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Verbier. Salle de Médran. 6-VIII-06. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Quintette pour piano et vents en mi bémol majeur op. 16 ; Symphonie n° 9 en ré mineur op. 125. James Levine, piano ; Dmitry Rasul-Kareyev, clarinette ; James Button, hautbois ; Patricia Wang, basson ; Julie Beckel, cor. Sondra Radvanovsky, soprano ; Jane Bunnell, mezzo-soprano ; Garrett Sorenson, ténor ; Thomas Quasthoff, baryton-basse. The Collegiate Chorale (chef de chœur : Robert Bass), UBS Verbier Festival Orchestra, direction : James Levine.

et Academy 2006

Le formatage actuel du temps d’un concert étant de deux heures, impossible de programmer la Symphonie n°9 de Beethoven sans y ajouter quelque chose. Pour gagner sa Neuvième, le spectateur doit passer par le pensum du remplissage. Alors, on remplit. Avec du n’importe quoi. De préférence une musique qui se doit d’être totalement inintéressante pour ne pas porter ombrage à l’œuvre maîtresse de Beethoven. Pour cette soirée, le gros lot a été gagné par le Quintette pour piano et vents. N’en déplaise au génie du «Grand Sourd», cette œuvrette n’est que du sous-Mozart. Quelques «pianotements» téléphonés par-ci, quelques trilles par-là, des instruments à vent qui, de mesures en mesures, viennent faire apprécier la différence de leurs sonorités et l’affaire est dans la poche. Même si , malgré ses multiples engagements de chef d’orchestre, demeure un pianiste de qualité, des cinq musiciens en lice, chacun fait consciencieusement son travail sans vraiment transcender une partition qui ne demande qu’à être oubliée.

L’interprétation de la Symphonie n°9 de Beethoven reste un événement majeur. Moins populaire que d’autre, cette symphonie opère une étrange fascination. Comme si le public en pressentait la solennité. Comme un rendez-vous des âmes avec la musique. Avant même les premières notes, on induit le plaisir des sons. Mais qui aurait pensé que cette interprétation allait se transformer en un véritable cadeau ? Si trois jours auparavant, l’UBS Orchestra avait offert un Simon Boccanegra de Verdi de grande classe aux festivaliers de Verbier, comment imaginer qu’un ensemble de si jeunes musiciens pourrait se fondre aussi aisément dans l’esprit de cette si grande symphonie ? Et pourtant, sublimant ses pupitres, l’orchestre exhibe ses plus beaux atours musicaux dans une interprétation enthousiasmante.

Dès les premiers frémissements de l’Allegro initial, l’électricité est dans la salle. Le courant passe. , assis à son pupitre, le dos rond, ne donne que de rares indications. L’orchestre s’est uni dans un seul instrument aux couleurs multiples. On retient son souffle jusqu’à l’explosion libératrice qui imposera la solennité de l’entier du mouvement. Les contrastes sonores sont admirables et les bois superbes.

L’Allegro vivace, pris avec une belle énergie tout autant qu’avec une légèreté printanière, laisse s’éclore le rythme balancé dans lequel l’orchestre exprime sa jeunesse. Ça swingue. On se prend à battre la mesure du pied comme à un concert de jazz.

Une légère pause permet alors aux solistes de prendre place devant le chœur avant que ne commence l’Adagio. Véritable miracle musical, les cordes sont de velours. Un frisson d’aise, perceptible aux regards et aux sourires qu’échangent les musiciens entre eux, parcourt l’orchestre. Qu’y a-t-il de plus beau ? La musique ou la manière de la jouer ? Le grandiose survole le concert. Voir , les yeux clos, se balançant sur son siège, le sourire constant aux lèvres, en dit long sur l’extase qui plane sur l’orchestre.

Le contraste terrifiant des premières mesures du Finale s’apaise bientôt pour ouvrir une voie royale aux injonctions pacifiques d’un survolté. Puis c’est l’extraordinaire Ode à la joie de Friederich von Schiller que The Collegiate Chorale projette avec vigueur malgré une diction qu’on aurait aimée mieux soignée. Reste que la stupéfiante énergie qui se dégage des pupitres de l’UBS Verbier Festival Orchestra soude l’œuvre dans une harmonie céleste emmenant le public dans sa musique.

Pour cette ultime œuvre au programme de l’édition 2006 du festival de Verbier, James Levine en a construit le triomphe. On ne peut que s’émerveiller devant l’extraordinaire intelligence musicale du chef américain (qui est apparu en meilleure forme physique que l’an dernier) pour porter cet orchestre aux sommets de l’interprétation. «Le talent, c’est l’envie», affirmait Jacques Brel. L’envie de faire de la musique avant tout, c’est le talent de James Levine et de l’UBS Verbier Festival Orchestra. Merci à eux !

Crédits photographiques : © Pierre-Henri Verlhac

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Verbier. Salle de Médran. 6-VIII-06. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Quintette pour piano et vents en mi bémol majeur op. 16 ; Symphonie n° 9 en ré mineur op. 125. James Levine, piano ; Dmitry Rasul-Kareyev, clarinette ; James Button, hautbois ; Patricia Wang, basson ; Julie Beckel, cor. Sondra Radvanovsky, soprano ; Jane Bunnell, mezzo-soprano ; Garrett Sorenson, ténor ; Thomas Quasthoff, baryton-basse. The Collegiate Chorale (chef de chœur : Robert Bass), UBS Verbier Festival Orchestra, direction : James Levine.

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