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Espiègleries musicales au festival de l’Empéri

Festivals, La Scène, Musique de chambre et récital

Salon de Provence. Château de l’Empéri. 05-VIII-2007. Claude Debussy (1862-1918) : la Mer, transcription pour deux pianos (1). Erik Satie (1866-1925)  : Pièces pour piano à quatre mains (2). Maurice Ravel (1875-1937)  : Boléro (version pour 4 pianistes) (3). Francis Poulenc (1899-1963)  : Trio pour piano, hautbois, et basson (4). Richard Strauss (1825-1899)  : Suite du Chevalier à la Rose op. 59 (5). Camille Saint-Saëns (1835-1921)  : Le Carnaval des Animaux (6). Guy Braunstein (5), Maja Avramovic (6), Daishin Kashimoto (6), violons ; Yasunori Kawahara (5, 6), contrebasse ; Jing Zhao (5, 6), Raphaël Perraud, (6) violoncelle ; Micha Afkham (6), alto  ; Chezy Nir (5), cor ; Gilbert Audin (4) basson ; Emmanuel Pahud (5, 6), flûte traversière ; François Meyer (4), hautbois, Philippe Cornus, (6) percussion, Paul Meyer (4, 6), clarinette ; Alexandre Tharaud, (1, 2, 6) Eric Le Sage (1, 2, 6), Geoffroy Couteau, (3) ; Frank Braley (3) piano, Jérôme Deschamps, (6) récitant.

XVe Festival International de Salon de Provence

Sur la lancée des précédentes thématiques, le château de l’Empéri fut le théâtre d’une longue soirée en six actes, prénommée « Carnaval ». Véritable miroir de la personnalité des fondateurs du festival, l’audace apparut être la meilleure amie de la décontraction « sérieuse ». Terriblement contagieuse, celle-ci a entraîné public et artistes dans une aventure musicale aussi atypique que festive. Difficile de pénétrer l’aube brumeuse et opaque d’une transcription pour deux pianos de la Mer de Debussy. Il faut attendre un passage évanescent tardif pour enfin percevoir les vibrations picturales et la richesse de couleurs de ce triptyque. Alexandre Taraud s’illustre par un toucher fin et poétique tandis que Le Sage, omniprésent, dévore la partition des yeux.

Dans le quatre mains qui suit – trois morceaux en forme de poire ! – les deux complices nous délivrent un Satie dépouillé et empreint d’une douce ironie, juste avant le Boléro de Ravel, tube quasi planétaire, réduit à une orchestration minimale : une caisse claire et quatre pianistes interchangeables pour assurer le spectacle. Pari osé et réussi ! La métrique du percussionniste Philippe Cornus, basse immuable de l’œuvre, est implacable. Après l’entracte, place à une autre formation et au trio de Poulenc avec la trop rare association hautbois/basson. Ce dernier imprime un rythme trépidant au phrasé poétique, lequel s’exprime avec sensualité grâce au chant aérien du hautbois.

Petit changement de programme avec le quintette de Caplet remplacé par la Suite du Chevalier à la Rose de Strauss, une sorte d’opérette viennoise rococo et dissonante, retranscrite pour sextuor. et ses compères créent un climat facétieux et complice sans pour autant sombrer dans la facilité.

Pendant le Carnaval des Animaux, Guy Braunstein prendra place dans le public et on le soupçonne d’y avoir poursuivi ses facéties car un coq s’est mystérieusement invité à la fête ! Hilare, le public se libère véritablement et répond du tac au tac aux sous- entendus lancés sur scène, tous s’en donnant à cœur joie. , parfait dans son rôle de récitant, fait corps avec les mots truculents de Francis Blanche. L’occupation dans l’espace est libre avec un qui s’installe même en dehors de la scène. Chaque mouvement nous plonge tour à tour dans le cocasse, la féerie ou l’enchantement du monde animal.

Le dernier clin d’œil malicieux reviendra à Pahud lors du final bissé dont on retiendra ces phrases galopantes et irrésistibles côté cordes et clavier : le coq, étonnamment en voix pour cette heure aussi tardive, était décidément l’invité surprise de ce « Carnaval » estival !

Crédit photographique : © Jean Flèche / Thierry Martinot

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