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Les Folies Françoises : Un projet commun de création

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Crédit photographique : 2006, les Folies Françoises – DR ; 2000, Festival de Sablé © Laurent Lafolie ; 2001, Paris © Bruno Le Hir de Fallois ; 2004, Versailles © Eric Larrayadieu

 

Retrouvez pendant la saison 2007/08 sur ResMusica [NDLR : se prononce Folies Françaises], jeune ensemble baroque aux multiples activités. De la création à la vie d’un groupe de musiciens professionnels, des préparatifs au concert, du disque aux interventions scolaires, que ce soit par portrait, entretiens ou témoignages, ResMusica vous propose de découvrir cet ensemble instrumental par une saga en plusieurs épisodes.

Ier épisode : Un projet commun de création

« Je n’ai pas créé pour être chef ; du reste, depuis le départ, l’ensemble n’est pas celui d’un homme, mais d’une équipe fidèle, et c’est là notre différence ». Tels sont les propos de . Bien que directeur musical de son ensemble, il refuse d’en être la tête de proue. Les Folies Française ne servent pas un seul homme autour duquel gravitent ses musiciens, mais un groupe soudé depuis de nombreuses années.

« Les Folies Françoises est le projet de quelques musiciens qui ont eu l’expérience de jouer dans les grandes formations baroques de William Christie, Jean-Claude Malgoire, Philippe Herreweghe… désireux d’approcher la musique sous un autre angle » nous a confié Olivier Lexa, administrateur de l’ensemble.

Les Folies Françoises, comme bien des ensembles spécialisés, sont héritiers du plan Landowski de diffusion de la musique vivante fait dans les années 1960. L’implantation des orchestres en région en remplacement du réseau de l’O. R. T. F., donc d’ensembles permanents, a obligé les ensembles spécialisés à faire appel à l’intermittence, où la concurrence et la rentabilité sont de rigueur. En 1999, la Fédération des Ensembles Vocaux et Instrumentaux Spécialisés (F. E. V. I. S. ) est créée : elle permet d’avoir à ces « employeurs d’intermittents » une visibilité auprès du Ministère de la Culture. La remise en cause du système de l’intermittence du spectacle a suscité la création du ProFEVIS, dont les Folies Françoises sont un des membres fondateurs.

« Si demain l’intermittence n’existe plus, nos ensembles disparaissent » affirme Olivier Lexa.

Un nouvel ensemble baroque de plus ?

Porté sur les fonds baptismaux fin 1999, les Folies Françoises apparaissent dans un univers déjà bien chargé en matière d’ensembles baroques : Arts Florissants, Concert Spirituel, Talents Lyriques, la Simphonie du Marais, la Grande Ecurie et la Chambre du Roy, … Comment se démarquer ? Comment ne pas être « un ensemble baroque de plus ? » Laissons à Olivier Lexa, lui aussi aux origines de l’ensemble, la parole :

« C’est un projet d’avoir une nouvelle réflexion sur le son, la sonorité d’ensemble, le rapport cordes / clavecin. La claveciniste Béatrice Martin est essentielle dans l’ensemble, c’est notre chef de chant, elle est très présente. Son talent est lié à notre identité »

Si cette recherche sonore est la base de tout travail, elle est évidemment liée au répertoire : la musique française pour cordes du XVIIIe siècle et – bien sûr – Jean-Sébastien Bach. Le refus de toute personnalité charismatique à la tête des Folies Françoises favorise un dialogue entre les musiciens fidèles et les invités, une véritable manière « baroque » de travailler, loin du chef d’orchestre hérité du XIXe siècle autour duquel se fédèrent maints ensembles baroques. Cela implique différents points de vues sur lesquels il faut s’accorder, notamment sur le continuo, avec le violoncelliste François Poly et Béatrice Martin. « Travailler dans l’esprit de la musique de chambre, même en formation orchestrale » nous confirme Olivier Lexa « cela oblige à aborder tout le répertoire avec un autre angle de vue : diversité des opinions et des intentions des musiciens sur les compositeurs baroques ».

Au commencement était le verbe … et le mouvement

Olivier Lexa : « La musique baroque connaît une grande diversité de formation, de genre, et de style, selon le pays et sur une période de près de 200 ans. Mais le qualificatif de baroque reste. D’où le choix de l’appellation Folies Françoises, à l’origine un Thème et variations du XIIIe Ordre pour clavecin de François Couperin. Couperin décline le thème des Folies à travers plusieurs dominos liés chacun à une couleur. Notre but est donc d’exploiter les couleurs de la musique baroque ».

Plutôt que de partir du répertoire et de chercher le son, du son découle naturellement le répertoire. Parti de la musique française, les Folies Françoises élargissent peu à peu leur champs d’action, toujours dans un esprit « baroque », qui ne précise jamais sur la partition l’ornementation, les nuances, l’articulation, les altérations accidentelles, l’orchestration ou l’articulation. Tout cela relève de l’initiative individuelle concertée des musiciens, du « bon goût » qui prévalait sous Louis XV, de l’esprit, ce que nous appelons maintenant l’esthétique, c’est-à-dire l’art du beau.

Mais les Folies Françoises ne relèvent pas que du concept sonore pour leur création : le concert de « musique pure » étant rare au XVIIIe (souvenez vous de l’agacement de Fontenelle à l’écoute des sonates italiennes : « Sonate, que me veux tu ? » – cf Le sens de la Musique de Violaine Anger et Jan Willem Nodus), les interactions avec le théâtre et la danse étaient nombreuses. La danse est une autre base de l’ensemble. Dès 2000 un ballet avec la compagnie de danse L’Eventail de Marie-Geneviève Massé a été monté et tourné (Voyage en Europe, sur des musiques de Campra, Vivaldi, Purcell et Rosenmüller).

Faire sa place au soleil

Nous avons le projet, le concept, les musiciens, les idées… Reste l’essentiel : se lancer, et l’inévitable nerf de la guerre, l’argent. Comment un jeune ensemble baroque émerge-t-il en 1999 dans un paysage déjà bien encombré ? Olivier Lexa, qui a activement participé au lancement des Folies Françoises, nous raconte comment commencer à exister pour un jeune ensemble baroque.

« L’ensemble est parti assez vite, grâce aux qualités humaines de qui ont fait que plusieurs programmateurs ont été intéressés par ce projet. Patrick avait déjà une certaine notoriété dans le milieu musical, il a été longtemps 1er violon du Concert Spirituel, mais aussi dans Il Seminario Musicale, la Simphonie du Marais, etc. où il faisait un travail déjà remarqué au sein de ces formations. Patrick a obtenu plusieurs contrats pour l’année 2000 »

Mais comment devient-on administrateur des Folies ? Laissons la parole à l’intéressé, car à l’instar du projet musical, cela relève aussi du hasard des rencontres amicales.

« En septembre 1999, je terminais mes études [NDLR : D. E. S. S. gestion de la musique à Paris IV-Sorbonne] et suivais des cours de violon en conservatoire. Je cherchais une classe de violon baroque. J’ai entendu Patrick Cohën-Akenine à la radio, et son interprétation des sonates de Bach avec Béatrice Martin m’a interpellé. Je me suis donc naturellement présenté dans sa classe au Conservatoire du XIe arrondissement, et sachant la nature de mes études, il m’a proposé de m’associer aux Folies Françoises. Pourtant à l’origine mon sujet de D. E. S. S. concernait la nouvelle grille de France-Musique devenue France-Musiques avec Pierre Bouteiller. J’avais conscience de la sensibilité de ce domaine de recherche, et m’en suis confié au musicologue Gilles Cantagrel. Mon mémoire de recherche s’est finalement orienté sur la difficulté d’émerger pour un nouvel ensemble baroque. Il était encore temps de le faire, la demande en musique baroque était conséquente, surtout par le disque. La crise du disque a changé la donne depuis ».

Mais comment convaincre les sources financières de subventionner ? Dès la première année d’existence la D. R. A. C. Ile-de-France soutient les Folies Françoises. La D. R. A. C. n’a été que la première bonne fée. Patricia Petibon a participé aussi à ce début de reconnaissance, grâce à un album chez EMI. Le C. M. B. V. a programmé le 1er concert des Folies Françoises le 19 décembre 1999 à la Chapelle Royale du Château de Versailles. René Martin a programmé le deuxième concert des Folies, lors des Folles Journées de Nantes en 2000 (consacrées à Bach). Deux concerts pour être précis, enregistrés et retransmis sur France-Musique(s). Eric Vallette, directeur des Rencontres Internationales de Musiques Baroques et Anciennes d’Orléans, a incité l’ensemble à être résident dans cette ville. Le mécénat privé s’est rapidement fait connaître, avec la Fondation Orange.

Une équipe pérenne pour un ensemble pérenne

Les « vraies » aides ont été longues à venir. En attendant l’ensemble grandit, les concerts s’accumulent, il faut embaucher une personne supplémentaire pour l’administratif. Mais la vision de l’avenir reste à court terme, les C. D. D. se succèdent. Le soutien du Ministère de la Culture au printemps 2003 a été déterminant. L’équipe administrative peut bénéficier d’un statut stable et investit dans des locaux qui lui sont propres. Rapidement le besoin d’une tierce personne chargée de la production se fait sentir. Aujourd’hui les Folies Françoises ont un administrateur (encadrement général, formation professionnelle, gestion, programmation, relations publiques – Olivier Lexa), un chargé de coordination (communication autour des concerts et activités – Laurent Jacquier), une chargée de diffusion (prospective et vente des concerts – Sophie Lanoote), une chargée de production (gestion des concerts – Christine de la Bretésche) et un comptable à temps partiel (Richard Sanchez).

Selon Olivier Lexa « le fait que l’administrateur ait des compétences musicales est important. Au moment où j’ai pris en charge les Folies Françoises je n’avais pas encore abandonné mes activités de violoniste baroque professionnel, en cachetonnant dans divers ensembles ».

Paris ou la France ?

Cela n’est un secret pour personne, dans un pays fortement centralisé, héritier de plus d’un millénaire de pouvoir basé à Paris, s’établir dans la capitale, carrefour des institutions culturelles, est indispensable. Mais exister sur la scène, trouver un public, rayonner, implique d’aller dans des lieux où la concurrence est moins rude. En contact avec la ville d’Orléans depuis 2000, les Folies Françoises y sont en résidence depuis janvier 2007, grâce aux lois de décentralisation du gouvernement Raffarin et à un nouveau dispositif d’aide aux ensembles spécialisés qui obligent à une implantation en région, ce qui permet de croiser les financements (ville / département / région / Etat). Une seconde implantation en Auvergne a permis d’avoir le soutien de la D. R. A. C. de cette région. Ces résidences permettent l’organisation de stages, master-classes, académie d’interprétation baroque (du 28 août au 4 septembre, avec le soutien de la ville d’Orléans), actions pédagogiques, des activités centrales pour les Folies Françoises.

Tous nos remerciements à Olivier Lexa et Laurent Jacquier des Folies Françoises pour leur aide précieuse et le temps qu’ils ont bien voulu consacrer à ResMusica.

Site Internet des Folies Françoises

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Crédit photographique : 2006, les Folies Françoises – DR ; 2000, Festival de Sablé © Laurent Lafolie ; 2001, Paris © Bruno Le Hir de Fallois ; 2004, Versailles © Eric Larrayadieu

 
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