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Ambronay à Reims avec Ercole amante

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Reims, Grand Théâtre. 06-X-2006. Francesco Cavalli (1602-1676) Ercole amante, opéra en cinq et un prologue, sur un livret de Francesco Butti. Musique des ballets : Jean-Baptiste Lully (1632-1687). Mise en scène : Pierre Kuentz ; chorégraphie : Ana Yepes ; décor et costumes : David Messinger ; lumières : Adèle Grepinet. Avec : Ismaël Gonzales, Ercole ; Iulia Elena Surdu, Iole ; Emmanuelle De Negri, Aura 1/Clerica ; David Hernandez Anfrus, Illo ; Jarta Levicova, Dejanira ; Ricardo Ceitlil, il Paggio ; Adrian George Popescu, Lyca ; Ingeborg Oatheim, Cinthia/Belleza/Venere francese ; Théophile Alexandre, Aura 2 ; Lior Leibovici, Ruscello ; Lauren Arrnishaw, Venere ; Anne-Emmanuelle Oavy, Prima Grazia ; Virginie Thomas, Secunda Grazia ; Stépharnie Leclercq, Terza Grazia ; Maria Hinojosa, Giunone ; Juliette Perret, Pasitea ; Raphaël Pichon, Bussiride ; Vincent Vantyghem, Eutiro ; Victor Duclos, danseur. Académie baroque européenne d’Ambronay, direction : Gabriel Garrido.

Le Grand Théâtre de Reims accueillait comme à l’accoutumée la production annuelle de l’Académie baroque d’Ambronay. Le choix s’est porté sur Ercole amante (Hercules amoureux), opéra composé par Cavalli, avec des musiques de ballet de Lully. L’œuvre fut commandée par le cardinal Mazarin afin de célébrer en grande pompe la paix signée entre la France et l’Espagne, concrétisée par le mariage entre le jeune Louis XIV et l’infante Marie-Thérèse. Des retards dans la construction du théâtre conçu spécialement pour l’occasion, la mort de Mazarin ensuite, ont ajourné la création d’Ercole amante. Pour les festivités de la noce, on monta Serse du même Cavalli, tandis qu’Ercole attendit deux ans pour être enfin présenté au public. Le succès fut mitigé, on loua fort les ballets de Lully, mais la partie lyrique de Cavalli recevait un accueil poli mais froid. L’œuvre connut quelques représentations, puis plongea dans l’oubli jusqu’au XXe siècle, où elle fut remontée par l’Opéra de Lyon, et a même été enregistrée par Erato, sous la direction de Michel Corboz, avec une distribution passablement luxueuse (Yvonne Minton, , Felicity Palmer, …).

Le semi-échec de l’œuvre est injuste, mais assez compréhensible : les musiques de Lully et de Cavalli sont trop dissemblables pour cœxister harmonieusement, même si les parties sont bien différenciées, et leur confrontation nuit à l’équilibre de l’opéra. Outre les faiblesses inhérentes au mélange des compositions, on peut également souligner le fait que l’œuvre est chantée en italien, et qu’elle présente, même édulcorées pour l’occasion, des caractéristiques de l’opéra italien qui n’étaient pas nécessairement conformes au goût français (les divertissements, l’humour sarcastique, les interventions des valets…). Lulli prendra d’ailleurs un chemin très éloigné lorsqu’il élaborera ses propres tragédies lyriques. Pourtant, malgré son déséquilibre, l’œuvre est intéressante, tant pour ses aspects historiques, que pour les qualités de la musique de Cavalli, dans laquelle il a mis tout son art, et qui méritait un meilleur sort. En somme, Ercole amante est le fruit beau et savoureux mais irrégulier d’une greffe qui n’a pas pris, celle de l’opéra italien en France.

Pour ce spectacle destiné à tourner, metteur en scène et décorateur ont fait le choix de la sobriété visuelle, en proposant un décor léger, composé de grands voiles. Le résultat est un peu austère, mais très esthétique, et est magnifié par de très beaux costumes aux formes variées et aux couleurs spectaculaires. La direction d’acteurs est soignée, intelligente et fluide, de même que les chorégraphies, qui sont parfaitement bien menées et très agréables à regarder.

Il y a un an dans l’Europe galante, nous soulignions l’excellente prestation de l’orchestre formé par les jeunes stagiaires de l’Académie. Nous serons nettement moins élogieux cette année. Le niveau a considérablement baissé, et l’orchestre passe une soirée très médiocre : l’intonation est très précaire, les sonorités sont désagréablement acides, le jeu d’ensemble très flottant, et les nombreux solos instrumentaux sont la plupart du temps des chausse-trappes trop délicats pour nos jeunes instrumentistes. Très inspiré, paie pourtant de sa personne pour assurer un soutien orchestral correct aux chanteurs, mais sa direction alerte et bien articulée ne parvient pas à transcender les faiblesses de ses musiciens.

Au contraire de l’orchestre, les chanteurs sont eux d’un très bon niveau, meilleur et plus homogène que celui de la précédente édition. Ils affrontent tous crânement les difficultés de leur partie, aucun ne démérite, et certains s’en sortent même plus que bien. Emergent du lot la Vénus de Lauren Armishaw, timbre fauve, chant sensuel, magnétisme scénique, le sobre et bien chantant Eutyros de Vincent Vantyghem, et la jolie Pasitea de , qui apporte beaucoup de fraîcheur vocale à son rôle. Citons encore une Junon exaltée, aux aigus puissants et brillants, ainsi qu’un Hyllus très émouvant. En Hercule, l’imposant Ismaël Gonzales affronte un rôle dont il n’a pas encore les capacités. La voix est belle, l’émission est franche, et il fait de louables efforts d’allègement, mais les graves sont encore trop peu consistants, la voix se dérobe, et il détone souvent. On ne pourra cependant le blâmer de ses faiblesses, car c’est un rôle qui devrait être tenu par un chanteur en pleine maturité vocale, pas par un débutant.

Le bilan de la soirée est donc globalement positif, avec une œuvre très intéressante, une distribution homogène et prometteuse, et une production respectueuse et intelligente. Un meilleur orchestre et la soirée aurait été parfaite…

Crédit photographique : © Patoch

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Reims, Grand Théâtre. 06-X-2006. Francesco Cavalli (1602-1676) Ercole amante, opéra en cinq et un prologue, sur un livret de Francesco Butti. Musique des ballets : Jean-Baptiste Lully (1632-1687). Mise en scène : Pierre Kuentz ; chorégraphie : Ana Yepes ; décor et costumes : David Messinger ; lumières : Adèle Grepinet. Avec : Ismaël Gonzales, Ercole ; Iulia Elena Surdu, Iole ; Emmanuelle De Negri, Aura 1/Clerica ; David Hernandez Anfrus, Illo ; Jarta Levicova, Dejanira ; Ricardo Ceitlil, il Paggio ; Adrian George Popescu, Lyca ; Ingeborg Oatheim, Cinthia/Belleza/Venere francese ; Théophile Alexandre, Aura 2 ; Lior Leibovici, Ruscello ; Lauren Arrnishaw, Venere ; Anne-Emmanuelle Oavy, Prima Grazia ; Virginie Thomas, Secunda Grazia ; Stépharnie Leclercq, Terza Grazia ; Maria Hinojosa, Giunone ; Juliette Perret, Pasitea ; Raphaël Pichon, Bussiride ; Vincent Vantyghem, Eutiro ; Victor Duclos, danseur. Académie baroque européenne d’Ambronay, direction : Gabriel Garrido.

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