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« Ad gloriam et honorem »

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Dijon. Auditorium. 17-III-2006. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Symphonie Concertante pour violon, alto et orchestre en mi b majeur KV 364 ; Dmitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie N° 4 en ut mineur op. 43. Janine Jansen, violon ; Julian Rachlin, alto ; Orchestre National de France, direction : Vladimir Ashkenazy.

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On commence à le savoir ; le monde musical, en cette année 2006, commémore les anniversaires de la naissance de Mozart (250 ans) et Chostakovitch (tout juste un siècle). Et tant pis pour Schumann, un tantinet oublié dans ces programmes-anniversaires, mais bon ; d’abord, lui, en 1856, il mourait, ce qui n’est pas vraiment la même chose… Seulement, la plupart du temps, c’est à l’un ou à l’autre que l’on rend hommage. Ici et ce soir, on fait donc d’une pierre deux coups. Et l’ONF. (considérablement vénéré à Dijon), ayant donné la veille le même programme à Paris (TCE), réserve donc aux Dijonnais sa version peaufinée ( ? !) de ces deux œuvres reconnues dans le répertoire instrumental d’orchestre comme faisant partie des plus réussies de leurs auteurs.

Pour la célèbre Symphonie Concertante, deux solistes de premier plan, bardés de distinctions (concours et enregistrements) et leurs instruments de prestigieuse signature. Si joue un « Strad » de 1727 à la lumineuse sonorité, l’alto de (mais il joue aussi et le plus souvent un violon Guarneri del Gesù de 1741), cet alto-là, au son plein, ample et chaud est bien autre chose qu’un instrument d’étude ! La technique étant à la hauteur du matériel et le « tandem » parfaitement en phase, le résultat ne pouvait se révéler que hautement probant, d’autant que l’orchestre, en formation Mozart (une petite trentaine d’exécutants) et la direction nerveuse, précise et racée d’Ashkenazy complètent opportunément les données favorables. Tempo idéal dans les trois mouvements, des cors et hautbois au mieux de leur forme, des cordes dociles, légères et d’une belle rondeur, et naturellement, des solistes en état de grâce, il n’en faut pas plus pour faire de cette interprétation un digne hommage à Mozart. Seule ombre, légère, au tableau – et fait très inhabituel à Dijon – : des applaudissements entre les mouvements ! (Mais pas de maigres « clap clap » isolés, non ! Des applaudissements nourris, sur plusieurs rangs !) quelque peu gênants, surtout après l’émouvant et magnifique Andantino. Peut-être les cadences des premier et second mouvements, mêlant merveilleusement les « voix », tels soprano et baryton d’opéra auront-elles fait que…on ne sait plus trop où l’on se trouve… ?

Les deux solistes joueront ensuite, en bis, un arrangement (XIXe siècle) d’une Passacaille de Haendel, extraite d’une de ses Suites pour clavecin ; un morceau étourdissant de virtuosité dans ces éblouissantes variations alternées, et qui fait plus souvent songer à Paganini qu’à Haendel ! Triomphe garanti….

Bienvenue dans ce programme, la « fantastique » symphonie N° 4 de Chostakovitch, composée dès 1936 et condamnée aux oubliettes, vingt-cinq ans durant, par prudence, avant que le compositeur ne la remette en « circulation » en 1961. Fascinant réservoir d’événements sonores et rythmiques, elle requiert un effectif des plus denses (autour de 110 exécutants, dont huit percussionnistes !) et rejoint, dans le monumental, le grandiose, les grandes symphonies de Bruckner et Mahler. Chostakovitch partage d’ailleurs avec ce dernier un goût manifeste pour la dérision, l’ironie grinçante, le grotesque, le sourire amer, l’éclat des cuivres ou le grincement des bois, tout cela mêlé ou alterné. Aux deux tiers du vaste Allegro initial (à lui seul une symphonie autonome, tant il regorge d’idées musicales et dispense de climats !), extraordinaire d’effet – et de réussite – est le fugato aux cordes, qui se joue presto et qui va crescendo, telle une vague déferlante, sorte de tsunami sonore, pour culminer, tellurique, au renfort des cuivres et percussions.

Les épisodes s’enchaînent, contrastés, inattendus, comme autant de tableaux d’une exposition, avec des soli d’une remarquable perfection : mention spéciale aux vents, exceptionnels de justesse, de pureté d’émission, ainsi qu’aux percussions, impeccables de précision. conduit son monde avec sûreté et autorité, d’une baguette électrisante en une gestique de peintre qui jette ses couleurs sur la toile ; des couleurs qui passent de tons intenses ou d’un noir d’encre à des nuances pastel.

Sans doute faut-il souligner ici, une fois encore, les exceptionnelles qualités acoustiques de cette salle, qui garantissent aux prestations symphoniques de cette nature un rendu hors du commun. Les musiciens du National et leur chef l’ont bien compris, l’ont senti, qui nous « mettent le feu » ce soir, pour le plus grand bonheur d’un public saisi aux tripes ! Et tout au bout du chemin, dans le Finale, quand les clameurs se sont tues, que bat la lente et longue pulsation grave, sur des tenues de cordes pianissimo où émergent de brefs fragments mélodiques (à la flûte, à la trompette…) et que s’élève, douloureusement résigné cette manière de glas du célesta, on a bien conscience qu’on vient de vivre un moment musical d’une intensité et d’une richesse inouïes, presque trop court (en dépit de sa durée effective de 65 minutes). Remarquable interprétation d’une œuvre malheureusement trop rarement entendue en concert, et pour cause….

Ovations du public et…félicitations du chef aux musiciens, baguette entre les dents (option purement pratique ou… clin d’œil au bolchevisme tourmenteur ?), il applaudit tous les pupitres où se sont distingués les solistes. On est bien d’accord avec lui…

Crédit photographique : Vladimir Ashkenazy – Photo (c) DR

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Dijon. Auditorium. 17-III-2006. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Symphonie Concertante pour violon, alto et orchestre en mi b majeur KV 364 ; Dmitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie N° 4 en ut mineur op. 43. Janine Jansen, violon ; Julian Rachlin, alto ; Orchestre National de France, direction : Vladimir Ashkenazy.

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