La Scène, Musique de chambre et récital

Hélène Grimaud et Thomas Quasthoff, une certaine conception du Romantisme

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Baden-Baden. Festspielhaus. 13-IV-2007. Robert Schumann (1810-1856) : Dichterliebe op. 48 ; Quintette pour piano en mi bémol majeur op. 44. Johannes Brahms (1833- 1897) : Lieder und Gesänge von August von Platen und Georg Friedrich Daumer op. 32. Hélène Grimaud, piano ; Thomas Quasthoff, baryton ; Radosloaw Szulc, violon  ; Akiko Tanaka, violon ; Hermann Mennninhaus, alto  ; Wenn-Sinn Yang, violoncelle.

La pianiste était à l’honneur au Festspielhaus de Baden Baden pour trois soirées consécutives conçues de façon originale avec, à chaque fois, un changement de programme et de formation. Pour le premier volet de ce « portrait d’artiste », la française, associée au baryton , propose des œuvres inédites à son répertoire. L’alchimie entre les deux musiciens est immédiate, tout comme la communion avec le public, subjugué par autant d’intensité émotionnelle.

Entendre chanter Quasthoff, cela a quelque chose de quasi miraculeux. Nous restons tout simplement suspendus à ses lèvres, au point d’oublier toute notion de temps et d’espace tant est difficile l’exercice du récital de lieder. Dans un même élan, le piano complice d’ est lumineux et s’immisce avec douceur dans cet écrin poétique.

Dans les Dichterliebe, l’unité du jeu piano-voix se trouve être exceptionnelle. Le timbre puissant du chanteur allemand surgit des profondeurs de son être et se joue de la moindre difficulté technique. Tel un équilibriste sans filet, il passe d’une octave à une autre et projette dans un même temps un spectre inattendu de nuances expressives. Les poèmes d’Heinrich Heine s’éclairent ou s’assombrissent à chacune de ses interventions. L’auditeur parcourt ainsi toutes les facettes du sentiment amoureux à l’image du déchirant Hör’ich das Liedchen klingen ou encore de la gravité tellurique d’un Im Rhein, im heiligen Strome. Véloce et un brin autoritaire quand cela est nécessaire, le jeu de Grimaud laisse entrevoir une touche plus coloriste que d’ordinaire : teintes pastels – jeu sensible des pédales – et sonorités cristallines ciselées dans le registre pianissimo.

Cette sensation est confirmée dans les Lieder und Gesänge de Brahms, comme en témoigne le kaléidoscope de couleurs feutrées de Ich schleich umher. Dans cette œuvre, où tous les éléments typiquement Brahmsien sont présents, les deux artistes sont à nouveau à l’unisson. Proposant une interprétation immédiate et vibrante, les deux partenaires s’écoutent, respirent ensemble et terminent sur un Wie bist du, meine Königin à l’esthétique convaincante.

En deuxième partie, nous retrouvons Hélène Grimaud aux côtés de collègues musiciens, dans un quintette de Schumann de haute voltige. Les mouvements rapides sont poussés à l’extrême et mettent en relief la virtuosité du morceau.

Enchaînements virevoltants et cadence soutenue… juste une courte accalmie fiévreuse dans le deuxième mouvement avant de repartir de plus belle. Cependant, même si la musicalité d’ensemble n’a pas faibli, on peut regretter que cet équilibre architectural soit ici privilégié au détriment de certains détails harmoniques, de respirations plus amples, mais difficile de s’attarder en chemin avec une rythmique aussi exigeante !

Crédit photographique : © Kasskara/DG

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Baden-Baden. Festspielhaus. 13-IV-2007. Robert Schumann (1810-1856) : Dichterliebe op. 48 ; Quintette pour piano en mi bémol majeur op. 44. Johannes Brahms (1833- 1897) : Lieder und Gesänge von August von Platen und Georg Friedrich Daumer op. 32. Hélène Grimaud, piano ; Thomas Quasthoff, baryton ; Radosloaw Szulc, violon  ; Akiko Tanaka, violon ; Hermann Mennninhaus, alto  ; Wenn-Sinn Yang, violoncelle.

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