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Métamorphoses et Transfiguration

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Dijon. Auditorium. 12-IV-2006. Edward Elgar (1857-1934) : Sérénade pour cordes op. 20 ; Richard Strauss (1864-1949) : Métamorphoses pour orchestre à cordes ; Arnold Schönberg ( 1874-1951) : Die Verklärte Nacht op. 4, version pour orchestre à cordes de 1943. La Chambre Philharmonique, direction Emmanuel Krivine.

Pour sa seconde prestation à Dijon (lire la chronique de la première en février 2005), nous délègue une sélection de ses cordes, dans un programme spécifique. Vingt-trois instrumentistes pour la Sérénade d’Elgar et les Métamorphoses de R. Strauss (c’est pile-poil l’effectif requis par le compositeur pour cette dernière pièce) ; un peu moins pour la Verklärte Nacht de Schönberg ; C’est dire que nous sommes conviés, là, à un symphonisme de nature chambriste….

La Sérénade pour cordes d’Elgar, si elle ne jouit pas de la popularité des Pomp and Circumstance, demeure cependant for goûtée outre-Manche (mais aussi chez nous) et à juste raison. Des trois mouvements qui la composent, l’exquis Larghetto central ne dégage-t-il pas ce charme so brithish universellement prisé ? Et l’Allegro – de même que l’Allegretto – qui l’encadrent n’étant pas en reste de délicatesse et de fraîcheur, on en comprend le perdurable succès ; d’autant que, jouée par nos musiciens de La Chambre avec d’infinies subtilités, sous la direction précise, fouillée, d’un Krivine modelant du geste chaque détail, cette Sérénade d’Elgar ne peut que séduire, sinon captiver.

Changement radical de climat – et d’intentions – avec les Métamorphoses de R. Strauss. Pièce composée en 1945, à la suite, a-t-on dit, du bombardement de l’opéra de Munich (1943), un événement qui avait fortement affecté le compositeur, sa partition porte, en dernière page, la mention in memoriam, à propos de laquelle on s’est beaucoup interrogé. Comment caractériser ces Métamorphoses ? C’est un long Adagio dans lequel se distinguent trois « épisodes » : une introduction lente et grave à laquelle succède un vaste maelström sonore allant s’accélérant avant cette grandiose coda d’où émerge, émouvante, la citation littérale, aux cordes graves, du thème de la marche funèbre de l’Eroïca beethovénienne. La relative rugosité de timbre des instruments d’époque convient particulièrement bien à cette œuvre et la conduite d’ tend à souligner les affects et accentuer les contrastes de dynamique, aboutissant ainsi à un maximum d’expressivité.

C’est à la seconde partie du programme qu’est réservée La Nuit Transfigurée de Schönberg, la pièce la plus attendue ; car c’est aussi, pour le mélomane (surtout celui qui se déclare allergique au Schönberg post-tonal), l’œuvre préférée de ce compositeur. Et si nombreux sont les partisans du sextuor original, force est de reconnaître que la version pour orchestre à cordes ne manque pas d’arguments en sa faveur ; ne serait-ce que l’appréciable renfort des graves par les contrebasses (bienvenu dans l’épisode central, évocateur d’effroi). De cette pièce éminemment poétique (d’abord par son inspiration), référence directe au poème Zwei Menschen (Deux êtres) de , les cordes de la Chambre Philharmonique distillent les sortilèges comme Les sons et les parfums de Baudelaire tournent dans l’air du soir, et le soin apporté par Krivine et ses musiciens à servir la partition fait naître une impression de suprême raffinement. Et cela, dès la sombre introduction qui n’est pas sans rappeler le sommeil de Brünnhilde dans La Walkyrie de Wagner, jusqu’à l’illustration de l’extatique vision, ces deux vers du poème : O sieh wie klar das Weltall schimmert ! / Es ist ein Glanz um alles her (Vois comme l’univers s’illumine ! Tout est baigné de lumière), moment d’une ineffable poésie qui nous laisse entrevoir quelque Nuit Etoilée selon Van Gogh…quand les cordes frottées (en pizz) se font harpes célestes.

Point de bis, naturellement, après qu’une telle musique vous fut « rimbaldiennement » montée dans l’âme ; mais la reconnaissance d’un public ému et chaleureux, à l’adresse de musiciens frappés du sceau de l’excellence.

Crédit photographique : © Louis Vincent

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Dijon. Auditorium. 12-IV-2006. Edward Elgar (1857-1934) : Sérénade pour cordes op. 20 ; Richard Strauss (1864-1949) : Métamorphoses pour orchestre à cordes ; Arnold Schönberg ( 1874-1951) : Die Verklärte Nacht op. 4, version pour orchestre à cordes de 1943. La Chambre Philharmonique, direction Emmanuel Krivine.

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