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Dijon. Auditorium. 13-II-2007. Jean-Sébastien Bach (1685-1750) : Messe en si mineur BWV 232. Avec : Olga Pasichnyk, soprano ; Britta Schwartz, alto ; Markus Schäfer, ténor ; Klaus Mertens, basse. Chœur Arsys Bourgogne. Concerto Köln, direction : Pierre Cao.

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La Messe en si, c’est en quelque sorte « LA messe pour en finir avec toutes les messes ». Celle à l’écoute de laquelle l’esprit le plus impie peut soudainement se sentir habité de foi chrétienne ; ce qui, par là, justifierait pleinement le malicieux aphorisme de Cioran : « S’il y a quelqu’un qui doit tout à Bach, c’est bien Dieu… » Pour le converti (aussi bien à la foi qu’à la musique du Cantor), c’est, à chaque nouvelle écoute, l’occasion de conforter ses croyances et de louer l’incomparable savoir-faire – hautement inspiré – du génial compositeur.

Tout a déjà été dit sur le caractère monumental de cette œuvre d’exception, dont l’importance aura totalement échappé aux contemporains de son auteur, et même à quelques générations suivantes, puisqu’il faudra près d’un siècle après sa composition pour qu’en soit enfin reconnue l’extraordinaire valeur artistique. Bien entendu, cette valeur-là est aussi tributaire de la qualité des officiants et du célébrant. Il faut croire – et c’est bien le mot – que le chœur Arsys Bourgogne, le et , fort appréciés lors de prestations antérieures, ont déjà su gagner la confiance des fidèles venus en masse assister à l’événement spirituel de la saison. Quant aux solistes retenus pour ce concert, tous quatre de premier plan, ils n’en sont pas non plus à leur première collaboration avec le chœur et l’orchestre.

Autant dire maintenant que cette confiance n’est pas déçue ; en témoigne la longue, très longue ovation reçue par les artistes au terme de la prestation. (Mais n’en doutons pas, il y en avait là une bonne part à l’adresse du compositeur tout autant qu’aux interprètes). Dans le détail, mais sans nous arrêter aux vingt-six numéros ! de la partition, soulignons-en les particularités et les temps forts.

Au centre du Kyrie tripartite encadré par les deux chœurs d’entrée, immédiatement captivants : le duo soprano / alto du Christe ; certes bien chanté, mais qui laisse percer un doute sur cette alliance de timbres ; les deux voix ne se mettant pas mutuellement en valeur. et Britta Schwartz seront plus convaincantes individuellement. Des huit parties du Gloria, nous retiendrons surtout l’Et in terra pax et sa grande fugue, lumineuse de clarté, le Laudamus te de tendre jubilation à l’alto solo accompagnée du violon ; et puis cet autre duo, plus réussi, celui-là, sur le plan des alliances de timbres : le Domine Deus, où les voix solistes (ténor et soprano) s’imposent avec une belle aisance sur le discours tout de mystérieuse résonance des basses en pizzicati avec les autres cordes en sourdine et le délicat babil des flûtes ; de même goûterons-nous particulièrement la très belle aria d’alto dans le Qui sedes, avec l’éloquent et fervent soutien du hautbois. L’autre – et superbe – accompagnement de hautbois (par deux, cette fois) est celui de l’Et in spiritum sanctum, confié à la basse solo, dont les rares interventions sont d’autant plus remarquées… et remarquables : , haute stature et noble prestance, donnant à entendre une voix efficacement puissante et agréablement timbrée. Mais avant cela, on aura atteint ce qu’on peut considérer comme le sommet de cette interprétation : un crucifixus bouleversant d’intensité dramatique, suivi d’un éclatant Et resurrexit, superbement articulé, avec un concours instrumental de qualité superlative : trompettes et percussions souveraines ! Pierre Cao en conduit magistralement la scansion contrastée, avec une étonnante économie de gestes, comme il le fera dans le Sanctus, qui voit le chœur se diviser pour un irrésistible prélude et fugue. Il y insuffle une vie, une jubilation qui, pour un peu, vous arracherait de votre siège !

Le dernier « moment fort » de cette messe est l’Agnus Dei à l’alto solo, sur accompagnement des cordes, et qui permet à Britta Schwartz de toucher plus profondément son auditoire que dans ses interventions antérieures. Le ton de paisible humilité, allié à la fervente expressivité du phrasé vous introduit idéalement le dona nobis pacem du chœur, initialement très intériorisé pour culminer forte en œcuménique supplique.

L’excellent équilibre réalisé entre le chœur – d’une remarquable homogénéité – les voix solistes et le Concerto Köln, exemplaire de technique et de style, dans tous les compartiments (du continuo aux interventions solistes), la direction précise, sûre et heureusement inspirée de Pierre Cao, tous ces facteurs réunis ne pouvaient aboutir qu’à une interprétation de haute tenue ; ce que l’on reconnaît et salue volontiers. Et même si d’aucuns auraient préféré une autre acoustique (en fait, plutôt un autre cadre : celui d’une église, par exemple), force est de reconnaître que celle de l’auditorium n’a en rien desservi cette prestation. Bien au contraire ; agrément visuel – charme et valeur spirituelle de la pierre – mis à part, ont été, par exemple, perçus avec plus de netteté que sous quelque voûte d’église, tous les traits de chœur vocalisés dans les tempi allant… Et si, pour les puristes, il manque à la messe ainsi dite (et bien dite !) une certaine dimension spirituelle, le cadre de l’auditorium a du moins le mérite de lui conférer une valeur plus universelle. Il nous incite à voir avant tout, dans la Messe en si, l’exceptionnel chef-d’œuvre qu’elle représente dans l’Histoire de la musique.

Crédit photographique : © DR

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Dijon. Auditorium. 13-II-2007. Jean-Sébastien Bach (1685-1750) : Messe en si mineur BWV 232. Avec : Olga Pasichnyk, soprano ; Britta Schwartz, alto ; Markus Schäfer, ténor ; Klaus Mertens, basse. Chœur Arsys Bourgogne. Concerto Köln, direction : Pierre Cao.

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