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The Mozart-Album

À emporter, CD, Opéra

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : « The Mozart-Album », airs et ensembles extraits de Le Nozze di Figaro, La Clemenza di Tito, Die Zauberflöte, Idomeneo, Cosi fan tutte et Don Giovanni. Avec : Anna Netrebko, Erika Miklosa, Miah Persson, soprano ; Elina Garanca, Christine Rice, mezzo ; Christoph Strehl, ténor ; Thomas Quasthoff, Bryn Terfel, baryton ; René Pape, basse. Orchestra Mozart, Scottish Chamber Orchestra, Staatskapelle Dresden, Mahler Chamber Orchestra, direction : Claudio Abbado, Sir Charles Mackerras, Sebastian Weigle. 1 CD Deutsche Grammophon. Référence : 00289 477 6339. Enregistré en 2005 et 2006 à Bologne, Modène, Glasgow et Dresde. Livret de présentation en anglais, allemand et français. Durée : 71’25

 

En attendant la prochaine sortie en DVD de l’intégrale scénique de Mozart enregistrée lors du Festival de Salzbourg, Deutsche Grammophon publie plusieurs récitals vocaux consacrés à Mozart. Parmi ceux-ci, ce Mozart-Album, qui affiche les vedettes, de longue date comme et , ou toute récente comme Elina Garanca, de l’écurie vocale de Deutsche Grammophon, avec en tête de gondole comme il se doit, la star .

Sur ce disque, airs et duos parmi les plus célèbres de Mozart : « Parto », « In diesen heil’gen Hallen », « La ci darem la mano », « Der Vogelfänger bin ich ja », « Der Hölle Rache », « Zeffiretti lusinghieri », « Soave sia il vento », « Deh vieni, non tardar », « Ah, perdona al primo affetto », « Vedro mentr’io sospiro », l’Air du catalogue… En bref, on ne sort pas des sentiers battus, si ce n’est avec le récitatif « Oh smania ! oh furie », suivi de l’air « D’Oreste, d’Aiace » de la version première d’Idomeneo, mais cette parution est clairement destinée au grand public, et il est légitime que Deutsche Grammophon lui propose un disque composé de tubes de ce type. Le succès commercial sera d’ailleurs très certainement au rendez-vous, et les fonds engrangés permettront, on l’espère, de financer des projets plus risqués.

Ce qui est contestable par contre, c’est de présenter ce disque comme un album pour lequel la belle Anna aurait réuni ses amis chanteurs en une « équipe de rêve », destinée à enregistrer dans une ambiance qu’on imagine chaleureuse ces pages mozartiennes célèbres. La réalité est assez différente, puisqu’on est ici plutôt face à une compilation, qui propose une bonne partie d’extraits disponibles ailleurs, et qui, avec trois chefs et quatre orchestres différents donne une forte impression de disparate, les changements d’ambiance sonore, de style de prise de son, étant fréquents.

On trouve donc sur ce disque des extraits de la Flûte enchantée de (dont on peut lire la critique ici), et de l’album Tutto Mozart de , dont la chronique sera bientôt disponible sur ce site, en plus des plages enregistrées spécifiquement pour l’occasion, et dont on peut supposer qu’elles resteront exclusives.

Passons d’abord sur les pages les moins intéressantes : , trémulant et cabotin en Leporello et en Don Giovanni, ne convainc pas de son adéquation aux rôles, et Elina Garanca livre un « Parto » scolaire et sans personnalité, et peine dans le duo « Ah, perdona al primo affetto » face à une Servilia () au timbre bien plus sombre que le sien.

Ce qui fait véritablement le prix de ce disque, ce sont les pages confiées à Anna Netrebko, chanteuse au physique scandaleusement photogénique, mais à la voix pas forcément très phonogénique, dont les micros ont du mal à percer le mystère. La voix manque de définition, et semble toujours entourée d’un halo, la vocalisation est assez imprécise et lourde, les aigus manquent de transparence, et on a l’étrange impression en entendant cette voix sombre et large, à la ligne épaisse, d’entendre du Puccini plus que du Mozart.

En contrepartie de ce style non conventionnel, on peut profiter d’une chanteuse à la voix crémeuse et veloutée, au sex-appeal irrésistible, et aux phrasés imaginatifs et très originaux, qui donne aux récitatifs un naturel et une vie uniques et qui semble chanter avec une totale absence d’affectation. Elle ne réussit pas tout de manière égale, et est par exemple un peu matrone en Zerlina (peu aidée il est vrai par un Don Giovanni sans charme). Dans le reste, elle est particulièrement fascinante : Anna de feu, qui donne des ailes à l’Ottavio de , Elettra tout aussi ardente dans « Oh smania ! oh furie », elle est une Ilia très convaincante dans « Zeffiretti lusinghieri », et elle réussit surtout à être la plus capiteuse des Susanna, dans un « Deh vieni non tardar », ensorcelant par sa désinvolture, sa liberté de ton, et par la spontanéité de ses phrasés. En nos temps de mozartiennes un peu « light » et qui semblent parfois sortir du même moule, le style hétérodoxe de Netrebko agit comme un vent rafraîchissant.

On trouve donc un peu de tout dans ce disque trop composite pour être un succès artistique sans mélange. Pour les extraits gravés par Anna Netrebko, il vaut cependant la peine d’être entendu, et fait regretter que Deutsche Grammophon n’ait pas été au bout de sa démarche en faisant enregistrer l’album Mozart entier que cette cantatrice si spéciale nous doit.

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