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Véronique de Messager, le retour de l’escarpolette

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Nancy. Opéra National de Lorraine. 16-I-2007. André Messager (1853-1929) : Véronique, opéra-comique en trois actes sur un livret de Albert Vanloo et Georges Duval. Mise en scène : Alain Garichot. Décors : Denis Fruchaud. Costumes : Claude Masson. Lumières : Marc Delamézière. Chorégraphie : Cookie Chiapalone. Avec : Cassandre Berthon, Hélène de Solanges/Véronique ; Nigel Smith, Florestan de Valaincourt ; Barbara Ducret, Agathe Coquenard ; Marie-Thérèse Keller, Ermerance de Champ d’Azur/Estelle ; Vincent Pavesi, Evariste Coquenard ; Christophe Crapez, Séraphin ; François Piolino, Loustot ; Julie Mossay, Denise ; Denise Marion, Tante Benoît. Chœur de l’Opéra National de Lorraine (chef de chœur : Merion Powell), Orchestre Symphonique et lyrique de Nancy, direction musicale : Nicolas Chalvin.

Il y a un an, dans une interview accordée à un grand magazine traitant de l’art lyrique lors de l’obtention du label « Opéra National » par l’Opéra de Lorraine, son directeur déclarait vouloir servir tous les répertoires sans exclusive ni mise en avant de ses goûts personnels. La saison 2006-2007 confirme cet éclectisme. Elle alterne des classiques (Le Nozze di Figaro de Mozart, Giulio Cesare de Haendel, Pagliacci de Leoncavallo), des raretés (Une tragédie florentine de Zemlinsky, Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny de Weill, Zanetto de Mascagni) et l’actuelle Véronique de , étiquetée opéra-comique mais, de fait, authentique opérette par la légèreté de l’argument, la délicatesse et le charme de la musique et l’abondance des dialogues parlés.

Une opérette, comme au bon vieux temps des matinées dominicales de nos grands-mères ? Pourquoi pas. La salle de l’Opéra de Nancy offrait d’ailleurs des effluves nostalgiques de cette époque révolue avec une proportion plus marquée qu’à l’accoutumée de troisième et quatrième âges et tous les tics inhérents à la légende : bruits de papiers de bonbons qu’on défroisse délicieusement, sourires entendus à sa voisine à l’arrivée des « tubes » archi-connus, qu’on n’hésite pas à fredonner à mi-voix (très jolie voix de mezzo de la dame assise derrière nous !). Seuls manquaient à l’appel les battements de mains à l’unisson pour scander les finals mais, hélas, la partition ne s’y prête guère.

Mais légèreté ne signifie pas dilettantisme. L’Opéra de Lorraine a convoqué toutes ses forces et monté le chef-d’œuvre d’ avec tout le sérieux et le respect nécessaires. La production vient de Rennes, quoique créée en 2002 à Lausanne. nous y ressert une scénographie passe-partout, faite de murs blancs rotatifs sur fond de cyclorama bleuté, qui pourrait convenir à la quasi-totalité du répertoire lyrique et théâtral. Quelques jolies idées néanmoins, comme cette boutique du fleuriste Coquenard, où les fleurs sont personnifiées par le chœur des vendeuses, dans leurs robes et leurs coiffures. On lui sait gré également de nous avoir épargné toutes les images d’Epinal traditionnelles : point d’âne ni de frondaisons romantiques à la Watteau et un envahissement du plateau par des balançoires tombées des cintres pour le célèbre duo dit « de l’escarpolette ».

La distribution fait appel, en grande majorité, à de vraies voix lyriques de bon format. Dans le rôle-titre, la mignonne est exquise. Son teint de porcelaine, son apparente timidité qui cache pourtant un caractère bien trempé, la clarté de son timbre y font merveille, en dépit d’une puissance un peu limitée. Son amoureux de Florestan, le baryton , est au même niveau d’excellence. Prestance scénique, séduction et velouté du timbre, capacité à alléger, qualité de la diction, tout y est. Mention spéciale à l’Ermerance/Estelle de . Littéralement déchaînée, elle compose sans aucune outrance un désopilant personnage de femme proche de la maturité, tiraillée par sa libido et par un dernier espoir d’aventure sentimentale. Tous les seconds rôles sont aussi bien tenus. Seule ombre au tableau, la contre-performance en Agathe Coquenard de , qui passe totalement à côté du rôle. Elle surjoue en permanence et, incapable de suivre les cadences imposées par le chef, la voix bouge énormément et détonne systématiquement dans l’aigu, crié de surcroît.

Ce beau plateau est emmené avec vivacité et énergie par la baguette attentive de . Dans des tempi souvent rapides, il parvient à rendre évidentes les pulsations rythmiques de la partition d’André Messager ; ainsi que les transparences et les chatoiements de son orchestration, malgré les habituelles sécheresses et rugosités de l’, aux cordes particulièrement.

A propos de la musique d’André Messager, son contemporain Charles-Marie Widor a parlé d’« élégance, charme et grâce ». Ces trois qualités s’étaient incontestablement données rendez-vous à Nancy pour Véronique.

Crédit photographique : © Ville de Nancy

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Nancy. Opéra National de Lorraine. 16-I-2007. André Messager (1853-1929) : Véronique, opéra-comique en trois actes sur un livret de Albert Vanloo et Georges Duval. Mise en scène : Alain Garichot. Décors : Denis Fruchaud. Costumes : Claude Masson. Lumières : Marc Delamézière. Chorégraphie : Cookie Chiapalone. Avec : Cassandre Berthon, Hélène de Solanges/Véronique ; Nigel Smith, Florestan de Valaincourt ; Barbara Ducret, Agathe Coquenard ; Marie-Thérèse Keller, Ermerance de Champ d’Azur/Estelle ; Vincent Pavesi, Evariste Coquenard ; Christophe Crapez, Séraphin ; François Piolino, Loustot ; Julie Mossay, Denise ; Denise Marion, Tante Benoît. Chœur de l’Opéra National de Lorraine (chef de chœur : Merion Powell), Orchestre Symphonique et lyrique de Nancy, direction musicale : Nicolas Chalvin.

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