Karen Vourc’h et Avi Klemberg, couple parfait dans La Traviata

La Scène, Opéra, Opéras

Besançon. Opéra-Théâtre. 13-III-2007. Giuseppe Verdi (1813-1901) : La Traviata, opéra en trois actes sur un livret de Francesco Maria Piave (Réduction pour petit orchestre de Marco Uvietta, 1963). Mise en scène, décors, costumes, lumières : Didier Brunel. Avec : Karen Vourc’h, Violetta Valéry ; Avi Klemberg, Alfredo Germont ; Loïc Guguen, Giorgio Germont ; Marie Kalinine, Flora Bervoix ; Shigeko Hata, Annina ; Yvan Rebeyrol, Gastone ; Patrice Lamure, Barone Douphol ; Kyung Il Ko, Marchese d’Obigny ; Marc Fouquet, Dr. Grenvil. Chœur de l’Opéra Théâtre, Orchestre de Besançon/Franche-Comté, direction : Dominique Trottein.

À ne rien vouloir montrer, on voit tout. En concevant une Traviata ascétique, s’engage dans une voie de mise en scène très étroite. Un grand rideau de drap noir devant lequel un plancher meublé d’un large canapé de cuir noir, c’est le décor unique de tout l’opéra. Un décor minimaliste parfois rehaussé d’heureux éclairages. Si les hommes sont en habit de ville et les femmes en robes noires, seule Violetta porte une robe de couleur en tissu imprimé mauve et noir, une robe qu’elle ne quittera pas de la fête initiale à l’agonie finale. Dans cet univers austère, nu, presque déprimant, la lumière éclaire le moindre geste. À ce jeu difficile, certains acteurs s’en sortent. D’autres moins.

Musicalement, le choix s’axe sensiblement sur le même esprit spartiate que celui de la mise en scène. En privilégiant l’arrangement pour petit orchestre de Marco Uvietta, le découpage musical est beaucoup plus franc qu’avec les habituelles grandes masses orchestrales de l’opéra de . Un parti pris musical osé exigeant une perfection d’exécution que l’Orchestre de Besançon / Franche-Comté maîtrise mal. Desservi par une direction confuse de , ratages et fausses notes sont souvent au rendez-vous poussant les moins expérimentés vers l’erreur.

C’est le cas de l’infortuné Chœur de l’Opéra Théâtre qui, outre une évidente impréparation vocale, est laissé dans un abandon théâtral coupable. L’œil constamment fixé sur la fosse d’orchestre, jamais il ne se libère scéniquement. À l’image de ses déambulations aléatoires de l’acte II en totale inadéquation avec les mots du chœur des gitanes ou de celui des matadors.

Ne pouvant s’appuyer sur la direction orchestrale, ni sur la direction d’acteurs, les solistes n’ont que leur connaissance du texte verdien pour crédibiliser leurs rôles. Loïc Guguen (Giorgio Germont) est le premier à souffrir de cette situation. Comédien au jeu théâtral limité, son personnage n’est qu’ébauché. Vocalement, si le baryton n’a aucun problème de puissance, on aurait aimé qu’il canalise sa voix pour l’embellir et lui donner les couleurs d’un rôle qu’il traite avec plus méchanceté que de colère et de dépit.

Seuls à survoler ce plateau vocal inconsistant, Karen Vourc’h (Violetta Valéry) et (Alfredo Germont) se révèlent dans l’image d’un couple parfaitement crédible. Comment ne pas croire à leur passion amoureuse lorsque leurs regards se croisent, que leurs mains se touchent, qu’ils se jettent dans les bras l’un de l’autre, qu’ils s’enlacent ou que leurs lèvres se frôlent ? Excellente actrice, la jeune soprano se fond dans « sa » Traviata faisant exister, d’instants en instants, l’inexorable maladie qui l’emportera bientôt. Sa musicalité renforcée par une solide technique vocale autorise la soprano à un jeu théâtral délivré. Si elle est très convaincante tout au long de la soirée, son « Ah ! Gran Dio ! Morir si giovine..  » atteint un sommet d’interprétation. Entraînant son public dans un théâtre-vérité chargé d’émotion, elle est bouleversante quand, dans la scène finale, mélange de courage et de résignation, un dernier sursaut de vie lui fait esquisser un pas de danse peureusement chancelant. Partageant son authenticité artistique, le ténor s’engage sans compter dans sa passion pour Violetta. Quoique sa voix ne soit pas très grande, il possède des aigus solaires parfaitement en phase avec la jeunesse du personnage. Comme Karen Vourc’h, est un très bon musicien. S’il ne semble pas être gêné par les manquements de l’orchestre et de sa direction, la tension finit par fatiguer son instrument vocal. Ainsi, dans les ultimes moments de l’opéra, on décèle une émission tendant à devenir légèrement nasale.

En résumé, grâce à l’exceptionnelle prestation de ces deux artistes, la production bisontine demeure d’un niveau satisfaisant. Cependant, en considérant les moyens limités qu’une cité comme Besançon peut offrir à un théâtre lyrique, se pose la question de savoir s’il est judicieux de monter une œuvre si connue sans assurer une qualité suffisante à sa réalisation tant scénique que musicale.

Crédit photos : © Yves Petit/Opéra Théâtre de Besançon

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