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Aïda, la noire destinée

La Scène, Opéra, Opéras

Montréal, salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts. 20-05-06. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Aïda, opéra en trois actes sur un livret d’Antonio Ghislanzoni. Mise en scène : Brian Deedrick. Décors : Bernard Uzan et Claude Girard. Costumes : Claude Girard. Éclairages : Matthieu Gourd. Chorégraphie : Jean Léger. Avec : Susan Paterson, Aïda ; Richard Margison, Radamès ; Nancy Maultsby, Amnéris ; Daniel Sumegi, Ramfis ; Valerian Ruminski, Le Roi d’Égypte ; Grant Yougblood, Amonasro ; Thomas Macleay, Un Messager ; Allison Angelo, Une Prêtresse. Chœur de l’Opéra de Montréal (chef de chœur : Jean-Marie Zeitouni). Orchestre Métropolitain du Grand Montréal, direction : Richard Buckley.

Depuis l’expédition de Napoléon Bonaparte en terre d’Égypte, amenant dans ses troupes, savants, archéologues, astronomes, linguistes, historiens, l’Occident a été fasciné par la civilisation pharaonique. Ce fut le début d’une longue période orientale de reconstruction archéologique, qui n’a cessé de se répandre hors les murs, dans le style «retour à la lointaine Égypte». Plus tard, Jean-François Champollion mettra au point un dictionnaire et une grammaire des hiéroglyphes. Bien après la mission napoléonienne, l’art décoratif s’inspirera des têtes de Sphinx et la Grande Obélisque en granit rose érigée au milieu de la Place de la Concorde à Paris, vieux de plus de 3000 ans, sera offerte à Charles X en 1831 par Muhammad Ali, Vice-roi et Pacha d’Egypte. Enfin, à l’opéra, l’Égypte ancienne séduit un grand nombre de musiciens. L’œuvre la plus fameuse est certes Aïda, sur un scénario du célèbre égyptologue Auguste Mariette, traduit par . La première eut lieu au Caire en 1871, quelque deux ans après l’ouverture du Canal de Suez.

L’histoire, peu originale, renoue avec l’éternelle recette du triangle amoureux, jalousie, amour et haine, doublé d’un conflit guerrier et patriotique : l’esclave Aïda – au fait la fille d’Amonasro, roi d’Éthiopie, en guerre contre l’Égypte – aime et est aimée de Radamès, capitaine de la garde égyptienne, devenu général à la suite à sa victoire éclatante sur les Éthiopiens. À son retour, il est contraint d’accepter Amnéris, la fille du roi d’Égypte. Condamné pour avoir livré un secret militaire à l’ennemi, il sera emmuré vivant, bientôt rejoint dans la crypte par Aïda.

La saison à l’Opéra de Montréal se termine avec une œuvre archi-connue de Verdi qui fera sans doute salle comble à toutes les représentations. On lui souhaite et elle le mérite amplement. De plus, jeudi 1er juin en soirée, un événement gratuit et en plein air, intitulé Aïda Sous les Étoiles, sera présenté sur écran géant à l’esplanade de la PDA. Pour une deuxième année consécutive – l’an dernier c’était Carmen – l’Opéra de Montréal tente d’attirer le plus grand nombre de mélomanes.

Cette production est sans doute la plus importante de la saison. On se souvient que pour des raisons budgétaires, l’OdM avait renoncé à présenter Œdipux-Rex et la Symphonie de Psaumes d’. On comprend la direction de miser sur une œuvre populaire, sur des valeurs sûres qui attirent les foules. Le succès est au rendez-vous et non seulement par les imposants décors qui semblent emmurer le drame de , ancien directeur de l’OdM et de , ou les costumes éclatants des protagonistes, mais pour d’autres qualités plus importantes encore. Malgré une mise en scène convenue de et une chorégraphie signée , qui tente un rapprochement hasardeux entre les Derviches Tourneurs soufis et les danses préislamiques de l’Ancienne Égypte, assurément plus heureux dans son approche des sauts périlleux et hauts en couleur au second ballet. Les éclairages habiles de , donnent une tout autre dimension, ancrés en quelque sorte dans le sol anhydre de l’Afrique. Il saisit les teintes sèches tel un peintre ; il associe l’or massif à l’astre solaire pour des effets toujours efficaces.

L’opéra en quatre actes à l’origine est comprimé en trois pour la production montréalaise. Mais c’est la pléiade des chanteurs sur scène qui séduit davantage. Susan Peterson dans Aïda campe un être tourmenté, torturé entre l’amour de l’ennemi et la fidélité à son peuple. La voix, malgré quelques limites dans les aigus est fort acceptable ; la projection est excellente et quoi qu’on en dise, elle demeure une Aïda de bonne tenue. Toutefois, sa rivale pourrait bien lui ravir les éloges. Le beau mezzo de Nancy Maulstby dans Amnéris a la chaleur qui convient et sa prestance sur scène, toute hantée de haine et de jalousie, sert le rôle merveilleusement. On attendait avec appréhension le Radamès de . Celui-ci fait encore illusion et on ne peut pas trop se plaindre de son engagement vocal dans l’air fameux «Celeste Aïda». Mais le rôle est plus exigeant et ne se limite pas à cet air. On le retrouve parfois en difficulté, particulièrement sur certaines notes aiguës. Le meilleur demeure les voix de basse et baryton de Valerian Ruminski qui incarne le roi d’Égypte et de Grant Youngblood en Amonasro. Le Grand-Prêtre Ramfis de Daniel Sumegi a la voix un peu nasillarde. Les seconds rôles sont dans l’ensemble corrects. La Grande-Prêtresse de la soprano Allison Angelo et le Messager du ténor ont une certaine aisance et belle présence sur scène.

Sous la férule de , les chœurs de l’Opéra de Montréal, sont extraordinaires d’exactitude et maintiennent leur réputation d’excellence. On peut en dire autant de l’ du Grand Montréal qui sous la battue du chef Richard Buckley, donne une dimension tantôt spectaculaire, tantôt intime à l’opéra de Verdi.

Les autres représentations sont les 27, 29 MAI, 1er JUIN 2006 à 20 h sera retransmis en direct sur un écran géant, installé sur l’Esplanade de la Place des Arts, et le 3 JUIN 2006 à 14 h à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des arts.

Crédit photographique : © Yves Renaud

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