Les cantates de bistrot

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Auvers-sur-Oise. Péniche-Opéra. 26-V-2006. Vincent Bouchot (né en 1966) : Cantates de bistrot, d’après les Brèves de comptoir de Jean-Marc Gouriot. Mise en scène : Mireille Laroche. Avec : Edwige Bourdy, Chantal Galiana, Françoise Masset, Vincent de Rooster, Paul-Alexandre Dubois, Christophe Crapez, Lionel Peintre, chant ; Emmanuelle Bertrand, Marie Deremble, violoncelle, Catherine Montier, Karine Gilette, violons, Denis Chouillet, Vincent Leterme, piano.

Festival d’Auvers-sur-Oise

Peut-être pour célébrer ce printemps cependant fort maussade, la Péniche-Opéra s’est transportée dans le cadre bucolique de la charmante ville d’Auvers-sur-Oise. C’est donc dans un lieu quasi-champêtre, tout envahi d’hirondelles, que nous avons découvert les cantates de Bistrot de .

Tout le monde connaît peu ou prou les Brèves de comptoir, suite d’aphorismes, de lieux communs, de non-sens religieusement recueillis dans les cafés par , qui en tira un spectacle de théâtre particulièrement jouissif. En adapter un livret pour une œuvre musicale est une idée originale et séduisante, mais on pouvait a priori se demander ce que la musique allait ajouter à ces textes qui semblaient se suffire à eux-même.

Eh bien le chant enrichit pourtant bel et bien le texte, car la musique possède son propre espace-temps, et ce qui semblait parfois dans la pièce confus, trop rapide, embrouillé à nos vieilles oreilles abîmées par l’utilisation intensive de baladeurs, devient dans les cantates clair et compréhensible, aidé en cela par la diction idéale des chanteurs. Les mots prennent le temps de se poser sur les notes, et en sortent valorisés. Autre originalité : Ces Brèves de comptoir auraient pu naturellement donner lieu à une composition musicale de style cabaret, il n’en est absolument rien. , avec beaucoup de talent, a donné vie à une véritable cantate, au sens classique du terme, comprenant des airs (air du téléphone, de la crème de beauté…) des morceaux instrumentaux, des ensembles vocaux (celui du « minuscule », splendide, et quasi a capella) et deux finales à la fin de chaque partie, réunissant tous les interprètes. La musique est exigeante, savante, résolument contemporaine. Toutes les ressources interprétatives sont exploitées, par un violon, un violoncelle, un pianiste, trois chanteuses et deux chanteurs : le pianiste utilise parfois un piano jouet, le finale de la première partie (un bingo !) est agrémenté par des coups sur des verres, et toutes les possibilités vocales sont convoquées : chant bien sûr, mais également voix parlée, déclamation rythmée, mélodrame. On entend également quelques bandes sons et bruitages, ainsi que certains airs de variétés « retravaillés » pour l’ambiance juke-box : Claude François, le groupe Il était une fois. Une véritable réussite, aussi amusante que recherchée.

L’écueil – si écueil il y a – provient du fait que le ludique du propos de ces Cantates de bistrot risque d’occulter la valeur musicale de la composition, mais tout aussi bien la vis comica et l’engagement scénique des interprètes peuvent également masquer leur technique, car la partition semble à l’oreille fort difficile à interpréter, et pourtant, ils sont aussi parfaits musicalement que scéniquement. Nous avons récemment dit tout le bien qu’on pensait d’un CD enregistré par sensiblement la même équipe consacré à Robert Desnos. Nous retrouvons là la même impertinence, le même sens ludique, mais aussi la même exigence professionnelle. Chapeau bas.

La mise en scène de présente un comptoir de bistrot avec son percolateur, ses verres, ses bouteilles, sur toute la longueur de la péniche, le public étant assis de part et d’autre, parfois un peu serré, la péniche est bien petite, et certains spectateurs sont se retrouvé assis par terre ! Tout autour de ce comptoir s’agite un petit monde coloré : le patron, les clients habituels, ceux de passage…C’est léger et très réussi. En bref, un spectacle à reprendre d’urgence, et à ne pas manquer.

Les spectateurs sont sortis de la péniche contents et le sourire aux lèvres. N’était-ce cependant pas plus dû au texte qu’à la musique ? Cela dit, si ce genre d’idée ludique et originale peut faire avaler au public moyen l’écoute d’une vraie – bonne – musique contemporaine, alors oui, on en redemande !

Crédit photographique : © Festival d’Auvers-sur-Oise 2006

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