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Les années cinquante Cage-Boulez, confrontation hasardeuse

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Paris. Cité de la Musique. 18-V-2006. John Cage (1912-1992) : First construction (in metal) pour sextuor de percussions et assistant ; Concerto pour piano préparé et orchestre de chambre. Pierre Boulez (né en 1925) : Le Marteau sans Maître pour voix d’alto et six instruments. Hilary Summers, contralto, Michael Wendeberg, piano ; Ensemble InterContemporain, direction : Pierre-André Valade.

« Les années cinquante Cage-Boulez », nouvelle thématique qui débutait à la Cité de la Musique ce samedi 13 mai par un forum sur la correspondance des deux compositeurs les plus antinomiques (en apparence) de l’histoire musicale contemporaine – « l’inventeur farfelu, désaccordeur de piano » que fut et le concepteur révolutionnaire épris de rigueur sérielle, – se poursuivait jeudi soir 18 mai par un concert de l’ groupant dans une première partie deux œuvres très emblématiques du « doux anarchiste » américain, First construction (in Metal) et le Concerto pour piano préparé et orchestre de chambre. Comme Edgar Varèse qui venait d’écrire Ionisation, , âgé de vingt cinq ans, sollicite la percussion dans son acception la plus large pour amorcer l’émancipation de l’univers sonore qui devait inclure désormais les bruits et le silence : dans First construction (in métal), feuilles de métal imitant le tonnerre, freins d’automobile, enclumes ou bout de tuyaux participent de cette grande résonance métallique très foisonnante, sorte de gamelan imaginaire restitué par Cage et que l’on aurait aimé voir naître du geste des six instrumentistes sans la présence du chef d’orchestre – que Cage aurait certainement jugé trop autoritaire.

C’est qui avait préparé le piano pour tenir cette conversation étrange et pleine de surprise avec l’orchestre de chambre dans le Concerto pour piano préparé écrit en 1951. Le carré magique préside ici à l’élaboration de l’œuvre dont nous goûtons les charmes de l’aléatoire et la poétique du hasard que John Cage appelle de ses vœux pour mieux renoncer à ses prérogatives de compositeur et se mettre à l’écoute, comme les auditeurs, de ce qui advient, en précisant « ne jamais avoir écouter aucun son sans l’aimer ».

Si le Marteau sans Maître (1955) donné en seconde partie de concert relève bien de la combinatoire sérielle que Cage apparente « aux monstres de Frankenstein », il met en œuvre bien d’autres composantes – la poésie de René Char, les alliages subtils du dispositif instrumental dans lequel vient se couler la voix de mezzo – qui confèrent à l’œuvre sa richesse et son unicité : une partition redoutée pour ses exigences d’écriture que les interprètes de l’ se sont totalement appropriées et qu’ils nous restituent avec une aisance confondante. Assise au rang des instrumentistes, marie avec bonheur sa voix puissamment timbrée – presque trop dramatique – aux différentes couleurs instrumentales comme celle de la flûte en sol superbement mise en valeur par . S’il faut saluer l’efficacité de dans la direction à haut risque de cette partition, on ne peut que regretter l’intelligente sobriété du geste boulézien qui sait mieux que quiconque hisser sa composition au rang des plus purs chef-d’œuvres.

Crédits photographiques : © Matt Stuart

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