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Dijon. Grand Théâtre. 24, 25, 26-XI-2006. Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Intégrale des sonates pour violon et piano : Sonate n° 1 en ré majeur op. 12 n° 1  ; Sonate n° 5 en fa majeur « le Printemps » op. 24 ; Sonate n° 7 en ut mineur op. 30 n° 2 (24-XI) ; Sonate n° 2 en la majeur op. 12 n° 2 ; Sonate n° 8 en sol majeur op. 30 n° 3 ; Sonate n° 9 en la majeur « à Kreutzer » op. 47 (25-XI) ; Sonate n° 3 en mi b majeur op. 12 n° 3 ; Sonate n° 6 en la majeur op. 30 n° 1 ; Sonate n° 4 en la mineur op. 23 ; Sonate n° 10 en sol majeur op. 96 (26-XI). Marie-Josèphe Jude, piano ; Patrice Fontanarosa, violon.

et

Il n’est pas si fréquent que soit donnée, en concert, l’intégrale des sonates violon / piano de l’illustrissime malentendant. Aussi saluerons-nous volontiers l’initiative de , conseiller musical du Duo-Dijon, d’autant que pour mener à bien l’entreprise, il se révèle décidément de bon conseil par son choix des deux artistes en présence : et .

Ceux que traverserait le soupçon d’une possible erreur de casting (comment ? Elle, en été ; lui, en hiver…) que ceux-là soient vite détrompés : le « Printemps » (Sonate n° 5) engendré par ce duo leur fournirait, s’il en était besoin, la preuve éclatante d’un a priori infondé…et indélicat. Mais empressons-nous d’ajouter que cette sonate dite « du printemps », la plus populaire de la série, n’est pas la réussite isolée de cette prestation d’exception.

De ces trois soirées de concert, nous auront particulièrement comblés l’art et la manière des interprètes ; un art confondant de maîtrise technique, tant du côté du clavier que de celui de l’archet, et bouleversant de poésie beethovénienne dans ce que ces pièces proposent de classicisme formel agité çà et là d’une houle déjà romantique.

Marie-Josèphe Jude est une merveilleuse pianiste, d’une extraordinaire souplesse de poignets, d’une infaillible sûreté de doigté, et de surcroît hautement inspirée dans son jeu d’une grande variété de toucher et d’une exquise musicalité. Si, dans une interview relativement récente, elle avoue avoir « bâti ses récitals » essentiellement « autour de trois compositeurs : Mendelssohn, Brahms et Schumann », elle n’en a manifestement pas pour autant négligé Beethoven. Les auditeurs présents à ces trois concerts peuvent en témoigner.

Quant à Patrice Fontanarosa, grand Monsieur du violon – et de longue date – au plaisir de jouer évident et communicatif, rendons-lui déjà cette justice qu’il se pose en partenaire absolument idéal. Ces deux-là s’entendent à merveille, au point qu’on est en droit de penser qu’ils ont un long vécu de scène commune (ce qui n’est pas le cas). Pas un seul petit décalage à déplorer (même dans les passages en contretemps des plus véloces) ; pas le moindre électron libre malencontreusement échappé des partitions ! Pour employer une formule qui a déjà servi : « la musique, rien que la musique, mais toute la musique. » Cette heureuse connivence rappelle celle des Casadesus / Francescatti au disque : remarquable mise en place rythmique, tempo giusto, jeu infiniment nuancé, étroite communion et constant plaisir de jouer. Les fréquents sourires échangés en disent long sur la réalité et la qualité de cette complicité – artistique – s’entend. Le violon de Fontanarosa (un splendide Vuillaume, judicieusement préféré au Guarnerius, dans ce répertoire) répond harmonieusement au Steinway de la pianiste, dans un équilibre sonore parfait : un must !

Livrée aux mains de telles sensibilités, l’extrême richesse d’écriture de ces sonates agit sur l’auditoire comme un philtre : d’ennui, point ; à aucun moment. Les toux ont eu le bon goût d’attendre la fin des mouvements pour détonner et les commentaires ne sont que d’adhésion et de ravissement. C’est à peine si, ici ou là, on eût souhaité – mais sans trop de conviction – un souffle dramatique un poil plus intense, plus accentué : premier mouvement des n° 7 et 9 « à Kreutzer ». Le parti d’équilibre (et non de tiédeur) choisi par les interprètes, évitant tout excès dans les tempi comme dans la dynamique est tout à fait défendable, voire recommandable : il est le garant d’un respect absolu de la partition. De même que s’explique la volonté manifeste d’écarter toute tentation d’esbroufe, toute épate de virtuosité dans le choix des bis. Alors que, par exemple, la reprise d’un morceau comme le joyeux et populaire vivace de la sonate n° 8 (un peu dans l’esprit du presto final du Trio n° 39 de Haydn) eût garanti un succès plus…délirant, ce sera à chaque fois un mouvement lent : l’Andante de la Sonate n° 2, le premier soir ; puis l’Adagio de la Sonate n°6 à l’issue du deuxième concert ; enfin, retour à la Sonate n°5 (Adagio), naturellement molto espressivo, en fin de programme ; comme si, en fait, l’intention principale des musiciens, leur souci, n’était pas d’éblouir mais de servir une musique et d’en faire avant tout goûter les plus fragiles et secrètes beautés.

Quelque part, sur son site Internet, Patrice Fontanarosa pose cette question : « Qui mieux que la musique peut faire vibrer les cœurs ? » On serait tenté de lui répondre : ses interprètes inspirés, quand ils possèdent à ce point le don de toucher leur public. Il use plus loin de cette formule qui sonne comme un acte de foi : « Artiste, ta raison d’être ne se justifie que par ta capacité à faire aimer » :

Mission amplement accomplie. Ce qu’ils ont dispensé tous deux, au long de ces trois soirées, c’est…le bonheur intégral.

Crédit photographique : © Eric Manas

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Dijon. Grand Théâtre. 24, 25, 26-XI-2006. Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Intégrale des sonates pour violon et piano : Sonate n° 1 en ré majeur op. 12 n° 1  ; Sonate n° 5 en fa majeur « le Printemps » op. 24 ; Sonate n° 7 en ut mineur op. 30 n° 2 (24-XI) ; Sonate n° 2 en la majeur op. 12 n° 2 ; Sonate n° 8 en sol majeur op. 30 n° 3 ; Sonate n° 9 en la majeur « à Kreutzer » op. 47 (25-XI) ; Sonate n° 3 en mi b majeur op. 12 n° 3 ; Sonate n° 6 en la majeur op. 30 n° 1 ; Sonate n° 4 en la mineur op. 23 ; Sonate n° 10 en sol majeur op. 96 (26-XI). Marie-Josèphe Jude, piano ; Patrice Fontanarosa, violon.

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