James Ehnes joue Beethoven… morne plaine !

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Toulouse. Halle aux Grains. 20-X-2006. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour violon et orchestre en ré majeur op. 61. Béla Bartók (1881-1945) : Concerto pour orchestre. James Ehnes, violon. Orchestre national du Capitole de Toulouse, direction : Eivind Aadland.

On attendait Zweden, c’était . L’espoir changea de camp, le combat changea d’âme, et l’on était heureux d’entendre un nouveau chef. Hélas, du critique, trompa l’espérance : Beethoven, Beethoven, Beethoven morne plaine !

Mais trêve d’hugolâtrie mirlitonesque, n’infligeons pas ce châtiment au lecteur, disons-le simplement : ce concert a, en effet, fort mal débuté, eut égard à la notoriété du soliste. Non qu’il jouât mal, bien au contraire ; seulement, derrière ce son léché et d’une très grande beauté, que d’ennui et quelle déception ! Tempi prudentissimes, phrasés convenus, placides, et, comble de malheur, un orchestre du Capitole méconnaissable, gris, atone, flou – les entrées des cordes graves en devenaient indistinctes. Chérie, j’ai rétréci l’orchestre du Capitole ! Bref, il y avait de quoi être inquiet.

Puis entracte. Hop ! coup de baguette magique. Tadam ! et les musiciens se sont transformés. Impossible de croire qu’il s’agissait du même orchestre : précis, ardent, d’une amplitude dynamique incroyable. Une transformation, on vous dit ! Et Aadland, extraverti, libéré, enthousiaste, laisse éclater son énergie. Ce jeune chef norvégien, directeur de l’orchestre symphonique de Trondheim, a de Bartók une vision teintée de romantisme, très colorée, pleine de verdeur rythmique, qui tire un peu l’œuvre vers l’univers chatoyant et folklorisant d’un Kodaly. Ajoutez beaucoup d’humour dans les sonorités, une chaleur irrésistible dans les passages lyriques, une précision rythmique extrême qui souligne la moindre finesse d’écriture et vous obtiendrez un cocktail irrésistible.

Il est rare, même au disque, d’entendre l’œuvre aussi bien dominée techniquement, avec une telle absolue clarté du moindre plan, et en même temps aussi spontanée, éclatante, ensoleillée, simplement heureuse. Après une Elégie pleine d’émotion frémissante, le finale en acquérait un éclat proprement irrésistible, culminant dans un tourbillon dynamique à vous clouer au fauteuil. Le public ne s’y est pas trompé, qui a réservé au chef un accueil enthousiaste après avoir été plus nettement réservé avec le violoniste.

Crédit photographique : © G. T. Nergaard

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