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Phénoménale Ortrud d’Evelyn Herlitzius

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Lyon. Opéra de Lyon. 17-X-2006. Richard Wagner (1813-1883) : Lohengrin, opéra en 3 actes sur un livret du compositeur. Mise en scène : Nikolaus Lehnhoff. Décors :Stephan Braunfels. Costumes : Bettina Walter. Lumières : Duane Schuler. Chorégraphie : Denni Sayers. Avec : Hugh Smith, Lohengrin ; Gunnel Bohman, Elsa ; Evelyn Herlitzius, Ortrud ; Tom Fox, Telramund ; Michael Dries, Heinrich der Vogler ; Brett Polegato, Der Herrufer des Königs. Orchestre et Chœurs de l’Opéra de Lyon (chef de chœur : Alan Woodbridge), direction : Lothar Koenigs

Lohengrin

À l’opéra, quatre chanteurs jouissant d’une certaine unité vocale suffisent souvent à assurer la réussite d’une production lyrique. Sans la soprano allemande (Ortrud), la production du Lohengrin lyonnais de aurait été bien notée et classée dans la catégorie sans grand relief des «spectacles pas mal ». Le critique consciencieux se serait alors attardé sur les très belles lumières de Duane Schuler qui soulignent avec talent les majestueux décors de l’architecte allemand Stephan Braunfels, signant ici un véritable coup de maître pour son premier travail théâtral. Il aurait détaillé la mise en scène de dont la superbe direction des mouvements de foule donne un naturel désarmant à l’importante masse chorale d’un formidable Chœur de l’Opéra de Lyon. Il aurait encore trouvé que la direction du chef allemand Lothar Kœnigs n’offrait pas toujours la précision souhaitée et, par conséquent, qu’elle créait quelques décalages entre la fosse et le plateau. Il aurait encore dit que la tension musicale pas toujours soutenue générait des vagues qui, comme un soufflé trop cuit, dégonflaient à espaces réguliers l’extraordinaire musique de . Il aurait dit encore que les costumes n’étaient pas très recherchés mais qu’ils reflétaient bien l’histoire qu’on voulait raconter. Il aurait dit tout cela.

Mais il y avait la soprano (Ortrud). Son talent théâtral et vocal force l’admiration. Mais la disparité entre sa présence et celles des autres protagonistes est telle qu’elle nuit à l’unité du spectacle. Que doit-on privilégier ? Contenir les talents explosifs pour que les autres interprètes puissent s’exprimer ? Doit-on prier la soprano de réfréner son énergie, d’étouffer sa superbe, d’éteindre sa nature débordante ? En d’autres termes, niveler la qualité de la production par le bas ? Certainement pas, même si c’est au directeur du théâtre qu’incombe la responsabilité d’avoir engagé des protagonistes dont le talent n’était pas au niveau de celui de la chanteuse allemande.

Odieuse à souhait, cette Lady Macbeth wagnérienne s’empare du plateau pour y servir un personnage extrême. Un regard furtif et dédaigneux lancé par-dessus l’épaule à la blanche Elsa suffit à affirmer sa patte d’actrice. Et pourtant, pendant le premier acte, Evelyn Herlitzius reste théâtralement sur la réserve, à l’affût de la victoire qu’espère son personnage. Ce jeu d’attente teinté d’une vocalité retenue montre combien elle domine son personnage, combien elle l’habite. Ce ne sera qu’aux premiers signes de l’échec, alors que son époux est confondu, que la chanteuse se transforme. Dans ses invectives, ses reproches, son mépris, elle éclate soudain en mille couleurs vocales. Électrisante, elle réduit à néant tout ce qui l’entoure. Superbe, elle lance sa voix comme autant de regards perçants. Ses yeux sont des flèches, ses notes des poignards. Dans les ensembles où l’imposant chœur chante à pleine voix, on se prend à tendre l’oreille pour l’entendre, elle encore. Comme si sa voix allait sortir au-dessus des quatre-vingts choristes. Et, le miracle fait qu’on entend son extraordinaire chant, comme sublimé. Comment ne pas voir avec Evelyn Herlitzius la parfaite héritière d’une certaine  ?

Si, comme nous le précisions plus haut, Nikolaus Lehnhoffa su admirablement diriger la masse des choristes, il n’a pas trouvé le moyen d’en faire autant avec ses solistes. En dehors de l’intelligence théâtrale de la soprano Evelyn Herlitzius (Ortrud) et de (Telramund), les autres protagonistes se complaisent dans une immobilité scénique désolante. Si on peut admettre celles de Michael Dries (Heinrich der Vogler) et de l’excellent (Der Herrufer des Königs) en raison de la position hiérarchique de leurs personnages, l’empotement d’ (Lohengrin) est désespérant. Engoncé dans un costume en aluminium brossé, il déambule sans grâce, tel un Robocop, sur une scène trop grande pour lui et pour sa voix à la diction approximative. Un malheureux problème d’élocution qu’on retrouve chez la soprano (Elsa), bien pâle héroïne wagnérienne. Quant à (Telramund), tantôt âpre tantôt mielleux, ) il sait donner vocalement vraisemblance à son antipathique personnage.

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Crédits photographiques : © Alain Franchella / Bertrand Stofleth

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