Théâtre du son aux Bouffes du Nord

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. Théâtre des Bouffes du Nord. 8-I-2007. Marco Stroppa (né en 1959) : Ossia : Seven Strophes for a Literary Drone ; Thomas Adès (né en 1971) : Catch, op. 4 pour clarinette, violon, violoncelle ; Patrick Marcland (né en 1944) : Eclipses déployé pour cor anglais, clarinette, trompette, trombone, tuba, alto et dispositif électronique (création mondiale). Solistes de l’Ensemble Intercontemporain : Arnaud Boukhitine, tuba ; Eric-Maria Couturier, violoncelle ; Alain Damiens, clarinette ; Christophe Desjardins, alto ; Didier Pateau, cor anglais ; Benny Sluchin, trombone ; Sébastien Vichard, piano.

La poursuite II Eclipses

Patrick Marcland

« La poursuite » est un nouveau cycle musical de l’Ircam – en coréalisation avec Instants Pluriel – initié en novembre 2006 au Théâtre des Bouffes du Nord et qui entend bousculer le rituel traditionnel du concert en le transformant en un scénario sans interruption, intégrant au spectacle sonore le jeu des lumières et la mise en scène du théâtre. Y sont donc programmées des œuvres qui proposent des situations d’écoute particulière où les interprètes comme les acteurs investissent la scène et les coulisses instaurant une dramaturgie de l’espace dans le décor naturel et somptueux du théâtre des Bouffes du Nord.

On connaît davantage , actuellement professeur de composition à la Hochschule de Stuttgart, à travers ses œuvres pour orchestre. Son travail, beaucoup plus récent dans le domaine de la musique de chambre révèle au fil des œuvres une démarche originale, fruit, dit-il, de l’application au monde instrumental de la recherche menée dans la spatialisation sonore avec les moyens électroniques. Ossia : Seven strophes for a literary drone pour violon, violoncelle et piano, donné ce soir en création française explore, comme l’Hommage à Gy. K. (2003) la forme en petits mouvements – ici sept parties ou Strophes – dans lesquelles chaque section met en interaction l’espace scénique délimité par la position des interprètes et le matériau sonore utilisé, invitant l’auditeur à apprécier le rendu musical selon ces diverses situations d’écoute. Plongés dans l’obscurité et masqués par le piano, le violoncelle et le violon tentent, au début de la pièce, de « se frayer physiquement et musicalement » un chemin avant d’être relayé par le piano, seule référence stable dans cet espace à géométrie variable. Jouant le jeu avec une évidente complicité, les solistes de l’Intercontemporain génèrent avec une aisance presque chorégraphique les différentes configurations spatiales – jouant de dos, utilisant le piano comme caisse de résonance, réunis en un seul corps sonore ou formant un trio presque « normal » – donnant à voir et à entendre un véritable « théâtre du son ».

Ecrite à l’âge de 22 ans par le compositeur anglais très prolifique – que le Festival Présence 2007 met à l’honneur du 8 février au 4 mars – Catch, opus 4 pour clarinette, violon, violoncelle et piano instaure une sorte de jeu théâtral provoqué par les allées et venues, des coulisses à la scène, du clarinettiste perturbant par ses sonorités intempestives le discours plus intimiste des autres partenaires : une situation un peu caricaturale dans laquelle les interventions plutôt comiques d’ finissent par desservir l’intérêt du propos musical.

Le concert se terminait par la création très attendue d’Eclipsis déployé de , une œuvre de quarante minutes qui est l’agrandissement pour trois couples d’instruments d’Eclipsis pour alto, trompette et électronique crée en 2004 par les mêmes musiciens au Centre Pompidou. La pièce repose sur le jeu de cache – d’éclipse – entre les différents couples d’instruments – l’alto rivalisant avec la trompette bouchée dans un premier duel fascinant – ou entre l’électronique et la source acoustique provoquant une ambiguïté subtile dans le jeu des résonances. Comme chez Stroppa, la pièce s’articule selon les divers « changements de plateau » réservant, après la joute sonore des six interprètes faisant cercle sur la scène, une séquence soliste au « leader » du groupe, l’altiste déployant sous son archet magistral un potentiel sonore en prise directe avec les transformations de l’électronique. La magie des lumières faisant rougeoyer le fond de scène dans un décor presque pompéien conférait à l’ensemble une dimension de spectacle total, « ce fait théâtral » vers quoi doit tendre, pour , tout travail de création.

Rendez-vous au théâtre des Bouffes du Nord le lundi 12 février pour « La poursuite III » où l’alto et le violon solo seront les passeurs d’un héritage revisité.

Crédit photographique : © Guy Vivien

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