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La beauté du son. Panacée ?

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Genève. Grand Théâtre. 22-VI-2006. Benjamin Britten (1913-1976) : Spring symphony op. 44. Francis Poulenc (1899-1963) : Stabat Mater. Sandrine Piau, soprano ; Cornelia Kallisch, mezzo soprano ; David Sotgiu, ténor. Le Motet de Genève, Maîtrise du Conservatoire populaire, Orchestre de la Suisse Romande, direction : Ching-Lien Wu.

Si la Spring Symphony de est rarement jouée, elle le doit principalement à l’imposant matériel orchestral et vocal nécessaire à son exécution et d’autre part, à la complexité de son écriture musicale. Une partition pleine d’idées et de détails pas toujours charmeurs à l’oreille et dont la ligne mélodique aux rythmes divers et entrechoqués s’échappe pour finalement se rassembler dans le modernisme d’une œuvre homogène.

Dans sa réalisation genevoise, on reste admiratif devant l’extraordinaire performance de la direction de . Imposant son évidente autorité devant l’impressionnant parterre de musiciens et de choristes – trois solistes, un chœur d’adultes, un chœur d’enfants et un orchestre d’une bonne soixantaine de musiciens truffé de percussionnistes -, la jeune femme, frêle comme un roseau, se plie aux vagues musicales. Appelant d’une ondulation du corps une intention des violons, des violoncelles ou des contrebasses, les bras écartés comme un grand oiseau, les épaules saccadant le tempo, les doigts expressifs indiquant les nuances d’une phrase, d’une mesure, elle exhale les couleurs de la musique avec une précision incroyable. Elevant ses bras au ciel comme une invite à l’explosion du chœur, ses poings serrés soudain s’abattent vers sa poitrine pour s’épanouir en mains ouvertes comme pour ouvrir la plénitude de l’accord. Un ballet expressif contenu dans une verticalité qui jamais n’abandonne la jeune femme. Transportée dans le cœur de la poésie heurtée de la symphonie, elle s’approprie l’ensemble orchestral. Mais si sa maîtrise est absolument incontestable, si la rigueur avec laquelle elle dirige orchestre et chœurs reste remarquable, la volonté de trop bien faire l’éloigne parfois du sens des poèmes s’immisçant dans la musique de Britten. Dans quatre parties distinctes, comme quatre petits opéras, le compositeur raconte l’éclosion du printemps, la renaissance de la nature. Si quelques épisodes ressortent comme ces chapitres mêlant bucolisme et humour, (The Merry Cuckoo, The Driving Boy) peut-être qu’une respiration trop courte, voire une certaine précipitation entre les différents poèmes chantés, nuisent à la grandeur et à la clarté des tableaux de la nature.

C’est avec « son » Motet de Genève que confirme son rare talent à donner corps à l’art choral. Si cet ensemble démontre un excellent degré de préparation, on note que les voix féminines semblent avoir travaillé avec plus de sérieux que les voix masculines dont les départs se révèlent souvent hésitants, voire laborieux. Admirable par contre, la Maîtrise du Conservatoire populaire qui sans aucun complexe se joue des difficultés de la partition pour apporter sa fraîcheur naturelle au texte.

Chez les solistes, la mezzo laisse libre cours à son professionnalisme aguerri pour empoigner sans faillir cette partition. La voix est puissante et ne s’embarrasse pas des forte de l’orchestre pour se faire entendre. De son côté, s’investit avec bonheur dans une œuvre qui ne l’inspire que moyennement réservant son « intimité » pour la deuxième partie du concert. Le ténor se révèle un chanteur doté d’une voix de grande qualité. Avec une diction soignée, modulant son instrument avec de remarquables pianissimi, il dit le texte en le scellant d’une légèreté inouïe. Une voix à suivre.

En seconde partie, Ching-Lien Wu laisse s’envoler son lyrisme avec le somptueux Stabat Mater de . Mais, comme avec Britten, elle se laisse parfois emporter par son souci de bien faire, son besoin d’offrir le plus beau son possible au détriment de la lecture du texte. Ce n’est pourtant pas la panacée. Tout avait pourtant bien commencé avec la très belle lenteur du Stabat Mater dolorosa. Habitant sa musique des terribles mots de la liturgie, la cheffe combine à merveille la prosodie et la mélodie de l’insupportable douleur de la Vierge Marie au pied de la Croix. Ainsi lorsque cette communion de la musique et du verbe s’empare de la cheffe, elle sait offrir des moments d’une rare intensité, d’une grande émotivité ou d’une belle énergie, comme dans son formidable Quis est homo. Mais, c’est quand surgit l’esprit habité d’une transcendée qu’éclot toute la splendeur de l’œuvre de Poulenc. Superbe, poignante, chantant sur le fil du rasoir, la soprano élève son art aux sommets de l’émotion. Une émotion qui ira grandissant jusqu’à l’ultime Paradiso gloria qui réunit en totale symbiose d’esprit, la chanteuse, le chœur, l’orchestre et la cheffe qui sort ovationnée de ce baptême du feu si bien dominé.

Crédit photographqiue : © DR/Motet de Genève

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