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Rigoletto pour Gavanelli, uniquement… mais sans oublier de Chirico !

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San Francisco. War Memorial Opera House. 03-X-2006. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Rigoletto, mélodrame en trois actes sur un livret de Francesco Maria Piave. Mise en scène : Harry Silverstein. Décors : Michael Yeargan. Costumes : Constance Hoffman. Lumières : Mark McCullough. Avec : Giuseppe Gipali, le Duc de Mantoue ; Matthew O’Neill, Borsa ; Kimwana Doner, la Comtesse Ceprano  ; Jeremy Galyon, Le Comte Ceprano ; Paolo Gavanelli, Rigoletto ; Eugene Brancoveanu, Marullo ; Greer Grimsley, Monterone ; Kristinn Sigmundsson, Sparafucile ; Mary Donleavy, Gilda ; Katherine Rhorer, Maddalena. Chœur du San Francisco Opera (chef de chœur : Ian Robertson). Orchestre du San Francisco Opera, direction : Stephen Lord.

Reprise assurément alimentaire (puisqu’elle remplira la War Memorial Opera House… nous en sommes à la deuxième représentation des neuf prévues cet automne) d’un Rigoletto présenté ici même en 1997 (Swenson, Gavanelli, Beltran) puis en 2001 (Rancatore, Pyatnychko, Lopardo) dans les brillants décors de Michael Yeargan quelques peu déconcertants, violemment référencés… puisqu’ils sont empruntés très clairement et sans états d’âme à Giorgio de Chirico. Nos protagonistes évoluent ainsi dans les perspectives, les espaces, souvent vides, générateurs d’angoisse, de la Piazza di Roma, dans ceux du Mystère et Mélancolie d’une Rue (peints par Chirico respectivement en 1913 et 1914), qui meublent, animent ces œuvres, farouchement, crûment coloriées par . Si l’on reste surpris par l’association Chirico-Verdi (il s’agit d’expliciter… quoi au juste ??), il faut cependant constater que tout cela fonctionne, et plutôt bien. Les superbes costumes de ajoutent, eux aussi, aux colorismes des toiles, celui de Rigoletto, bouffon, fou du prince, fait mouche.

Le Rigoletto de n’est plus à dire. Savamment étudié, il est bâti, après réflexion, avec émotion. Sensible, naturel, chambriste, et si fragile, bref «rond» (pour reprendre les termes, ou plutôt la classification d’E. M. Forster, d’Henry James également), ce Rigoletto, que nous aimerions tant haïr, nous taraude et nous émeut. De bout en bout. En procédant par gros à-plats psychologiques. Un seul exemple… il est de taille : lorsqu’il récupère sa fille juste sortie des bras du Duc, Gavanelli change littéralement de visage, puis de comportement… et ceci en quelques secondes. C’est étonnant. C’est bouleversant d’émotions, de ces émotions qui vous prennent aux tripes. A l’orchestre, les cordes suivent, tout comme la voix, robuste, pleine, bien timbrée, au baryton chaud, concerné (cependant retenu), pénétré de cette malédiction qui vous ravage et vous démolit le personnage à tout instant du drame.

Spontanée, engagée, la Gilda de sait éviter la mièvrerie et la sensiblerie. Mais le suraigu aigrelet d’une voix un rien métallique et sans éclat particulier dérange et tue l’émotion. Autre déception vocale, le Duc du jeune ténor . La voix, il est vrai saine et bien placée, mais sans abattage aucun, inaudible à l’orchestre (!), à l’aigu parfois boursouflé, souvent étranglé, ne peut que désappointer ( au sens français du terme). Gipali bute sur son «Questa o quella», rate «La donna è mobile». C’est trop. Particulièrement appréciés, le Sparafucile de , vocalement tempétueux, et la Maddalena de , vigoureuse et bien ancrée. Tous les comprimari ont mis au net leur personnage. La direction ferme, souvent vibrante de qui nous vient de l’Opera Theater de Saint-Louis, Missouri, enrichit encore, comme si besoin l’était, ce Rigoletto que l’on évoquera peut-être encore dans 10 ans pour une lecture à la fois fortement musclée et sensible du rôle éponyme.

Crédit photographique : © Terrence McCarthy

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San Francisco. War Memorial Opera House. 03-X-2006. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Rigoletto, mélodrame en trois actes sur un livret de Francesco Maria Piave. Mise en scène : Harry Silverstein. Décors : Michael Yeargan. Costumes : Constance Hoffman. Lumières : Mark McCullough. Avec : Giuseppe Gipali, le Duc de Mantoue ; Matthew O’Neill, Borsa ; Kimwana Doner, la Comtesse Ceprano  ; Jeremy Galyon, Le Comte Ceprano ; Paolo Gavanelli, Rigoletto ; Eugene Brancoveanu, Marullo ; Greer Grimsley, Monterone ; Kristinn Sigmundsson, Sparafucile ; Mary Donleavy, Gilda ; Katherine Rhorer, Maddalena. Chœur du San Francisco Opera (chef de chœur : Ian Robertson). Orchestre du San Francisco Opera, direction : Stephen Lord.

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