafaela et en léguant sa fortune à , parents de son ancienne victime. Lors d’une scène de somnambulisme, il dévoile son horrible secret à son ennemi Malipieri, Iago avant l’heure, qui tente de le faire chanter. Mais comme nous sommes dans l’opéra-comique français, et pas dans un sombre drame de Verdi, tout se finit bien, avec la mort de l’infâme traître, et un double mariage.

La musique est à l’avenant, légère, charmeuse et heureuse. Ici, pas de tragédie, pas de mort violente, du bonheur avant tout. L’opéra-comique d’origine, c’est à dire avec des dialogues parlés, est assez bavard, farci de longs monologues qui entravent l’action et n’apportent pas grand chose, fort heureusement, a raccourci pour cette reprise les textes parlés qui paraissaient interminables la saison précédente…et même un peu trop parfois. L’intrigue paraîtrait incompréhensible si elle n’était pas tellement téléphonée.

La mise en scène est comme devrait l’être toutes celles d’œuvres méconnues : explicative et premier degré. Les décors, simples et de bon goût, font illusion, le Théâtre Impérial de Compiègne ne disposant pas de moyens financiers illimités, et se devant de montrer des endroits luxueux, palais vénitien et vaisseaux de guerre. Nous reprocherons toutefois l’option de faire appel à quatre figurants, plutôt maladroits, et de placer les chœurs en coulisse, ce qui rend un aspect assez cheap aux scènes de foule. Lesquels chœurs semblent d’ailleurs bien peu motivés, leur prestation sentant l’ennui et le cachetonnage.

L’orchestre, sous la direction de n’est pas indigne, mais sonne prosaïque et plutôt poussif. Rien pour aider un jeune plateau imaginé à sa création pour des bêtes de scène vocales.

La distribution, à une exception près, est identique à la précédente, et plutôt en meilleure forme. est un Lorédan vaillant, contre-ut en poupe, la voix est brillante, l’aigu conquérant, le timbre joli, la diction exceptionnelle, cette dernière qualité valant pour l’ensemble de la distribution. Le Malipieri de est bien chantant et bien disant, avec néanmoins quelques traces d’usure dans les aigus, mais les graves restent fort beaux et bien timbrés. Le rôle de Rafaela est anecdotique, elle n’est gratifiée que d’un air, assez quelconque. Ce n’est pas suffisant pour juger de la prestation d’. Plus charnu est celui d’, tenu par , charmant ténor à la technique châtiée et au timbre enjôleur. La seule modification de distribution a été celle du rôle de Domenico, beaucoup plus parlé que chanté, distribué à , qui, bien qu’ayant suivi des cours de chant, possède à la base une formation d’art dramatique. Ce changement démontre le fossé existant entre un véritable acteur et un chanteur qui joue. , dans ce personnage de serviteur comique style Arlequin, existe vraiment, et apporte un souffle de fraîcheur à l’ensemble de la production.

Nous avons gardé pour la fin la prestation de l’exceptionnelle . Comme souvent, elle est extraordinaire : le timbre est beau et frais, la voix puissante, la diction parfaite, la technique en béton armé : aigus vrillés comme des dards, vocalises impeccables, aigus pianissimo de toute beauté. Beaucoup à la suite d’une telle prestation se seraient trouvées propulsées au rang de star après une seule soirée. Or, une telle représentation est le quotidien de cette remarquable chanteuse. Et on se prend à penser, résignée, que le public de Limoge ou de Dijon a beaucoup de chance, et les directeurs de maisons internationales ont bien peu d’oreille…

Crédit photographique : © G. Mansart

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