Gonflé…Mais maîtrisé !

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Dijon. Auditorium. 24-V-2007. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Messa da Requiem. Brigitte Antonelli, soprano ; Béatrice Burley, mezzo ; Carlo Guido, ténor ; Jérôme Varnier, basse. Chœur du Duo-Dijon (chef de chœur : Bruce Grant) et chœurs associés régionaux. Orchestre du Duo-Dijon ; Camerata de Bourgogne, et Orchestre symphonique du C. N. R. Jean-Philippe Rameau ; Direction musicale : Jean-François Verdier.

Verdi : Requiem

Jérôme Varnier © Duo-Dijon

Quelque 120 choristes, et un orchestre d’une centaine d’exécutants lors de la création du Requiem, sous la baguette du compositeur en 1874, et depuis, une tradition qui perdure : monter le requiem de Verdi, cela demande du monde ! A tel point qu’on craint parfois la surenchère, au moins dans les effectifs chorals. Et c’était bien le cas, ici, quand on prend connaissance de l’option : pas moins de 230 choristes ( !) fournis par une dizaine de chœurs et ensembles vocaux (et donc autant de chefs de chœurs différents) qui, de longs mois durant, auront travaillé dans leur coin, les détails et toutes les embûches de la partition, avant que , le jeune chef titulaire du Duo-Dijon, ne refonde, n’homogénéise tout cela, en quelques répétitions de peaufinage…. On pouvait donc, côté chœur, craindre le pire. Craintes infondées : ce fut le meilleur ! (Compte tenu des moyens régionaux) ; un « meilleur » auquel il convient d’associer, prioritairement, le quatuor de solistes et l’orchestre….

Pas de souci, en effet, quant à l’orchestre, constitué de l’effectif habituel du Duo-Dijon, celui dit du « Théâtre-Opéra », renforcé de la Camerata et du « Symphonique » du conservatoire ; en fait des musiciens qui ont l’habitude de travailler « de concert ». Et pour ce qui est des solistes : des valeurs « sûres », solidement rompues aux disciplines de la scène et familières aux oreilles du public dijonnais ; pas de quoi, non plus, susciter l’inquiétude. Aussi, après une entrée en scène exceptionnellement longue (elle dépasse le quart d’heure), et dès l’introït avec ce motif descendant des violoncelles et le murmure du chœur, à l’unisson, qui d’emblée fait naître l’émotion, on a le sentiment d’une interprétation longuement mûrie et parfaitement maîtrisée. Tout au long de la partition, riche en événements, obtient ce qu’il veut ( et « ce qu’il veut » est pertinent) de son lourd effectif, finalement remarquable de souplesse, de clarté d’articulation, de rendu dans les nuances – ô combien contrastées !

Concernant les solistes, deux d’entre eux nous causeront la plus forte impression : la basse , saisissant dans le récitatif mors stupebit, par exemple, et dont la prestance scénique, les graves amples et profonds vous provoquent littéralement le frisson ; et quel superbe Confutatis nous livre-t-il !

Remarquable, également, dans sa prestation, la mezzo , particulièrement dans ce Liber scriptus (premier tiers du Dies Irae) où elle « habille » chaque mot du dramatisme ou de la spiritualité qui lui convient. Ces deux chanteurs réaliseront le mieux, à notre sens, la difficile composition consistant à faire la juste part de théâtralité et de spiritualité qui caractérise l’œuvre. Ce n’est pas que leurs partenaires Brigitte Antonelli (soprano) et (ténor) aient démérité, mais ces derniers donnent davantage l’impression de s’appliquer à – simplement – (?) bien chanter, quand les deux autres s’efforcent de servir au mieux le texte. Cela dit, on portera volontiers au crédit de , un très beau Ingemisco tanquam reus (in Dies Irae), d’un pur lyrico-spinto, de même que Brigitte Antonelli, plus impliquée sur la fin, nous réservera-t-elle son « meilleur » dans un Libera me qui passera de l’incandescent au séraphique.

Autre point fort, quant au chœur et à l’orchestre, c’est naturellement, cette première séquence du Dies Irae, véritable « tube » du Requiem, et qui revient à plusieurs reprises, comme un leitmotiv de l’effroi apocalyptique, avec un chœur à plein volume et force renfort de cuivres et percussions, sur de virtuoses et vertigineuses cascades de cordes : effet garanti et pleine réussite ! (On ne s’en lasse pas). Voilà d’ailleurs un détail qui devait accréditer la thèse de tous les Von Bülow voyant dans ce requiem « un mélodrame en habit ecclésiastique » (jugement hâtif et peu objectif sur lequel il reviendra). Ce qui est curieux, à propos des gens qui reprochent au requiem de Verdi son caractère par trop opératique, c’est qu’à l’inverse, il ne viendrait à l’idée de personne de lui reprocher (et pourquoi pas ?) quelque religiosité déplacée dans, par exemple, son opéra Otello, si l’on songe à l’» Ave Maria piena di grazia » de Desdémone… De même que ne devraient plus avoir cours les vaines comparaisons entre les quatre plus célèbres messes de requiem du répertoire : Mozart, Berlioz, Verdi, Fauré. Chaque nouvelle exécution de ces chefs d’œuvre nous pénètre davantage du génie de leurs auteurs et, le plus souvent, fort heureusement, nous donne l’occasion d’en saluer la qualité d’interprétation.

Occasion qui nous est donnée ici, que nous ne manquerons pas. Bravo donc, à tous les artisans de cette vaste et si belle entreprise ! Ce n’était pas gagné d’avance…

Crédit photographique © Duo-Dijon

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