Concerts, La Scène, Musique symphonique

Le génie Geringas et Orchestre de la Suisse Romande

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Genève, Victoria Hall. 30-IV-2006. Félix Mendelssohn (1809-1847) : Concerto pour violon et orchestre n°2 en mi mineur op. 64. Serge Rachmaninov (1873-1943) : Concerto pour piano et orchestre n° 1 en fa dièse mineur op. 1. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Concerto pour violoncelle et orchestre n° 1 en mi bémol majeur op. 107. Nemanja Radulovic, violon ; Abdel Rahman El Bacha, piano ; David Geringas, violoncelle ; Orchestre de la Suisse Romande, direction : Jesús López Cobos.

50e anniversaire de la FMCIM

Trois concertos dans un même concert. L’événement est suffisamment d’importance pour être souligné. A l’occasion du 50e anniversaire de la FMCIM (Fédération Mondiale des Concours Internationaux de Musique), les délégués de cette institution créée à Genève étaient invités à une série de concerts avec pour solistes quelques lauréats de ces prestigieux concours.

Pour ouvrir les feux, le violoniste serbe Nemanja Radulovic offre une version ébouriffante de technique de l’un des plus rabâchés concertos pour violon. Emporté par son tempérament, le jeune soliste – il a 20 ans ! – entame son parcours en laissant à entendre quelques imprécisions de justesse. Alors qu’on pouvait craindre le pire, il se reprend heureusement pour livrer un andante plein de poésie sans pour autant tomber dans la caricature dégoulinante souvent proposée dans ce mouvement central. Dans le dernier mouvement, Radulovic éclate sa musique dans une folie pyrotechnique incroyable. Marquant du pied la cadence à l’image d’un jazzman, se tournant tantôt vers le chef d’orchestre, tantôt vers les pupitres des violons, virevoltant, dansant presque, ses sourires complices témoignent de son engagement total. Grand escogriffe au teint basané et à la longue chevelure noire, son image reflète comme une réincarnation des « diableries » d’un Paganini. Jouant avec l’orchestre, il emmène le chef dans sa complicité avec l’œuvre. Son corps se pliant pour mieux se détendre soudain, il projette ses phrases au plus loin de la scène. Vivant sa musique, Nemanja Radulovic s’enthousiasme du bonheur qu’il délivre. Un bonheur salué par l’immense ovation d’un public médusé par tant de générosité musicale.

Changement total de décor avec le pianiste . Bientôt quinquagénaire, le libanais privilégie l’intimité à la vitalité. C’est la « force tranquille » qui l’habite. Pianiste au toucher d’une rare délicatesse, dans le contraste violent qu’il oppose à la fougue du jeune violoniste qui le précédait, le public est un peu décontenancé par son apparente retenue. Mais peu à peu s’installe un climat subtil de charme et de délicatesse apaisant l’atmosphère électrisante.

A la pause, il y avait largement de quoi être comblé par ce splendide concert, mais les dieux étaient descendus au Victoria Hall et le meilleur était encore à venir. Sexagénaire, le violoncelliste couronne ce concert avec une interprétation bouleversante du Concerto pour violoncelle et orchestre n° 1 de . Le choc ! Abordant l’œuvre dans la sérénité d’un violoncelle habité, il entraîne orchestre, chef et public dans un monde intérieur mouvant et torturé. L’œuvre magistrale de Chostakovitch semble lui appartenir. La filiation entre le soliste et le compositeur s’articule autour de Mstislav Rostropovitch pour qui ce concerto fut composé. Mais, Rostro fut aussi le professeur de . Si on reconnaît chez l’élève le toucher de son maître, la maîtrise de l’instrument comme celle de la partition semble mieux assimilée, mieux intégrée. Dans ce concerto alternant mesures fougueuses et développements lyriques, le violoncelliste excelle. L’homme, à l’allure d’un gentleman anglais, est transfiguré dès qu’il caresse son violoncelle. S’investissant corps et âme dans sa prestation, courbé sur son instrument puis se redressant tout à coup, poussant le manche du violoncelle loin de son épaule, il semble le toiser comme pour l’inviter à un défi imaginaire. Vivant sa musique comme on vit une danse, Geringas est le violoncelle. Dans ce fascinant exercice, il s’empare à lui seul de l’attention de l’auditoire. Quand tombent les derniers accords de ce spectaculaire concerto, c’est un triomphe qui accueille la performance de .

Visiblement en forme, enchanté du succès qu’il vient de remporter, le violoncelliste offre Solo pour Tatjana du compositeur contemporain (né en 1946). Dans cette œuvre pour violoncelle seul, composée en 1978, on plonge dans un univers sonore inhabituel. Une série de notes tirées des harmoniques des cordes aiguës du violoncelle forment un prélude à une seconde partie où l’instrument devient l’accompagnateur de la voix du soliste qui exprime la mélodie en chantant avant qu’elle soit accompagnée puis enveloppée par le violoncelle. Le génie de David Geringas s’immerge complètement dans cette incroyable performance pour ressortir, radieux, quelques treize minutes plus tard, la salle du Victoria Hall croulant sous les applaudissements.

Artisan, complice et constructeur attentif de ces succès solistiques, la direction formidablement précise et efficace d’un Jesus Lopez-Cobos à la tête d’un très bon , ravi de ces retrouvailles avec le chef espagnol.

Amateurs d’émotions musicales, scrutez les agendas. Un concert de David Geringas est un événement d’une telle beauté et d’une si profonde authenticité que vous vous en voudriez d’avoir manqué l’un de ses rares concerts.

Crédit photographique : © Festival de Kuhmo, Finlande, 2005

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Genève, Victoria Hall. 30-IV-2006. Félix Mendelssohn (1809-1847) : Concerto pour violon et orchestre n°2 en mi mineur op. 64. Serge Rachmaninov (1873-1943) : Concerto pour piano et orchestre n° 1 en fa dièse mineur op. 1. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Concerto pour violoncelle et orchestre n° 1 en mi bémol majeur op. 107. Nemanja Radulovic, violon ; Abdel Rahman El Bacha, piano ; David Geringas, violoncelle ; Orchestre de la Suisse Romande, direction : Jesús López Cobos.

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