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Sara Mingardo : plus que parfait mais…

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Genève. Grand Théâtre. 30-I-2007. Airs et cantates de Tarquinio Merula (1595-1665), Giovanni Salvatore (1600-1688), Bernardo Storace (1637-1707), Giacomo Carissimi (1605-1674) Giovanni Legrenzi (1626-1690), Georg Friederich Haendel (1685-1759), Antonio Vivaldi (1678-1741). Sara Mingardo, contralto. Concerto Italiano : Rinaldo Alessandrini, clavecin ; Luca Peverini, violoncelle ; Ugo Di Giovanni, théorbe.

La venue de la contralto italienne est toujours un événement. Dans un Grand Théâtre bien garni pour l’occasion, vêtue d’une robe de velours rouge-Ferrari, traverse la scène d’un pas décidé, suivie des membres du à la tête desquels l’incontournable accompagnateur de la chanteuse, le claveciniste .

Ouvrant son récital avec une chanson spirituelle de Tarquinio Merula, on prend immédiatement la portée de la voix exceptionnelle de la contralto vénitienne. De ses graves impressionnants de profondeur, elle tire des sons d’une pureté rare. Passant du forte le plus puissant au pianissimo le plus délicat avec une aisance déconcertante, elle module cette longue complainte avec élégance et sensibilité. Sur un air de berceuse, cet « Hor ch’è tempo di morire » raconte à travers la voix de la Vierge Marie les épisodes de l’agonie du Christ. montre les nombreuses couleurs d’une voix qu’elle domine avec aisance et sérénité. La diction est parfaite, les mots sonnent juste. On se projette vers une soirée prometteuse.

Malheureusement l’effet de ces premiers subtils émois s’éteint bientôt pour laisser place à une interprétation presque routinière des autres mélodies au programme. La voix reste belle, le phrasé impeccable, mais les quelques instants d’émotion initiaux se sont définitivement envolés. Tout est beau, trop beau. Le chant est absolument sans anicroche. Il coule comme de l’eau claire. Rien à dire, rien à reprocher à cette voix parfaite. Plus que parfaite même. Cette perfection vocale qui finit par peser sur ses interprétations. Elles manquent de l’étincelle qui pourrait les rendre plus expressive. Sara Mingardo récite. Plantée derrière un énorme lutrin, la contralto, lunettes sur le nez, semble procéder à une lecture à vue. Cet écran à l’expression ternit le climat et les cinq cantates qui forment l’entier de ce récital semblent tout à coup sans parole. Le désespoir de Tirsis apprenant la mort de son amour dans la cantate de Giovanni Salvatore, ou la romance amoureuse de Giovanni Legrenzi sont chantées avec des notes admirablement formées, sensiblement émises, parfaitement dominées mais comme inertes. Jamais la cantatrice ne raconte le texte.

Le choix musical du récital était confondant d’austérité. Comme de longs récitatifs, ces cantates manquent singulièrement de mélodies. L’accompagnement du ne fait qu’ajouter à la monotonie des œuvres au programme. Hormis la musicalité aguerrie du violoncelle de Luca Peverini, les deux autres accompagnateurs étaient, comme la cantatrice, dans la récitation. Et ce n’est pas la Chaconne pour clavecin de Bernardo Storace, ni la Suite en mi-mineur pour clavecin de Georg F. Haendel jouée sans grand relief qui réussira à élever le niveau émotionnel de cette soirée.

À la décharge des musiciens on peut regretter que ce récital se soit donné au Grand Théâtre de Genève, une salle beaucoup trop vaste pour que l’intimité d’un concert de musique baroque puisse s’épanouir.

Crédit photographique : © DR

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Genève. Grand Théâtre. 30-I-2007. Airs et cantates de Tarquinio Merula (1595-1665), Giovanni Salvatore (1600-1688), Bernardo Storace (1637-1707), Giacomo Carissimi (1605-1674) Giovanni Legrenzi (1626-1690), Georg Friederich Haendel (1685-1759), Antonio Vivaldi (1678-1741). Sara Mingardo, contralto. Concerto Italiano : Rinaldo Alessandrini, clavecin ; Luca Peverini, violoncelle ; Ugo Di Giovanni, théorbe.

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