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Salon de Provence. Festival International de Musique de Salon de Provence, XVe édition. Château de L’Empéri. 31-VII-2007. Luigi Boccherini (1743-1805) : Fandango, Quintette n°4 en ré majeur G448 pour guitare et quatuor à cordes (1). Olivier Messiaen (198-1992)  : Quatuor pour la Fin du Temps (2). Jacques Ibert (1890-1962)  : Entracte, pour flûte et guitare (3). Francesco Molino (1768-1847)  : Deux Duos op. 16 pour flûte et guitare (4). Gabriel Fauré (1845-1924)  : Quatuor pour piano et cordes n°2 en sol mineur op. 45 (5). Christian Rivet (1, 3, 4), guitare ; Guy Braunstein (1, 2), Maja Avramovic (1), Daishin Kashimoto (5), violons ; Antoine Tamestit (1, 5), alto ; Jing Zhao (1, 2, 5), violoncelle ; Emmanuel Pahud (3, 4), flûte traversière ; Paul Meyer (2), clarinette ; Eric Le Sage (5), Frank Braley (2) piano. Concert retransmis sur France Musiques le 24 août 2007 à 21h.

Festival de l’Empéri : la fin du temps

Les soirées musicales du Festival de l’Empéri tiennent cette année encore leurs promesses : instants de complicité musicale partagés, joie de faire de la musique ensemble offerte au public, et ce en toute simplicité.

Pourtant, le programme de cette soirée avait de quoi dérouter l’auditoire : proposer dans une même soirée Fauré et Messiaen était déjà un pari intéressant, mais ajouter à cela Boccherini et Molino, cela relevait de l’audace ! Une longue soirée musicale donc, voyage à travers les styles et les formations instrumentales.

Le concert débute par un quintette avec guitare de Boccherini. Œuvre agréable, mais sans grand relief, où l’on est déçu de la discrétion de la guitare … jusqu’au final. L’œuvre devient alors soudain dynamique, amusante, riche d’ornements. Les musiciens – Guy Braunstein en tête, comme toujours – semblent prendre un malin plaisir à jouer ce mouvement à la limite de la musique populaire, parsemé de dissonances et d’élans rythmiques qui transcendent l’aspect solennel du concert classique. Plaisir évidemment partagé par le public, qui se laisse volontiers transporter le temps d’un mouvement dans cet univers hispanisant.

Passer de cette ambiance festive au Quatuor pour la fin du Temps de Messiaen nécessite forcément un temps d’adaptation, et les deux premiers mouvements du chef d’œuvre de Messiaen sont un peu douloureux pour le public. Mais l’interprétation très intense et intérieure des quatre musiciens captive peu à peu ; ils réussissent ce tour de force de nous faire apprécier à sa juste valeur l’intimité et la puissance de ce Quatuor, après les sonorités faciles de Boccherini. Il n’y a plus de complicité amusée, plus de clins d’œils, mais chaque musicien cherche au fond de chaque sonorité et de chaque silence, la gravité et la puissance de l’œuvre. Et le public, parfois un peu bruyant pendant ces soirées musicales – le sol et les gradins métalliques sont parfois difficiles à éviter – retient son souffle, aussi silencieux que si l’on se trouvait dans une salle.

L’entracte qui a suivi était indispensable pour pouvoir savourer la musique plus détendue qui allait suivre !

Entracte de est une de ces œuvres qui enchantent les flûtistes, car elle leur permet d’explorer de multiples possibilités sonores et expressives avec leur instrument. L’occasion pour de nous envoûter avec un son chaleureux sans pareil, un jeu subtil et énergique. Malheureusement Christian Rivet est une fois encore en retrait avec sa guitare. L’alchimie magique que l’on pressent entre les deux instruments, et qui devrait se faire, n’arrive pas. Le guitariste semble presque s’excuser de jouer, il est totalement éclipsé par le flûtiste. Cela est d’autant plus déroutant que les quelques embryons de phrases musicales plus affirmés démontrent une sonorité très ronde… mais qui disparaît presque immédiatement, avant la fin de la phrase. Sans aucun doute un choix esthétique de la part de Christian Rivet, mais discutable : on attendait de la musique de chambre, dans laquelle les deux instruments se mettent mutuellement en valeur et s’enrichissent l’un l’autre, on n’a entendu qu’une flûte traversière accompagnée par une guitare discrète. La frustration augmente avec la suite du programme : quelle idée surprenante de jouer Molino dans un festival si riche musicalement. Deux duos qui semblent écrits pour des élèves s’initiant à la musique de chambre, sans relief ni climat particuliers, sans personnalité…

Cependant, le concert se conclut magnifiquement par le Quatuor de Fauré… qui arrive à une heure où le public est bien moins attentif, fatigué par l’heure tardive et rassasié musicalement par les œuvres précédentes. Mais la musique est très belle, et interprétée avec une grande chaleur : malgré la fatigue, on souhaiterait que cela ne s’arrête pas.

Au-delà des choix esthétiques et des quelques petites inégalités d’interprétation, le Festival de l’Empéri a offert une nouvelle soirée musicale comme on les aime, avec des artistes visiblement heureux d’être là, rejoignant le public dès que possible, pleins d’humour et de chaleur. Comme d’habitude, les anecdotes amusantes sont nombreuses et mériteraient à elles seules un article… c’est ce qu’on aime dans ce festival, et ce qui fait qu’on y retourne quel que soit le programme !

Crédit photographique : © Sheila Rock

 

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Salon de Provence. Festival International de Musique de Salon de Provence, XVe édition. Château de L’Empéri. 31-VII-2007. Luigi Boccherini (1743-1805) : Fandango, Quintette n°4 en ré majeur G448 pour guitare et quatuor à cordes (1). Olivier Messiaen (198-1992)  : Quatuor pour la Fin du Temps (2). Jacques Ibert (1890-1962)  : Entracte, pour flûte et guitare (3). Francesco Molino (1768-1847)  : Deux Duos op. 16 pour flûte et guitare (4). Gabriel Fauré (1845-1924)  : Quatuor pour piano et cordes n°2 en sol mineur op. 45 (5). Christian Rivet (1, 3, 4), guitare ; Guy Braunstein (1, 2), Maja Avramovic (1), Daishin Kashimoto (5), violons ; Antoine Tamestit (1, 5), alto ; Jing Zhao (1, 2, 5), violoncelle ; Emmanuel Pahud (3, 4), flûte traversière ; Paul Meyer (2), clarinette ; Eric Le Sage (5), Frank Braley (2) piano. Concert retransmis sur France Musiques le 24 août 2007 à 21h.

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