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Karita Mattila comme Freni, inoubliable…

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San Francisco. War Memorial Opera House. 28-XI-2006. Giacomo Puccini (1858-1924) Manon Lescaut, opéra en quatre actes, sur un livret de Luigi Illica et Marco Praga. Production : Frank Philipp Schlössmann. Mise en scène : Olivier Tambosi. Lumières : Duane Schuler. Avec : Karita Mattila, Manon Lescaut ; Misha Didyk, le Chevalier des Grieux ; John Hancock, Lescaut ; Eric Halfvarson, Géronte. Chœur du San Francisco Opera (chef de chœur : Ian Robertson). Orchestre du San Francisco Opera, direction : Donald Runnicles.

Manon Lescaut

Juste deux ou trois Manon Lescaut locales depuis 1974 (pour ne pas remonter à Muzio, 1926… et ne mentionner que celles entendues : Leontyne Price, 1974, déconcertante, vocalement somptueuse ; Mirella Freni, 1983, fulgurante, inoubliable ; , 1988, solide et mature).

C’est qui assure ce soir la relève… Et quelle relève ! Aplomb, humour, insouciance, souffrance, amour, désespoir, tout y est. S’il est permis de ne pas toujours apprécier à sa juste valeur une gestuelle erratique et passablement loufoque, sans doute imposée par Olivier Tambosi, force nous est de reconnaître d’abord l’actrice : Mattila ne construit pas un personnage (il n’y a dans cette Manon de Puccini rien à construire). Elle nous propose tout simplement, comme autant de tableaux à la Hogarth, les trois ou quatre caractères de Manon (pour paraphraser le Jean Genêt de Notre-Dame des Fleurs, la toute innocente, la toute évaporée, la toute effrontée, la toute abandonnée), chacun admirablement croqué, admirablement saisi.

Vocalement, Mattila touche au sans-faute : un aigu rayonnant, un timbre lumineux, à l’expressivité sincère et libre ; une voix chaleureuse, au colorisme rêveur… par quelle mystérieuse alchimie vous noue-t-elle ainsi la gorge ? Le «Sola, perduta, abbandonata» s’écoute d’une traite… c’est poignant, c’est sublime (on pèse ses adjectifs)… car la simplicité même du chant (simplicité toute clinique) atteint ici à l’émotion vraie. Ardeur et virilité, engagement, caractérisent le des Grieux de . Mais un aigu laborieux, un chant rustre, approximatif, souvent boursouflé, aux intonations et sanglots douteux, bloquent un personnage également racoleur et vériste, bref… à côté de la plaque ! , solidement présent, au baryton convaincant, possède, lui, une classe, une conviction indéniables. Son Lescaut vous saisit. Excellent également, vocalement, scéniquement, le Géronte d’Eric Halvarson

Les nombreux lieux communs des décors et de la mise en situation, la gestuelle (nous l’avons déjà signalé) quelques peu équivoque de certains protagonistes du drame, deux ou trois mouvements de foule quelque peu suspects, peuvent surprendre et/ou déconcerter. Ils ont au moins le mérite d’aller droit au but, de faire simple, et de raconter sans détour aucun, l’histoire de Manon et de son Chevalier. Les chœurs, nets, élégants, sont excellents et l’approche ample et solennelle, puissante et nerveuse, de au pupitre, finit par convaincre.

Crédit photographique : © Terrence McCarthy

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San Francisco. War Memorial Opera House. 28-XI-2006. Giacomo Puccini (1858-1924) Manon Lescaut, opéra en quatre actes, sur un livret de Luigi Illica et Marco Praga. Production : Frank Philipp Schlössmann. Mise en scène : Olivier Tambosi. Lumières : Duane Schuler. Avec : Karita Mattila, Manon Lescaut ; Misha Didyk, le Chevalier des Grieux ; John Hancock, Lescaut ; Eric Halfvarson, Géronte. Chœur du San Francisco Opera (chef de chœur : Ian Robertson). Orchestre du San Francisco Opera, direction : Donald Runnicles.

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