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Débuts parisiens de Janice Baird, comme la princesse Salomé est belle, ce soir !

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Paris. Salle Pleyel. 29-V-2007. Richard Strauss (1864-1949) Salome, drame musical en un acte d’après la pièce d’Oscar Wilde dans la traduction allemande de Hedwig Lachmann. Version de concert. Avec : Janice Baird, Salomé ; Chris Merritt, Hérode ; Anja Silja, Hérodias ; Alan Titus, Jochanaan ; Wookyung Kim, Narraboth ; Hanne Fischer, un page ; Olivier Ringelhahn, premier juif ; Kenneth Roberson, deuxième juif ; Peter Maus, troisième juif ; Kevin Conners, quatrième juif ; Alfred Kuhn, cinquième juif ; Andreas Hörl, premier Nazaréen, deuxième soldat ; Andreas Kohn, premier soldat ; Carlos Aguirre, deuxième Nazaréen ; Patrick Bolleire, un Cappadocien ; Naïra Ghazarian, un esclave. Orchestre Philharmonique de Strasbourg, direction : Marc Albrecht.

Janice Baird

Salle pas très pleine pour ce Salomé Salle Pleyel, qui se révéla pourtant d’anthologie. La faute à Alfred Brendel, qui se produisait le même jour dans une autre salle parisienne ?

Le grand triomphateur de la soirée fut sans conteste l’, au son flamboyant, plein, rond. Bien entendu, d’un tel son, d’une telle œuvre, n’importe quel instrumentiste veut en profiter, en jouer, en jouir, et, sous la direction de , l’orchestre se donne plein pot, quitte parfois à couvrir les chanteurs, d’autant plus que Salle Pleyel, il n’est pas en fosse ! Pour être pleinement impartiale, disons que le chef a été hué lors des saluts par une petite minorité, pour fustiger « sa direction brutale et sans nuance, obligeant les chanteurs à hurler ». Ce n’était pas l’opinion de la grande majorité, dont l’auteure de ces lignes, emportée par l’ivresse d’une vision certes plus passionnée que raffinée, et par la beauté d’un tel son. Pour résister à la déferlante, il fallait incontestablement des chanteurs plus bodybuilders que chambristes. Et là encore, les auditeurs ont été servis !

Visiblement nerveuse pour ses débuts parisiens, , très belle dans sa robe imprimée, et jouant toute la soirée de son étole assortie, dessine, malgré un début un peu assourdi, quelques aigus plafonnés, certains problèmes de justesse, une princesse enfantine à son entrée, butée lors de son dialogue avec Hérode, follement perverse lors de la scène finale. La voix prend littéralement aux tripes, d’autant plus que la soprano n’hésite pas à enlaidir son timbre pour faire passer l’expression.

remplaçait Nina Stemme, souffrante. On regrettera de ne pas avoir entendu la soprano suédoise, mais on ne peut pas tout avoir ! Ce n’était pas le seul changement de distribution de la soirée : Alan Titus, voix puissante, legato qui pour une fois, nous évite les Jochanaan aboyeurs, remplaçait . Mais ce n’était pas tout, car pour croire que Narraboth était chanté, comme annoncé dans le programme, par , il fallait vraiment imaginer que celui-ci s’était fait pousser la bedaine et qu’une hépatite virulente lui avait subitement jauni le teint ! La solution de l’énigme a été trouvée sur Internet (mais pas sur le site de la salle Pleyel), il s’agissait de Wookyung Kim, voix de bronze, timbre solaire, chef de la garde plus mâle que poète, ce qui convenait parfaitement à la tonalité générale de la soirée.

On ne comprend pas comment , conspué à Bastille pour son calamiteux Eléazar, évitant le naufrage grâce à un groupe de fans qui l’a défendu en mémoire de ce qu’il fût, peut interpréter un si magnifique Hérode, voix torrentielle, aigus triomphant, campant sans l’aide d’une mise en scène un roi cauteleux, libidineux, veule. Il ne peut d’ailleurs pas s’empêcher de faire semblant de croquer un fruit quand il en offre un à Salomé ! Les rôles sont très différents vocalement, mais quand même ! Obtenant un triomphe lors des saluts, le ténor, rayonnant, gratifia son public d’un « I love Paris ! ».

Le métier tient lieu de voix à , mais après tout, nous ne sommes pas en plein bel canto, et on oublie tout devant son incroyable présence scénique. Quintette des juifs absolument parfait, gentil page de Hanne Fischer. Une soirée d’exception, dont on ressort avec la chair de poule, un peu ahurie de découvrir que d’autres n’ont pas ressenti la même excitation.

Crédit photographique Janice Baird © Kurt-Michael Westermann

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Paris. Salle Pleyel. 29-V-2007. Richard Strauss (1864-1949) Salome, drame musical en un acte d’après la pièce d’Oscar Wilde dans la traduction allemande de Hedwig Lachmann. Version de concert. Avec : Janice Baird, Salomé ; Chris Merritt, Hérode ; Anja Silja, Hérodias ; Alan Titus, Jochanaan ; Wookyung Kim, Narraboth ; Hanne Fischer, un page ; Olivier Ringelhahn, premier juif ; Kenneth Roberson, deuxième juif ; Peter Maus, troisième juif ; Kevin Conners, quatrième juif ; Alfred Kuhn, cinquième juif ; Andreas Hörl, premier Nazaréen, deuxième soldat ; Andreas Kohn, premier soldat ; Carlos Aguirre, deuxième Nazaréen ; Patrick Bolleire, un Cappadocien ; Naïra Ghazarian, un esclave. Orchestre Philharmonique de Strasbourg, direction : Marc Albrecht.

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