Festivals, La Scène, Opéra

Simon Boccanegra de Verdi

Plus de détails

Verbier. Salle de Médran. 3-VIII-06. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Simon Boccanegra, opéra en 1 prologue et 3 actes sur un livret de Francesco Maria Piave revu par Arrigo Boito. Avec : Carlo Guelfi, Simone Boccanegra ; Ferruccio Furlanetto, Jacopo Fiesco ; Jordan Bisch, Paolo Albiani ; Morris Robinson, Pietro ; Barbara Frittoli, Amelia Grimaldi/Maria Boccanegra ; Marcello Giordani, Gabriele Adorno ; Garrett Sorenson, un capitaine ; Jane Bunnell, une suivante d’Amelia. The Collegiate Chorale (chef de chœur : Robert Bass), UBS Verbier Festival Orchestra, direction : James Levine

Festival de Verbier

Dans sa récente critique parue dans «Le Monde», notre éminent confrère Renaud Machart n’a pas jugé utile de mentionner la prestation des chanteurs des Nozze di Figaro de Mozart au Festival de Salzbourg. Estimant beaucoup plus importante la mise en scène de , c’est à se demander s’il n’avait pas plutôt fait le compte-rendu de la pièce de Beaumarchais ! Heureusement qu’il s’est évité d’assister à la version concertante de Simon Boccanegra de à Verbier, il n’aurait su qu’écrire puisqu’il n’y avait que des chanteurs.

Et quels chanteurs ! Avec le premier et le plus beau d’entre tous : l’UBS Orchestra. Comme il chante bien sous la baguette discrète et ascétique de  ! Comme ses pianissimi sont profonds et lumineux à la fois ! Un chanteur aux cent voix. Maniant les clairs-obscurs de la partition verdienne comme dans un rêve, cet ensemble dont on ne louera jamais assez les qualités, a offert de grands frissons d’opéra. Chacun se souviendra de l’atmosphère pesante et bouleversante des ultimes mesures de ce Simon Boccanegra de haute tenue. Eteinte depuis de longues secondes, la musique s’est prolongée dans le silence d’un public pris par le climat émotionnel intense de la partition. Un silence rompu par les applaudissements seulement après que , d’un geste lent, eut refermé la partition de Verdi.

Ce soir-là, le chant était à la fête. En première ligne d’une très belle distribution, la basse réunit tous les suffrages. Il catalyse irrémédiablement les interprètes, les forçant à se sublimer. Dès «Il lacerato spirito», sa noblesse vocale naturelle exprimée dans une verticalité impressionnante s’érige suprêmement dans l’évidence de son personnage. Porté par l’émotion, le baryton Carlo Guelfi se laisse parfois aller à la limite de son instrument. Une vulnérabilité vocale qui le projette presque malgré lui dans la caractérisation d’un personnage débordant d’humanité. A ses côtés, la soprano reste, malgré un vibrato que les ans ont amplifié, une interprète d’une rare présence scénique. Son chant direct, sans sophistication, confirme la grande interprète lyrique. Une grandeur qu’elle sublime dans d’impalpables pianissimo. Généreux, empoignant ses aigus avec bravoure, signe un magnifique «O inferno ! Amelia qui !» qu’un hésitant début de soirée laissait craindre désastreux. Si les autres interprètes restent un peu à l’ombre de ces quatre monstres, ils le doivent à leur encore inexpérience et au manque du culot nécessaire à l’interprétation des rôles verdiens à l’image du beau, mais trop sage, Jordan Bisch.

Si le volume vocal du Collegiate Chorale est impressionnant, il ne suffit pas à cacher une diction défaillante, sinon désastreuse. Ce descendant du chœur qu’Arturo Toscanini engageait pour ses enregistrements lyriques semble ne pas avoir retenu les enseignements ni du «Maestro assoluto», ni de son précédent chef Robert Shaw. Dommage, la soirée eut été parfaite.

Crédits photographiques : © Mark Shapiro

Plus de détails

Verbier. Salle de Médran. 3-VIII-06. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Simon Boccanegra, opéra en 1 prologue et 3 actes sur un livret de Francesco Maria Piave revu par Arrigo Boito. Avec : Carlo Guelfi, Simone Boccanegra ; Ferruccio Furlanetto, Jacopo Fiesco ; Jordan Bisch, Paolo Albiani ; Morris Robinson, Pietro ; Barbara Frittoli, Amelia Grimaldi/Maria Boccanegra ; Marcello Giordani, Gabriele Adorno ; Garrett Sorenson, un capitaine ; Jane Bunnell, une suivante d’Amelia. The Collegiate Chorale (chef de chœur : Robert Bass), UBS Verbier Festival Orchestra, direction : James Levine

Mots-clefs de cet article

Banniere-ClefsResmu-ok

Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.