L’Intercontemporain dans « le goût » italien

Festivals, La Scène, Musique d'ensemble

Aix-en-Provence, Théâtre du Jeu de Paume. 8-VII-2007. Luca Francesconi (né en 1956) : Da capo pour 9 instruments ; A Fuoco, 4e studio sulla memoria pour guitare et ensemble. Luciano Berio (1925-2003) : O King pour voix et 5 musiciens ; Circles pour mezzo-soprano, deux percussions et harpe. Ivan Fedele (né en 1953) : Richiamo pour cuivres et électronique. Pablo Marquez, guitare ; Loré Lixenberg, mezzo-soprano ; Ensemble Intercontemporain, direction : Susanna Mälkki.

Festival d’Aix 2007

Il est toujours agréable de renouer avec le charme des petites salles, surtout lorsque l’intimité des lieux s’accompagne d’une bonne acoustique comme dans le théâtre du Jeu de Paume situé rue de l’opéra à Aix en Provence. Restauré depuis peu, ce théâtre accueillait ce dimanche 8 Juillet l’ dirigé par son chef titulaire , pour un très beau concert aux couleurs exclusivement italiennes. Des œuvres de référence de comme O King et Circles, qui n’ont pas pris une ride, voisinaient avec des pièces plus récentes, celles des quinquagénaires – lui-même élève de Berio – et , que l’EIC met très souvent à l’affiche de ses concerts. Et s’il faut relever une constante chez ces compositeurs italiens, c’est bien le culte du son exalté dans ses couleurs, sa brillance, ses trajectoires et ses métamorphoses dans l’espace, qui focalise l’intérêt de ces trois compositeurs cherchant au cœur de la matière la fibre musicale.

C’est à travers le choix des timbres et leurs alliages subtils (cordes, harpe et percussions dans Da Capo), et la complexité virtuose de l’écriture instrumentale, que , présent ce soir dans la salle, entrevoit l’élaboration de son matériau soumis à un processus systématique de transformation. Dans son concerto pour guitare A Fuoco, superbement défendu par Pablo Marquez, Francesconi réutilise le matériau d’une pièce antérieure, un fragment particulièrement attachant, pour « en percer le secret et l’illuminer jusqu’à l’incandescence », à travers une écriture risquée et totalement assumée.

O King et Circles de Berio sont désormais des œuvres inscrites au répertoire du XXe siècle. Cet hommage à Martin Luther King, que le compositeur insèrera dans sa Sinfonia, était interprété ce soir par la mezzo-soprano Loré Lixenberg, aux côtés des cinq solistes de l’Ensemble ; déstabilisée peut-être par la direction de dans une œuvre qui reste somme toute de la musique de chambre, elle ne parvient pas à instaurer, avec ses partenaires instrumentaux, le climat propre à cette méditation presque métaphysique. Elle est, en revanche, rayonnante dans Circles dont elle mène souverainement « l’action sonore », créant aux côtés de la harpiste (dont il faut saluer la performance) et des percussionnistes qu’elle sollicite sans cesse par le biais d’une riche palette vocale, ce « réseau d’équivalences serrées » tissé par Berio entre sonorités phoniques – celles du texte de Cummings – et timbres instrumentaux.

Italien d’origine mais fixé à Strasbourg où il enseigne la composition au conservatoire, possède aujourd’hui un catalogue d’œuvres très impressionnant. Chord pour dix instruments doit être compris dans le sens « d’accord préalable », le matériau de base fonctionnant comme l’ostinato d’une passacaille, mais également comme terme rappelant, par assonance, le cœur. Exprimant une tension sous-jacente, l’œuvre communique en effet ses palpitations intérieures irriguant une matière qui renouvelle sans cesse les morphologies sonores.

Plus spectaculaire, Richiamo pour ensemble et électronique, qui était à l’affiche de l’ lors de la biennale d’art vocal à la Cité de la Musique, est fondée sur le principe du rappel, de l’écho stéréophonique entre des couples d’instruments (uniquement des cuivres et des percussions) rappelant la pratique vénitienne des « cori spezzatti » d’Andrea et  : Une façon de magnifier la virtuosité de ces fabuleux interprètes, conduits ici par le geste infaillible de Susanna Mällki. C’est aussi « composer pour et avec l’espace » en instaurant entre l’appareil instrumental et le support électronique diffusé en six points, dans un espace ici totalement adéquat, une multiphonie jubilatoire qui participait du caractère festif et généreux de cette musique italienne dont nous ressentions ce soir l’irrésistible pouvoir de séduction.

Crédit photographique : Luca Francesconi © Guy Vivien

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